UNE TRANSITION JUSTE ET DURABLE POUR L’EUROPE SANS ENERGIES FOSSILES.

Depuis plusieurs mois déjà et à travers toute l’Europe, les citoyens et citoyennes européens-nes battent le pavé, et les jeunes organisent grève après grève pour demander plus de justice climatique. Il est temps d’agir et pourtant les résultats communiqués par le Forum économique mondial[1], l’Agence Internationale de l’Énergie[2], ou encore l’Organisation météorologique mondiale[3] continuent de faire froid dans le dos.

L’objectif de 40% de réduction d’émissions de CO2 d’ici 2030 fixé par l’Europe— par rapport au niveau de 1990 — place l’Union européenne toujours en deçà des objectifs qui ont été fixés lors des Accords de Paris en 2015, et notamment le respect de maximum 1,5°C pour le réchauffement de la planète. Au contraire, la trajectoire climatique globale semble prendre mauvaise route, et résultat : les émissions de CO2 dans l’atmosphère ont augmenté de 1,7% pour atteindre 33,1 milliards de tonnes en moins de 30 ans, et la hausse des températures moyennes se confirme avec un gain de presque 1°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Dans ces domaines, l’Union européenne doit être ambitieuse et mettre fin à l’approche des petits pas et à l’inertie. L’UE est une échelle pertinente pour répondre à ces enjeux et, avec de la volonté, peut mettre à disposition les outils nécessaires pour une transition énergétique  juste.

La semaine dernière, lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, nous avons tenu nos engagements en retirant de la proposition de texte pour le prochain Fonds de développement régionaux de l’Union européenne (FEDER)un amendement qui aurait permis des investissements continus dans les infrastructures de combustibles fossiles et de déchets d’énergie grâce à des dérogations assez larges. Grâce à cette victoire, les investissements dans les infrastructures d’énergies fossiles et/ou ne respectant pas la « hiérarchie des déchets »[4] sont entièrement exclus et ne peuvent faire l’objet de dérogations pour bénéficier de ces Fonds européens.

Cependant, les obstacles pour une transition juste et durable pour l’Union persistent. Ainsi, dans cette même proposition de texte sur le FEDER, la droite européenne ainsi qu’une partie des socialistes et démocrates se sont opposés à un amendement qui proposait d’augmenter la part du budget dédiée aux objectifs stratégiques liés à la résilience des territoires face au changement climatique.

Je continue de me battre pour que les transitions écologique, sociale et territoriale aillent main dans la main. L’Union européenne, notamment via le FEDER a l’opportunité d’augmenter ses investissement publics afin d’amortir le choc de la transition écologique pour les régions dépendantes des énergies fossiles en saisissant l’opportunité de créer des emplois décents et durables dans ces mêmes régions qui en ont le plus besoin.

Alors qu’au niveau du Conseil européen, composé des chefs d’États et de gouvernements, l’unanimité continue à être nécessaire pour avancer sur les questions environnementales et énergétiques, aucun accord clair et suffisamment ambitieux sur les objectifs à atteindre pour l’Union ne peut être trouvé et ainsi donner une feuille de route pour le prochain Parlement et la prochaine Commission européenne. Plutôt que de s’enfoncer dans une impasse, il est plus que jamais temps d’enfin avancer.

Dans cette même lignée, le prochain Parlement européen devra continuer de lutter contre les traités de libre-échange internationaux, dramatiques de conséquences pour l’environnement et notre santé, alimentant là une course effrénée et destructrice . Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie le met en avant : les Etats-Unis, la Chine et l’Inde sont à eux seuls responsables de 70% de l’augmentation de la demande énergétique mondiale, propulsés par la course à la croissance économique à tout prix.

Nous ne pouvons plus ignorer les signes évidents d’une planète qui suffoque et qui va atteindre ses frontières vitales si rien n’est fait pour rompre avec notre modèle de développement. Nous sommes aujourd’hui au seuil du « pic du tout » comme le qualifiait Richard Heindberg. Que se passera-t-il demain lorsque la montée des eaux ou la sécheresse des terres auront mis en péril des millions de vies et provoqué la migration massive de réfugiés climatiques ? Qu’adviendra-t-il lorsque nos biens communs les plus fondamentaux comme l’eau, l’air, la terre, viendront à manquer et déclencheront des conflits géopolitiques majeurs ?

L’investissement dans une transition écologique ambitieuse, le passage à̀ un modèle de développement sobre et résilient émancipé́ du dogme de la croissance, ne constituent plus seulement des priorités mais des principes de survie.


[1] http://www3.weforum.org/docs/WEF_Fostering_Effective_Energy_Transition_2019.pdf

[2] https://webstore.iea.org/global-energy-co2-status-report-2018

[3] https://library.wmo.int/index.php?lvl=notice_display&id=20799#.XJ49_ntKiUk

[4] https://www.ademe.fr/expertises/dechets/elements-contexte/politique-vigueur/dossier/cadre-reglementaire/grands-principes-reglementation-europeenne-dechets

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