Le logement est un droit fondamental : l’UE peut agir

A l’invitation de la Fondation Abbé Pierre et de la FEANTSA (Fédération Européenne des Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri)  j’ai pu échanger à Bruxelles sur la question centrale du « mal logement » en Europe, et plus particulièrement de la question des sans-abris. Urgente car des millions d’Européens souffrent de difficultés de logement, en terme d’accès pour tous ceux qui en sont privés, mais aussi d’exposition à des pollutions (31 millions de ménages européens vivent dans une zone particulièrement polluée), au poids des dépenses qu’il entraine dans le budget de nombreux ménages… Comme en France le logement est devenu pour de plus en plus d’Européens un problème majeur et surtout pour les classes populaires qui subissent la forte hausse du logement dans les coûts contraints. Ainsi près de 10% des ménages Européens ont plus de 40% de leurs revenus qui sont consacrés aux dépenses de logement.

Ces chiffres je les ai trouvés dans le très dense rapport publié par la fondation abbé Pierre et la FEANTSA qui ont décidés de poser cet enjeu à l’échelle européenne. Certains répondront que c’est intéressant mais que ce n’est pas une compétence de l’UE. Vrai car, en termes de « compétence », ce sont les États qui doivent directement agir… et faux car l’Europe peut aussi se saisir de cet enjeu au cœur des préoccupations d’une grande partie de sa population.

Le logement, comme le souligne le rapport, n’est pas une récompense mais un droit inscrit dans la Charte qui fixe les valeurs et les principes de l’UE (« Charte des droits fondamentaux »). Le gouvernement hongrois l’a par exemple « oublié » en luttant contre les sans-abris…en les criminalisant. Mais l’autre levier d’action de l’UE c’est sa capacité à dégager des fonds et à investir. Des efforts sont déjà faits au travers des priorités du nouveau plan d’investissement « InvestEU » mais une approche plus directe est suggérée par les associations en orientant directement les financements vers la création de logements abordables. L’autre piste pourrait être de sortir les fonds investis dans le logement du calcul du déficit défini par les règles budgétaires européennes, de créer ainsi une exception qui favoriserait des plans massifs des États.

Mais sur cette dernière idée, c’est prendre le problème à l’envers. Il n’y aura pas d’investissements possibles dans le cadre des politiques austéritaires qui rongent les sociétés européennes et qui s’accentuent depuis 2008. Le logement, comme la santé par exemple, sont les premières victimes d’un mode de gouvernement qui préfère sauver les banques, assurer les dividendes, et diminuer les impôts des riches que de lutter contre le mal logement et l’exclusion sociale. L’UE est à un carrefour et le choix s’impose entre les principes d’un libéralisme économique qui accentue les inégalités ou des investissements massifs publics dans les grandes priorités européennes : climat, logement, éducation, santé…

L’Europe ne cesse de dire qu’elle veut « se rapprocher » des citoyens, donnons-lui l’occasion de le faire, donnons-lui les moyens de s’assurer que tous ses citoyens aient un toit, ne dépensent pas leur salaire pour chauffer leur logement, ne meurent pas des pollutions qui les empoisonnent à l’intérieur même de leur habitat. Le logement abordable, exigence portée par le rapport de la fondation abbé Pierre et la FEANTSA, est une priorité pour lutter contre l’exclusion car il répond aussi sur le moyen et long terme à la question des sans-abris.  Je partage en effet l’idée qu’il faut sortir de la logique de la seule « gestion au thermomètre » liée à l’hébergement d’urgence. Certains pays européens progressent dans cette voie comme la Finlande et c’est un bon exemple à suivre (programme « Logement d’abord »). Ce rapport démontre une nouvelle fois l’utilité d’une Europe qui peut mobiliser de grands moyens pour s’incarner dans le quotidien de tous ses habitants. Mais il est aussi une preuve de plus que le « lobby citoyen » (ONG, syndicats…) est un élément constitutif du débat public européen et que son rôle n’est peut-être plus seulement d’alerter mais aussi de prendre part au contrôle direct des institutions européennes en renforçant son droit d’interpellation et de regards sur les décisions.

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