La délocalisation de notre empreinte carbone ne trompe pas le climat

Le constat est amer : les objectifs de biodiversité, ceux fixés par la Convention de la Diversité Biologique, ne sont pas respectés. Après 20 ans d’échec et il est urgent de poser les bases d’un nouveau modèle. Le productivisme est une impasse et les symptômes de cette catastrophe annoncée ne trompent plus personne : les dommages infligés à l’environnement, la biodiversité et la santé humaine sont visibles et s’aggravent.

Notre modèle agricole intensif met en danger notre sécurité alimentaire

Nous connaissons depuis quatre ans les années les plus chaudes de l’histoire et celles-ci nous conduisent vers les catastrophes écologiques que nous observons déjà. Des sécheresses dans les plus grandes zones de production et la mise en friche de terres arables ne pouvant plus être hydratées en Amérique, aux inondations détruisant les terres fertiles en Inde, les dégâts se font aussi ressentir en Europe avec notamment la prolifération de parasites destructeurs partout sur le territoire[1]. Aucun pays n’est épargné.

Le commerce international organise la destruction de la biodiversité

Partout où le libéralisme économique s’impose, il s’accompagne de l’intensification des échanges et de plus de mondialisation. Là où l’économie a massivement été délocalisée au profit de coûts moindre, ce déplacement s’est accompagné d’une délocalisation de la consommation énergétique et donc des émissions de CO2[2]. En se penchant sur les chiffres du commerce international, nous voyons que les pays européens externalisent de un tiers à un quart des émissions de leurs biens de consommation.

L’externalisation croissante des émissions de gaz à effet de serre que nous mesurons dans l’empreinte carbone a son pendant en termes de biodiversité. L’évolution de cette « empreinte biodiversité » entre 2000 et 2011 est alarmante. L’exploitation des sols a fait passer le nombre d’espèces d’oiseaux poussées vers l’extinction de 3 à 7% sur la période ; mais également fait diminuer de 3,4 milliards de tonnes la capacité des sols à stocker le carbone en 2011[3]. L’élevage et l’agriculture sur des modèles d’exploitation intensives ne sont pas en reste pour ce qui est des dommages causés à la biodiversité : l’élevage bovin représentant 28% de la cause d’extinction des espèces[4]

Nos engagements et objectifs pour atténuer le changement climatique doivent donc prendre en compte le commerce international : les effets surviennent souvent loin de l’endroit où les biens sont consommés. Ce que nous consommons contribue à détruire la biodiversité dans les pays producteurs. Pour la protéger il faut donc changer de modèle économique. Prétendre le contraire est un mensonge et perpétue un modèle prédateur autant en terme écologique que social.

Un changement de modèle s’impose

Ces constats signifient une chose : un modèle durable ne peut se construire sans prendre en compte à la fois les implications économiques, environnementales et sociales. Nous devons aller vers plus de justice dans ces trois domaines, sans quoi nous ne pourrons faire face à la destruction des écosystèmes qui pèseraient tant sur notre quotidien.

L’ampleur de ces enjeux appelle aussi une réponse au-delà des frontières des Etats-Nations. Le repli individuel n’est pas possible, l’Union européenne est une échelle pertinente pour y faire face à cette menace. Nous souhaitons y apporter une réponse ambitieuse et à la hauteur de l’urgence : une Nouvelle Donne Verte pour l’Europe (Green New Deal) qui se base sur des investissements publics à hauteur de 500 milliards d’euros par an pour financer la transition écologique. Ces investissements s’accompagneront de mesures pour assurer la transition écologique : ambitions fortes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, adoption de plus de sources d’énergies renouvelables ou encore la mise en place d’une Cour européenne pour l’Environnement.

 L’écologie, la défense de notre sécurité alimentaire et de la biodiversité sont incompatibles avec le capitalisme productiviste. Sortir de ce modèle mortifère est un impératif pour lequel nous devons faire front commun et réinventer un modèle plus juste. Je continuerai à m’investir pour œuvrer en ce sens, et également dans le cadre du programme du Printemps européen pour les élections européennes du 26 mai 2019.


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/02/26/la-fin-de-l-alimentation-ou-comment-le-dereglement-climatique-bouleverse-aussi-nos-habitudes-alimentaires_5428374_3232.html

[2] Davis, S. and Caldeira, K. (2010). Consumption-based accounting of CO2 emissions. Proceedings of the National Academy of Sciences, 107(12), pp.5687-5692.

[3] http://www.journaldelenvironnement.net/article/la-biodiversite-toujours-plus-alteree-par-le-commerce-international,96421

[4] http://www.journaldelenvironnement.net/article/la-biodiversite-toujours-plus-alteree-par-le-commerce-international,96421

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