Un monde en transition, une gauche en recomposition


Ce texte fait partie de mon compte-rendu de mandat de député européen à retrouver dans son intégralité ici :

Compte-rendu de mandat de Guillaume Balas, député européen


Ce monde en transition appelle à ce que la gauche ouvre une voie nouvelle, démocratique, écologique, fondée sur la justice sociale. Le tableau peut paraître sombre mais les solutions existent. Nous sommes là pour les faire émerger. 

Le 25 mai 2014, un nouveau Parlement européen était élu. 

Le nouveau visage de l’hémicycle européen se voyait alors déformé par l’installation des formations europhobes. 

Portées par les citoyens, celles-là exprimaient confusément une volonté à s’affranchir du modèle néolibéral mais surtout emmenaient l’Europe et ses peuples vers des régressions fatales. Cette réaction nationaliste était et est le signe d’un traumatisme engendré par des années de politiques austéritaires. Cette même austérité qui a participé à l’agonie de la Grèce et qui a contribué, partout en Europe à ébranler les solidarités et à mettre à mal la cohésion sociale au sein des populations européennes. 

Face à une désintégration annoncée, les partis politiques traditionnels ont peiné à trouver de nouvelles réponses à la hauteur. La gauche, la droite, le centre, ont alors fait le choix d’une vision étriquée de la politique : pour s’assurer une majorité parlementaire, ils ont choisi de s’allier au sein d’une grande coalition, pour répondre à la crise économique et sociale, ils décident alors de la poursuite des politiques d’austérité. 

Les extrême-droites  européennes l’ont bien compris : en l’absence d’alternatives, elles agitent le spectre de la régression, du déclin civilisationnel d’un Occident fantasmé et prennent pour cibles la « horde » des immigrés, de l’étranger. 

Face à ce courant xénophobe, il s’agit de reprendre l’offensive. Nous ne pouvons non plus nous soumettre au néolibéralisme des Macron, Merkel, Juncker et consorts qui appliquent à la lettre la célèbre réplique « Il faut que tout change pour que rien ne change ».  

Aujourd’hui, nous devons créer les conditions de l’émergence d’une gauche progressiste, écologiste et humaniste. Une gauche qui assume le clivage avec la droite ; une gauche qui rompe radicalement avec le modèle néolibéral et capitaliste, esquisse des solutions nouvelles et pérennes avec comme boussoles celles de l’égalité, de l’écologie, de la démocratie et de la justice sociale ; une gauche, enfin, qui reconquiert le pouvoir en se hissant à la hauteur des défis mondiaux. 

Car ceux-ci sont immenses. 

Nous nous trouvons au cœur de transitions majeures qui bouleversent l’ensemble de nos rapports : à nous-mêmes, aux autres, au travail, au temps, à la vie.

Nous devons créer les conditions de l’émergence d’une gauche progressiste, écologiste et humaniste. 

Ces transitions sont évidentes mais ignorées ou tues.

Il y a d’abord l’évidence d’une planète qui suffoque et qui va atteindre ses frontières vitales si rien n’est fait pour rompre avec notre modèle de développement. Depuis 40 ans et en toute connaissance de cause, nous avons poursuivi notre course vers une croissance exponentielle sans prêter attention à l’effondrement planétaire. Nous sommes aujourd’hui au seuil du « pic de tout » comme le qualifiait Richard Heinberg, ce moment où, la capacité de charge sera largement dépassée menant de manière irréversible à la destruction des ressources indispensables et donc à notre propre capacité de survie. Que se passera-t-il demain lorsque la montée des eaux ou la sécheresse des terres auront mis en péril des millions de vies et provoqué la migration massive de réfugiés climatiques ? Qu’adviendra-t-il lorsque nos biens communs les plus fondamentaux comme l’eau, l’air, la terre, viendront à manquer et déclencheront des conflits géopolitiques majeurs ? L’investissement dans une transition écologique ambitieuse, le passage à un modèle de développement sobre et résilient émancipé du dogme de la croissance, ne constituent plus seulement des priorités mais des principes de survie. 

Il y a ensuite la transition vers une révolution technologique qui bouleverse notre rapport au travail, au temps et à la vie. Avec l’introduction massive de l’intelligence artificielle, c’est l’avènement des robots qui agite l’angoisse d’une « chute de l’empire humain ».

Dans le domaine du travail tout d’abord car cette transition présuppose la destruction d’un grand nombre d’emplois. Ici, les décideurs politiques semblent trancher en faveur d’une robotisation accrue, promesse d’un dynamisme des entreprises et d’une reprise de la croissance économique. Pourquoi pas… si la hausse de la productivité rimait avec une prospérité partagée par tous. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. 

Dans le domaine du temps et de la vie ensuite, car la robotisation, l’amélioration artificielle des organes et des corps, l’émergence d’une IA supérieure à l’intelligence humaine, poussent les grands lobbys transhumanistes à concevoir les termes de l’homme de demain, cet « homme augmenté » que rien ne pourrait arrêter… Après la course à la croissance, la course à l’immortalité ?  Au-delà des questions éthiques qu’elle peut poser, elle soulève un problème tout aussi grave : le défi lancé à la mort, si il reste concentré entre les mains de ceux qui ont déjà tout, ne se fera qu’au détriment de ceux qui n’ont rien. 

Si la crise écologique nous précipite vers un effondrement planétaire, que l’avènement des robots se substitue à notre force de travail, que le transhumanisme florissant ne se prépare qu’au bénéfice d’une minorité de nantis, que reste-t-il au reste de l’Humanité pour se faire entendre ?

En toute connaissance de cause, nous avons poursuivi notre course vers une croissance exponentielle sans prêter attention à l’effondrement planétaire.

Voici donc le troisième grand défi auquel nous devons nous préparer : la transition démocratique. 

La domination acquise par les groupes industriels, politiques et financiers les plus puissants finissent de désespérer les peuples qui en arrivent à estimer que, quoi qu’il se passe, ils seront nécessairement sacrifiés sur l’autel du marché et du progrès. Cette perspective ne peut qu’aboutir à une impasse qui se traduira au mieux par l’anéantissement de toute velléité de résistance, au pire, par une aggravation des violences. Nous devons mettre fin à cet « Âge des extrêmes » en redonnant au peuple les moyens de reprendre en main son destin. Il n’y aura donc pas d’alternative progressiste aboutie sans réflexion ambitieuse menée sur les termes d’une démocratie effective. 

Face à un monde en mutation, les recompositions politiques, et en premier lieu dans la gauche européenne, sont inéluctables. 

Je participe et veux participer à cette mue : social-démocrate critique des errements des grandes coalitions et opposant aux politiques libérales, j’en ai constaté et combattu les conséquences aux niveaux français et européen. 

En quatre années, j’ai progressivement rompu avec la pensée et les stratégies d’une gauche modérée et dépassée pour passer à un progressisme de transformation radicale. 

Quelles en sont les orientations principielles ? 

Face à la crise écologique, le combat pour la transition écologique est majeur. Avant tout, bien sûr, parce qu’il est fondamental pour notre propre survie mais aussi, par là-même, parce qu’il ne peut être neutre face au capitalisme néolibéral. Ainsi, on ne peut être écologiste sans être de gauche et on ne peut être de gauche sans être écologiste. Cela invalide à la fois toute forme de reconstitution d’une gauche productiviste comme d’une écologie « apolitique ».

De même, il ne peut y avoir de transition écologique pensée uniquement sous un angle « national ». La cause est nécessairement globale, le cadre d’action le plus pertinent, au moins européen. L’Union européenne peut être un formidable outil pour mettre en œuvre un « New Deal vert », véritable projet transcendant les particularismes et mobilisant les énergies.

Face à la révolution technologique, nous devons penser la création d’un instrument de protection sociale nouveau. Celui-ci ne doit pas se substituer à la protection assise sur le travail mais la compléter pour assurer une sécurité nouvelle face aux moments de transition professionnelle, un rapport de force nouveau face à l’employeur. C’est le sens de la proposition d’un revenu inconditionnel et universel dont une grande partie pourrait être adossée sur une fiscalité repensée, faisant participer les gains de productivité obtenus grâce à l’intelligence artificielle et les processus d’automatisation : une « taxe robots ».

Face au défi démocratique, nous devons construire un rapport de force favorable aux citoyens face aux grands intérêts privés.

Seule une stratégie internationaliste, mobilisant les énergies positives, démontrant ce qui est commun à l’humanité et non ce qui nous sépare, optimiste à la vue des immenses ressources scientifiques que nous possédons, désirant un mode de vie plus sobre et plus égalitaire, peut aujourd’hui offrir une issue humaniste.

Des convulsions du monde ancien, quelle Europe émergera ? Un continent vieux, réactionnaire et xénophobe, alliant le racisme et le néo-libéralisme ? Ou un continent confiant, tourné vers l’avenir et les autres car sûr de ses valeurs de liberté et d’égalité ? 

Les passions positives, affirmatives, voilà la meilleure des manières de refaire de l’Europe un futur désirable.

La campagne présidentielle de Benoit Hamon en France a posé les bases de ces passions positives. Au niveau européen, ces quatre années ont aussi vu l’émergence de nouveaux pôles de résistance au néolibéralisme et au nationalisme, porteurs d’espoir et de solutions nouvelles. L’alternative existe bel et bien. Nous la construisons en ce moment-même.  

L’ensemble de ces combats et principes ont matricé l’exercice de mon mandat de député européen. D’abord au travers de l’application nette de mes fonctions au sein des commissions EMPL et ENVI, puis de manière plus stratégique, au travers de mon implication dans la construction de nouvelles passerelles entre les gauches avec notamment la création du Progressive Caucus. 

Des convulsions du monde ancien, quelle Europe émergera ? Un continent vieux, réactionnaire et xénophobe, alliant le racisme et le néo-libéralisme ? Ou un continent confiant, tourné vers l’avenir et les autres car sur de ses valeurs de liberté et d’égalité ?

Rien n’est décidé mais la bataille se déroule, il est temps, en s’affranchissant des stratégies anciennes de prendre à nouveau parti.

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