Ouvrir les portes à gauche : le Progressive Caucus au Parlement européen


Ce texte fait partie de mon compte-rendu de mandat de député européen à retrouver dans son intégralité ici :

Compte-rendu de mandat de Guillaume Balas, député européen


Les élections de 2014 n’ont pas donné de majorité claire au Parlement européen. A rebours de nos valeurs et de nos combats, une partie du groupe socialiste et démocrate a alors accepté une grande coalition pour gouverner avec la droite. Cette alliance entre la gauche  et la droite est une erreur historique car elle alimente la confusion du « tous pareil », étouffe le socialisme, le dilue, le démonétise à petit feu. 

Persuadé depuis longtemps que nous partageons tant de choses avec l’ensemble des gauches en Europe et avec les forces écologistes, je me suis alors associé à un petit noyau de députés pour tenter de démontrer qu’un autre scénario était possible. 

Contre les réflexes institutionnels incompréhensibles pour les citoyens et nos électeurs, contre la doxa néolibérale qui grignote toute tentative de contestation, contre ce soi-disant esprit de responsabilité qui fait accepter à la gauche une politique de droite, nous avons tenté, modestement, d’imaginer un scénario manquant pour l’Europe. 

Alors, avec deux écologistes espagnols, une écologiste française ancienne candidate à l’élection présidentielle, un vice-président grec du Parlement européen, trois dissidents italiens du Parti démocrate, un camarade allemand de Die Linke, un ami socialiste bulgare et tant d’autres qui partageaient nos valeurs au-delà des partis, nous avons créé le Progressive Caucus. 

Cette idée simple d’instaurer un espace politique informel où émerge un dialogue à gauche a été une des initiatives les plus précieuses de mon mandat. 

Elle a contribué à décloisonner les prismes quelques fois trop partisans ou trop nationaux qui peuvent enferrer la pensée si on n’y prend pas garde. 

Réinterroger ses propres certitudes, casser les réflexes, pointer les paradoxes, consolider certains points de vues, ouvrir les portes du Parlement a des citoyens, des associations, des penseurs critiques du monde d’aujourd’hui… voilà ce qui a modestement contribué à faire de moi et de bien d’autres, des européens plus lucides, plus critiques, plus combatifs.

A maintes reprises dans l’histoire du Parlement européen, des tentatives ont été menées pour créer de tels espaces de dialogue et de rapprochement entre les différentes composantes de la gauche et des forces écologistes. Ces trois dernières années le Progressive Caucus participé à ce mouvement et en a marqué un nouveau jalon. 

Lors de nos discussions a émergé la nécessité de confronter les deux « poisons » qui  se répandent en Europe : le néolibéralisme et le nationalisme, deux frères ennemis qui fonctionnent en fait en symbiose.  

Le néolibéralisme, porté par de grandes coalitions tant au niveau européen que (dans de nombreux cas) au niveau national, a alimenté l’accroissement des inégalités en Europe, le déclassement social, les dommages environnementaux. 

Le nationalisme a conduit à désigner « l’étranger » comme « bouc émissaire » et l’Union européenne comme seule responsable de nos problèmes. Nous ne pouvons pas laisser ces idées progresser en Europe. Dès lors il était urgent de prendre l’initiative de rapprocher les forces progressistes. Nous avons alors procédé en trois phases :

Premièrement, nous avons créé entre les forces de gauche, les progressistes et les écologistes cet espace de débat libre et informel. 

Ensuite nous avons fait le choix d’agir ensemble. Nous avons multiplié les rencontres, les forums, les moments de réflexion comme les actions politiques.  Pour la défense de la Grèce et la solidarité entre les États membres de l’Union, pour l’accueil des migrants dans les conditions dignes de notre histoire, contre les effets climatiques et sociaux désastreux qu’engendrent les accords de libre-échange comme le CETA et le TTIP, pour dénoncer le scandale de la fusion entre Monsanto et Bayer, pour lutter contre la « grande régression » qui hante déjà nos sociétés, pour imaginer d’autres scénarios, d’autres solidarité, d’autres combats européens. Pour cela, laisser la parole aux ONG a été un atout précieux pour mieux comprendre et faire comprendre ce qui pourrait être fait ensemble. 

Enfin, nous avons posé une question politique centrale : comment favoriser l’action commune et l’unité entre les forces de gauche et écologistes, puisque nous partageons tant sur le fond ?

Avec ce questionnement sur l’unité à gauche, nous nous sommes confrontés aux anciennes structures politiques, aux vieux réflexes. 

La désunion risque de renforcer des forces réactionnaires, néolibérales, extrémistes et nationalistes. Cela affaiblit notre lutte pour la justice sociale, qui est également une condition nécessaire à une transition écologique plus urgente. Le cadre démocratique européen est plus que jamais attaqué. Le risque de notre désunion peut potentiellement favoriser l’émergence d’un futur Parlement européen dominé par la droite réactionnaire. Alors, quelle forme prendra le nouvel ensemble progressiste, écologiste et démocratique au Parlement européen ?

Dans ce contexte politique, la division et la fragmentation sont des non-sens, comme l’ont été les grandes coalitions sans rupture nette avec les systèmes néolibéraux récents. C’est pourquoi le Progressive Caucus est un signe d’espoir pour l’avenir et un moyen de construire une véritable alternative. Cela prouve que les liens sont possibles. 

Par conséquent, avec les membres du Progressive Caucus, nous participerons à toutes les initiatives majeures visant à rapprocher les forces progressistes. Nous répondrons présents aux initiatives paneuropéennes. Nous prendrons part à autant de combats que possible pour nous opposer au statu quo politique. Nous serons présents au Forum européen des forces progressistes à Bilbao en novembre prochain, comme nous l’étions, il y a un an, pour la première rencontre à Marseille. Nous auditionnerons les candidats de gauche à la Commission européenne pour faire vivre ce débat. Et nous serons présents le lendemain des élections européennes, pour donner vie à cet espace politique, à cette alliance avec les forces politiques qui souhaitent une transition progressiste, démocratique et écologique.

Print Friendly, PDF & Email

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.