5 années à aller à la rencontre des citoyens de demain

Intervention et échanges avec les élèves pour expliquer le rôle d'un député européen et plus largement de la place de l'Europe

Ce texte fait partie de mon compte-rendu de mandat de député européen à retrouver dans son intégralité ici :

Compte-rendu de mandat de Guillaume Balas, député européen


Professeur d’Histoire-Géographie, j’ai sillonné, la région parisienne pendant plus de 15 ans au gré de mes affectations. Élu au Parlement européen, j’ai souvent repris le RER pour aller débattre avec les jeunes franciliens des questions européennes.  

Cela me semblait nécessaire dès le début de mon mandat mais c’est devenu obligatoire quand je suis ressorti d’une discussion très forte avec les collégiens de La Courneuve rencontrés dans le contexte lourd des attentats qui ont marqué notre pays en 2015. On ne peut pas se plaindre de la séduction d’idéologies mortifères sur la jeunesse et rester tranquillement dans la confortable bulle politique qui s’installe très vite autour d’un élu. 

Une des priorités de mon mandat a donc été dés 2015 de faire l’aller-retour entre le travail à Bruxelles/Strasbourg et la discussion avec les acteurs franciliens et en particulier la jeunesse.

Contacté par des enseignants et des équipes pédagogiques et/ou direction partageant ce constat, j’ai ainsi pu rencontrer des centaines d’élèves de lycée ou de collèges pendant ces 5 ans à la fois dans leur établissement mais aussi au Parlement. J’ai choisi de surtout répondre à l’appel d’établissements professionnels et/ou situés dans des zones moins favorisées, pour accompagner et valoriser leur implication de plus en plus forte dans les dynamiques européennes et particulièrement dans le programme Erasmus +. 

Pendant 5 ans j’ai ainsi rencontré des professeurs et personnels de l’Éducation nationale investis, inventifs, passionnés, attentifs à la réussite de tous leurs élèves et qui passent ainsi des heures, souvent sur leur temps personnel, pour construire des projets européens souvent très lourds en terme administratif. L’intégration européenne n’est plus l’apanage des plus aisées, elle se démocratise de plus en plus et cet effort sera décisif pour l’avenir de l’UE : les enquêtes (comme celle présenté par Cédric Hugret lors de notre évènement sur les inégalités en Europe au printemps 2018) démontrent que la pratique des langues et la possibilité de faire un stage (linguistique et/ou professionnel) restent des facteurs très discriminants entre les différentes catégories sociales dans l’UE et limitent donc les solidarités européennes. J’ai constaté ce changement important de regard et de politique au travers aussi du travail des associations et des structures qui valorisent l’action de l’UE. Traditionnellement tournées vers des publics souvent déjà conquis et très intégrés dans l’espace européen, elles se sont fortement investies dans l’ouverture à de nouveaux publics pour combler ce déficit d’information et d’intérêt de l’UE pour les classes populaires. Le dispositif « Ecole ambassadrice » développé par le Bureau d’information du Parlement européen, le partenariat entre des Centres d’information « Europe direct » avec des lycées de la seconde chance comme à Melun, et les programmes mis en place par les associations comme le Parlement européen des jeunes ou le Mouvement européen témoignent de cette préoccupation. Et ça marche : stages professionnels visites au Parlement, discussion avec des acteurs de l’UE suscitent de l‘émulation, de l’intérêt et curiosité de la part des élèves et soutiennent le travail mené par le monde éducatif. 

Mais ces rencontres, près d’une trentaine pendant 5 ans, sont surtout l’occasion d’échanges politiques, c’est-à-dire de questionnement sur les choix et les décision prises par l’UE et par son Parlement. La plus grande leçon de ces échanges c’est la nécessité, pour aborder les questions européennes, de ne pas se cantonner à l’institutionnel et à la description de ses mécaniques ou à un discours limité aux valeurs et aux symboles. L’UE par les drapeaux, l’UE des grands fondateurs et des plats traditionnels, s’efface vite devant l’intérêt et la volonté de débattre des enjeux de fonds de l’UE : questions environnementales, migrations, emploi arrivent rapidement dans la discussion et alimentent les débats avec les élèves de 3e jusqu’à ceux de BTS. L’Europe n’est pas un sujet froid, et elle ne doit donc pas être figée dans la description d’un cadre mais au contraire inscrite dans le débat sur ses choix, ses conflits, ses contradictions, ses réussites ou ses échecs. L’un des sujets qui est souvent revenu est aussi le sens même de ce projet : le rappel à l’Europe de la paix n’est plus suffisant quand se pose la question des rapports avec les GAFA, celle du modèle de développement dans le contexte de la mondialisation ou celle du changement climatique. 

Refaire de l’Europe un objet politique est aussi une nécessité pour reparler de la politique elle-même, de son rôle et de ses marges de manœuvre. Une des missions que je me suis donné est d’expliquer la vie d’un député à la fois pour montrer les mécanismes de décision et les rendre plus transparents alors que fantasmes et légendes se multiplient, mais aussi pour montrer son inscription dans le quotidien et dans le temps d’une vie. J’ai ainsi participé au début du mandat à des expérimentation de formats nouveaux liés à des dispositifs d’empowerment et j’ai eu la chance de pouvoir débattre de mon mandat avec des jeunes en situation de précarité mais intégrés dans des dispositifs innovants de lycée de la seconde chance ou de la Garantie jeune pilotée par les missions locales. 

Une de mes plus grandes fiertés de ce mandat est d’avoir régulièrement entendu, à la fin de ces échanges, de la part de ces jeunes femmes et hommes : « pourquoi pas moi ». Si je suis arrivé à faire passer le message sur le fait qu’un mandat n’est pas lié à des diplômes ni qu’il est un métier, ces interventions devant les publics scolaires auront été utiles. 

Alors que les marchands de haines répandent peur et fantasmes il revient à tous ceux qui veulent un projet européen émancipateur de travailler avec une jeunesse qui attend, à travers toute l’Europe, un débat à la hauteur des défis démocratiques, écologiques et sociaux. 

Print Friendly, PDF & Email

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.