L’Europe se meurt mais il n’est pas trop tard pour la sauver – Tribune Libération

Tribune des députés européens Génération.s sur "l'Etat de l'Union" publié sur Libération en amont du discours du Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker

Cette tribune est disponible sur le site de Libération à cette adresse : http://www.liberation.fr/debats/2018/09/11/l-europe-se-meurt-mais-il-n-est-pas-trop-tard-pour-la-sauver_1677773

Aléxis Tsípras et Viktor Orbàn s’exprimaient ce mardi 11 septembre face aux députés européens sur la situation respective de leur pays. Demain, ce sera au tour du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de livrer son discours annuel sur l’Etat de l’Union. Nous avons ainsi le concentré du double piège libéral et nationaliste dans lequel l’Europe se perd.

La différence de traitement entre la Grèce et la Hongrie illustre bien la hiérarchie des valeurs qui gouverne l’Europe. D’un côté, la Grèce est exsangue. Essorée par la Troïka et ses huit années de tutelle financière, elle a perdu un quart de son PIB, a assisté à la dilapidation de ses infrastructures, a vu 400 000 de ses 10 millions d’habitants quitter le pays. De l’autre côté, la Hongrie voit triompher la politique xénophobe et rétrograde de Viktor Orbàn. Liberté de la presse, indépendance de la justice, droits des femmes, stigmatisation des exilés… L’ensemble des libertés fondamentales sont aujourd’hui attaquées et pourtant nulle sanction, nul article 7, la Hongrie bénéficie d’une totale impunité.

Le choix de l’inaction

Cette séquence en miroir renvoie la tragique image d’une Europe qui perd le sens des priorités et des valeurs. Alors qu’elle devrait en appeler à la solidarité européenne face à la détresse grecque, elle fait le choix de l’acharnement budgétaire. Alors qu’elle pourrait sévèrement sanctionner la Hongrie d’Orbàn face à la violation continue des droits humains, elle fait le choix de l’inaction, quand ce n’est pas celui de la connivence. Le député chef de file du PPE et candidat déclaré à la présidence de la Commission, Manfred Weber, a récemment donné le ton en applaudissant des deux mains la victoire électorale d’avril du Président Orbàn.

Impitoyable avec les faibles, complaisante avec les forts, l’Europe des libéraux fait passer l’obsession budgétaire devant le respect des droits de l’Homme et des valeurs humanistes.

Impitoyable avec les faibles, complaisante avec les forts, l’Europe des libéraux fait passer l’obsession budgétaire devant le respect des droits de l’Homme et des valeurs humanistes. «La Commission de la dernière chance», comme Jean-Claude Juncker l’avait lui-même qualifiée, a montré sa servitude et son impuissance. Le renouvellement de l’autorisation du glyphosate ou la nomination de Martin Selmayr en sont des révélateurs, parmi d’autres forfaitures désastreuses pour la crédibilité de l’Union. Sans parler de la proposition budgétaire a minima pour l’après-2020, qui hypothèque l’avenir même des politiques européennes. Quid de l’Europe avec un triple A social que nous vendait Jean-Claude Juncker ? Le discours de demain, tout ambitieux qu’il puisse être, ne réécrira pas l’histoire à neuf mois d’une fin de mandat crépusculaire.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron entre en campagne des européennes en s’autoproclamant chef de file des «progressistes» européistes face aux nationalistes europhobes. En faux progressiste mais en vrai néolibéral, le président français crée un clivage opportuniste, contredit par ses choix politiques en matière économique, écologique ou migratoire.

34 361 morts. La Méditerranée est aujourd’hui le cimetière de femmes et d’hommes qui, espérant l’asile, se heurtent aux égoïsmes nationaux. Et l’Europe terre d’accueil se transforme un peu plus chaque jour en Europe forteresse. Nous militerons pour l’accueil des migrants et l’accompagnement humain, conformément aux valeurs qui sont celles de notre projet européen. Alors oui, si nous n’opérons pas un changement radical de direction, l’Europe est à quelques encablures d’une désintégration définitive. La multiplication des succès électoraux des partis d’extrême droite n’est que le premier symptôme d’un mal qui se généralise jusqu’en Suède. Alors qu’attendons-nous pour réagir ?

Un outil de protection

L’Europe pourrait être un formidable outil de protection et d’émancipation si elle était gouvernée non pas par le marché mais par les citoyens. C’est à son niveau que pourraient se construire les termes d’une politique migratoire humaniste et de développement international qui ait pour fondement la coopération plutôt que la concurrence. C’est à son niveau que pourrait se dessiner une politique ambitieuse d’investissement dans la transition écologique pour répondre à la crise climatique et environnementale. C’est à son niveau que pourrait se mettre en place une véritable politique de juste échange, de convergence sociale, de régulation du capitalisme financier, d’anticipation face aux mutations du travail. C’est à son niveau que pourrait se jouer beaucoup de choses… à condition que la gauche progressiste, humaniste et écologiste puissent y jouer un rôle.

Face aux forces redoutables qui sont à l’œuvre, l’heure est donc à la mobilisation citoyenne et à l’union des progressistes et écologistes européens. L’Europe se meurt mais il n’est pas encore trop tard pour la sauver. Alors, agissons.

Pour cela, nous devons nous unir pour être nombreux à constituer ce pôle de résistance à l’Europe des marchés, des lobbies et des premiers de cordée. La refonte des traités par un processus constituant à court terme est indispensable. Mais cela n’exonère pas les futurs eurodéputés d’utiliser immédiatement tous les instruments à leur disposition : pouvoir de veto, opposition à la nomination des commissaires, rejet des décharges budgétaires, utilisation des pouvoirs d’initiative, d’enquête et de contrôle… Face aux forces redoutables qui sont à l’œuvre, l’heure est donc à la mobilisation citoyenne et à l’union des progressistes et écologistes européens. L’Europe se meurt mais il n’est pas encore trop tard pour la sauver. Alors, agissons.

Guillaume Balas, Edouard Martin et Isabelle Thomas, député.e.s européen.ne.s Génération.s

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