« Quel diplôme pour faire de la politique ? »

Depuis quatre ans je réponds à l’invitation d’équipes pédagogiques qui cherchent à convaincre leurs élèves de l’importance de s’intéresser à l’action publique, à la décision politique, à l’engagement citoyen. Cet enjeu prend d’autant plus de relief dans des zones défavorisées ou avec des publics que l’on dit « éloignés » des questions européennes. Je suis à la fois très marqué par l’investissement exceptionnel des enseignants soucieux d’enrichir le travail avec leurs élèves avec des interventions de personnalités extérieures mais aussi par la maturité de nombreux « jeunes » face à ces enjeux.

J’use en effet régulièrement de la formule consacrée « c’est votre avenir qui est en jeu », mais ils le savent déjà, par contre c’est leur capacité d’agir sur ce futur qui les laisse perplexe. Et le mot est faible.

Les deux dernières interventions que j’ai faites en lycée, le 23 mars à Claye-Souilly (Lycée Champs de Claye, en Seine et Marne) et le 30 mars à Versailles (Lycée Saint Vincent de Paul dans les Yvelines), ont été consacrées directement à cette question. J’espère être arrivé à convaincre les lycéens, citoyens et futurs citoyens, qu’ils peuvent eux-mêmes être les acteurs directs de la prise de décision politique. Pas simplement par le vote, même s’il reste fondamental, mais aussi par la prise de responsabilités. J’ai ainsi une nouvelle fois rappelé qu’un élu est un mandat non un métier, et surtout qu’il n’implique pas le passage par un diplôme spécifique, ou plus généralement qu’il ne requiert pas un niveau de qualification. On retrouve dans cette croyance partagée par de nombreux élèves à la fois la trace de l’obsession française pour les diplômes, et surtout la démonstration du fossé entre les citoyens et leurs élus perçus comme une caste.

L’accès aux responsabilités politiques, particulièrement à un niveau national, reste dans l’esprit de nombreux Français lié à un statut social pré déterminé et sanctionné par l’Ecole. Ce n’est malheureusement pas totalement un mythe et je ne peux pas reprocher aux lycéens de me demander quels « diplômes j’ai eu pour être élu ? ». La meilleure réponse que je peux leur apporter est d’évoquer mon propre parcours d’élève pas toujours sérieux, pas toujours très scolaire justement, un parcours qui n’était pas déterminé par la volonté d’être élu et d’exercer le pouvoir. Ce n’est pas un modèle mais une démonstration concrète que chacun peut, avec ses propres expériences et son propre parcours, accéder à un mandat du peuple. Je cite aussi souvent l’exemple d’Edouard Martin mon collègue député au Parlement qui est un des plus brillants élus de ce Parlement et qui incarne un parcours que l’on décrit encore trop souvent comme « atypique » pour un parlementaire.

Alors comment lui et moi sommes arrivés là ? : par l’engagement, un engagement au service certes d’un idéal mais surtout d’un collectif. Cet esprit je l’ai ressenti dans ces deux établissements, comme dans les nombreux autres où je suis intervenu ces quatre dernières années. Un exemple : ces lycéens mais aussi de ses enseignants du lycée Champ de Claye qui sauvent notre honneur collectif qui épaulent leurs camarades en lourdes difficultés sociales. La jeunesse, et tous ceux qui œuvrent pour elle, nous donnent aussi de belles leçons en ces temps où on les méprise tant.

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