Révision du marché carbone : peut-on réellement se féliciter ?

Je me suis abstenu lors de ce vote du « rapport coût-efficacité des réductions d’émissions et investissements à faible intensité de carbone » ou en d’autres termes, le rapport concluant les négociations entre le Parlement, la Commission et le Conseil sur la révision du marché ETS (marché d’échange des quotas d’émissions de CO2 en Europe). Je me suis abstenu parce que ce rapport, sans pour autant être vraiment mauvais, n’était simplement pas à la hauteur. Pas à la hauteur des ambitions fixées par l’Accord de Paris et envers lesquelles l’Europe s’est engagée. Le réchauffement climatique n’attend pas, nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer vers la transition énergétique à reculons. Certes, l’accord obtenu par le Parlement est meilleur que celui initialement proposé par la Commission européenne, mais il est insuffisant à de nombreux égards. Notamment, au regard des mesures proposées pour réduire le surplus structurel du marché ETS, responsable d’un prix du carbone très bas dans l’UE. En effet,  le prix du carbone qui sera atteint suite à cette réforme ne sera qu’aux alentours de 25€. La réduction du surplus proposée reste donc insuffisante pour atteindre le prix nécessaire (plus de 60€) pour envoyer un signal clair à l’industrie et atteindre les objectifs fixés lors de la COP 21.
De plus, ce rapport n’inscrit pas la fin des quotas gratuits délivrés aux entreprises « énergo-intensives » à court terme. Or, ces quotas gratuits alloués nationalement sont surtout associés à des profits indus pour ces entreprises et n’envoient pas un signal clair à la filière pour investir dans des solutions alternatives et durables. De même, l’Europe a instauré dans le cadre de son marché ETS des Fonds de modernisation pour accompagner les entreprises énergo-intensives dans leur transition énergétique. Très bonne mesure. Mais détournée et utilisée dans certains pays notamment pour moderniser des centrales à charbon durant les phases précédentes. Dès lors, et sans nouveaux critères stricts pour encadrer ces Fonds dans le rapport voté au parlement cette session, nous ne pouvons que redouter des dérives de la sorte.

Enfin, nous sommes en droit de nous poser la question suivante : pourquoi le texte initial proposé par la Commission européenne au Parlement n’était-il pas plus ambitieux dès le départ?

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