Intervention durant le Grand Oral des députés franciliens

Les moments sont rares où l’on peut exposer et mettre en débat devant les citoyens franciliens le travail de député européen. L’initiative du Mouvement Européen proposée aux eurodéputés d’Ile de France le 24 novembre 2017 est donc à saluer. Ce « Grand Oral » a ainsi été l’occasion, au travers des deux thèmes choisis (« la réforme de la zone euro « et « qu’est-ce qu’une Europe qui protège ? ») de revenir sur le sens même que nous donnons au projet européen.

Un piège nous est tendu : celui d’un débat stérile entre pro et antieuropéens, qui se résumerait en un combat des néolibéraux face aux nationalistes : deux voies de garage, deux écueils qui enterreront l’Europe à plus ou moins long terme.

D’un côté, nous aurions « l’Europe c’est bien ». C’est LE BIEN entouré d’un nuage mystérieux de termes techniques qui font sérieux pour la communication mais qui, dans les faits, sont des échecs en rase campagne sur les choses qui changent vraiment la vie des gens (le secteur transport dans le cas de la révision de la directive travailleurs détachés ou le glyphosate où les 5 ans renouvelables se sont finalement imposés). C’est beau, c’est frais après l’attentisme de François Hollande, c’est volontaire mais la France d’Emmanuel Macron a d’abord promis le respect des 3% de déficit et des réformes structurelles (ordonnances travail) pour soutenir son influence. C’est le pari de notre président qui choisit la voie d’une Europe libérale.

De l’autre côté, nous aurions : l’Europe c’est le « MAL ». On charge l’UE de tous les maux en appelant au repli sur soi comme solution face aux désordres du monde. Le repli sur soi, ce mal contemporain que le Brexit, l’élection de Trump, la poussée de l’AFD en Allemagne illustrent sous d’autres formes. Bref l’Europe comme religion avec les croyants et les mécréants…

Depuis le début de mon mandat, je plaide avec d’autres pour que l’UE soit un outil politique et non un dogme, un épouvantail ou le paravent facile des politiques libérales. Pour cela, il faut d’abord à l’Europe les instruments de son destin, et cela commence par un budget. Ce n’est pas un gadget technique mais l’outil qui permettrait à l’Europe de faire des choix d’investissement à l’image d’un État qui choisit de consacrer de l’argent à telle ou telle priorité. Sans ce budget commun la force économique va à la force économique sans répartition équitable et intelligente pour soutenir les solidarités européennes, et donc le lien concret entre citoyens européens. Il faut arrêter cette schizophrénie européenne qui consiste à reprocher le dumping social mené par certains pays et ne pas se donner les moyens financiers d’investir pour corriger les inégalités économiques qui se creusent entre les États.

Ce budget doit exister mais il doit aussi être un instrument démocratique où les représentants des citoyens sont directement impliqués, que ce soit ceux du Parlement européen et/ou ceux des Parlements nationaux. Il nous faut ce budget pour ainsi donner corps à une Europe politique qui assume des choix transparents et qui corrige les déséquilibres rédhibitoires à la poursuite de sa construction.

Mais ce n’est aussi qu’un premier pas, ou un pas qui doit être fait en même temps qu’un autre, celui de l’harmonisation sociale. Pour certains, c’est un non-débat car l’UE n’a pas à s’en préoccuper et l’on trouve alors pêle-mêle les nationalistes, ceux qui jouent le dumping, et aussi des pays très avancés socialement mais qui veulent protéger leur modèle. Et donc pendant ce temps-là les inégalités se creusent et les tensions se multiplient…La question du travail détaché démontre une nouvelle fois que l’échelle européenne est la plus pertinente pour traiter cette question et notamment consolider les protections sociales soumises de fait à l’absence de règles d’une concurrence agressive en Europe et dans le monde. Car c’est aussi à cette échelle que l’UE peut nous être utile, mais pas une UE réduite au rôle d’idiot utile de la mondialisation. Nous devons continuer à nous battre collectivement, élus mais aussi mouvements citoyens, pour éviter la dilution de nos conquêtes sociales dans le grand marché mondial.  Face à l’obsession d’un libre échange dont les profits ruissèleraient sur l’ensemble des Européens au prix d’un abandon de notre souveraineté, il faut arrêter la fuite en avant des accords de libre-échange et construire ensemble des critères sociaux et économiques qui valorisent notre juste aspiration à vivre décemment dans un environnement sain.

Face à tous ces défis, nous devons poser les différents intérêts sur la table, mais pas sur celle des États. L’UE intergouvernementale, celle que certains nous vendent face aux dangers supposés de l’intégration européenne et finalement celle que nous avons déjà, est un obstacle à la résolution de nombreux problèmes. Les États-nations ont toute leur légitimité et ils représentent une part de notre identité, un cadre d’expression, de reconnaissance, mais au Conseil des chefs d’État européens, ils sont les miroirs déformants des intérêts pourtant communs des citoyens européens, indépendamment de leurs origines : avoir un salaire qui permette de vivre décemment, avoir une protection sociale qui vous assure face aux risques, manger, boire, respirer sans que votre santé soit en danger….

Si nous voulons battre les nationalistes, il faut mettre de côté ces filtres et proposer aux Européens des alternatives qui assument jusqu’au bout le cadre de l’UE mais aussi la suite de son destin, zone de libre échange et de dumping ou zone de prospérité au profit de l’ensemble des Européens dans un juste échange avec les autres continents.

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