Guillaume Balas : « Créons les bases d’un espace démocratique transnational » [La Marseillaise]

Article disponible sur : http://www.lamarseillaise.fr/analyses-de-la-redaction/decryptage/65018-guillaume-balas-creons-les-bases-d-un-espace-democratique-transnational

Les 10 et 11 novembre se tient à Marseille, un forum progressiste au niveau européen. Celui-ci est la suite d’un Appel intitulé « L’Europe doit changer ! » signé par des militants politiques, associatifs et syndicaux de tout le continent. Parmi eux, le député européen socialiste Guillaume Balas.

Guillaume Balas, 45 ans, est député européen (S&D) de la circonscription Île-de-France et Français de l’étranger depuis 2014.Professeur d’histoire-géographie, il est l’un des animateurs du courant « À gauche pour gagner », considéré comme l’aile gauche du PS. Lors de la campagne de la présidentielle, il était coordinateur du projet de Benoît Hamon. Après les élections, Guillaume Balas participe à la création du Mouvement du 1er Juillet.Partisan de l’unité de la gauche, il défend le rassemblement de « tous ceux qui veulent reconquérir la souveraineté démocratique face aux forces de dissolution de l’ultra-capitalisme ». D’où sa volonté de figurer parmi les signataires de l’appel « L’Europe doit changer ! » Il est parmi les fondateurs au Parlement européen du Progressive Caucus, un mouvement rassemblant les partis de gauche progressistes (SD, GUE et Verts).

Qu’attendez-vous de votre participation et plus largement des conclusions de ce forum de Marseille ?

Aujourd’hui, les scandales à répétition du type des « Paradise papers » montrent l’urgence pour toutes les forces progressistes européennes d’entrer en résistance. L’Europe ne répond plus aux objectifs principaux de démocratisation, de progrès social et écologique. Au contraire, le projet européen a été mis au service d’une mondialisation sauvage et agressive sapant toute tentative d’une réappropriation démocratique d’un projet collectif par les citoyens et les peuples européens.En ce sens, les progressistes européens doivent débattre, confronter leurs convergences et leurs divergences dans le but de mieux agir pour impulser cette dynamique de réappropriation démocratique.Construire des ponts entre les forces progressistes européennes est l’objectif principal que je défends au sein du Progressive Caucus au Parlement européen, un espace de rassemblement des députés socialistes, écologistes et de la gauche européenne. C’est également le but de cette première et importante édition du forum européen progressiste de Marseille qui peut être une des premières bases à ce nécessaire espace démocratique transnational.

On parle souvent de refonte de l’Union européenne. Mais la gauche dans sa diversité ne doit-elle pas elle aussi réfléchir sur sa capacité à proposer un projet neuf ?

Il y a aujourd’hui concurrence en Europe entre trois forces politiques : les nationalistes, les libéraux et la composante du progrès social et écologique. Or, les bases sur lesquelles s’est construite cette dernière composante se sont érodées. L’affaiblissement du travail par rapport au capital et le chantage au développement technologique sont en train de faire muter le travail mais également l’être humain tout en donnant un pouvoir formidable à une minorité, capable de mettre fin à la démocratie et à l’égalité. La gauche dans sa diversité se doit donc de repenser un projet global centré sur la notion de survie à long terme de l’humanité et donc d’intérêt général.

Sur quelles bases des convergences peuvent se tisser au-delà des schémas classiques de rassemblement ?

Ces convergences peuvent se faire autour de trois piliers principaux : la défense radicale de la démocratie, la justice sociale et la question écologique. Ces trois bases permettent de rassembler un grand nombre d’acteurs progressistes tout en répondant aux défis majeurs de notre temps.En mars dernier, la Commission européenne publiait un livre blanc sur l’avenir de l’Union européenne. Dans le cadre du Progressive Caucus, en réponse à ce document, nous avons rédigé, avec mes collègues issus des groupes des socialistes et démocrates, des écologistes et de la gauche européenne, le « Scénario manquant », document proposant des réformes et priorités politiques alternatives pour changer l’Europe*. Bien sûr, ce document a vocation à être enrichi mais il montre bien que ces trois piliers sont les bonnes bases pour organiser cette nécessaire convergence.

Quels seraient les principaux chantiers à mener pour jeter les bases d’une Europe enfin sociale ?

Brandie comme un slogan par les libéraux, l’Europe sociale est demeurée trop longtemps à l’état de chimère et s’est traduite par une mise en concurrence de plus en plus féroce entre les travailleurs eux-mêmes.Alors que le pilier européen des droits sociaux sera présenté au sommet social de Göteborg en Suède le 17 novembre, nous ne pouvons qu’être déçus. Ce qui s’apprête être une simple déclaration incantatoire ne semble pas se traduire par l’instauration d’acquis sociaux fondamentaux offerts à tous les Européens.  Le marché demeure toujours la seule variable d’ajustement. Face aux timides améliorations des règles de détachement, nous devons proposer et mettre en œuvre des solutions concrètes pour lutter contre le dumping social et faire de l’Europe sociale une réalité. Il s’agit par exemple de salaires minima dans tous les États de l’Union européenne, des standards économiques et sociaux harmonisés ou encore de la création d’instances de contrôle comme celle d’une véritable inspection du travail européenne.Plus globalement, nous avons besoin désormais d’un nouveau pacte global faisant de l’Europe une puissance politique capable d’utiliser des investissements pour rééquilibrer ses territoires et financer la transition écologique, penser et anticiper les mutations du travail pour protéger les travailleurs et défendre l’intérêt général face aux intérêts privés d’une minorité grandissante.

Propos recueillis par Sébastien Madau

* Le scénario manquant – des alternatives existent pour les Européens http://www.progressivecaucus.eu/the-missing-scenario-there-are-alternatives-for-europeans-working-document/). Dans la Marseillaise de demain un entretien avec Monica Valente, responsables aux relations internationales auprès du Parti des travailleurs (PT) du Brésil.

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