Mieux protéger la santé des Européens: visite à l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments)

#Biodiversité #Glyphosate #OGM : avec mon collègue Eric Andrieu a l'EFSA (autorité européenne de sécurité alimentaire) a Parme pour tenter de comprendre les dysfonctionnements des évaluations scientifiques et proposer un nouveau cadre européen : transparent, démocratique et protégé des ingérences scandaleuses de l'industrie agro-chimique.

Opslået af Guillaume Balas på 20. oktober 2017

Les citoyens européens s’inquiètent. Leur santé et leur alimentation sont aujourd’hui au cœur des préoccupations. Et cela d’autant plus que les scandales se multiplient, jetant un voile de suspicion sur cette Europe qui devrait mieux les protéger. Des œufs sont empoisonnés au pesticide fipronil, les tests de pollution des constructeurs automobiles sont des mensonges, certaines lasagnes de bœuf sont au cheval, l’usage des antibiotiques dans les élevages est inquiétant, on retrouve du glucose venant d’Asie dans des pots de miel. Point d’acmé de cette suspicion, Monsanto tente d’influencer les recherches scientifiques et les décisions publiques pour continuer à répandre son glyphosate sur la planète, en toute impunité.

Cette défiance démontre qu’un front s’ouvre désormais entre les intérêts économiques, particulièrement ceux des grands groupes, et le pouvoir démocratique pour faire respecter notre sécurité la plus élémentaire. La montée en puissance de ces entreprises et leur complexité à l’échelle mondiale rendent de plus en plus difficile leur contrôle par les instances démocratiques. Cette problématique n’est pas un fantasme comme le prouvent les moyens considérables qui auraient été utilisés par l’industriel Monsanto pour influencer les pouvoirs publics. La pression est donc très forte sur les administrations et les élus. Or ces derniers ne sont pas des scientifiques et s’en remettent à des agences publiques comme l’EFSA (Autorisé européenne de sécurité alimentaire). Cette structure donne aux instances européennes des avis scientifiques sur les risques en terme de santé alimentaire. Son travail est, dans ce domaine, d’évaluer les études concernant les impacts sanitaires de produits liés à l’alimentation comme, par exemple, le pesticide glyphosate.

Très critiquée justement à l’occasion de l’affaire Monsanto, l’EFSA fait l’objet de nombreuses interrogations sur son indépendance. Pour mieux comprendre cette situation et surtout chercher des voies de réformes pertinentes, je me suis rendu à son siège, à Parme en Italie, avec mes collègues socialistes Eric Andrieu pour la France, Paul Brannen pour le Royaume Uni, et Maria Noichl pour l’Allemagne.

Conscients d’être dans l’œil du cyclone concernant les questions de transparence et de confiance dans les études scientifiques qui nourrissent les choix politiques, les responsables de l’EFSA étaient en demande d’un débat à bâtons rompus.

Deux pistes peuvent se dégager pour réformer le dispositif européen de protection de la sécurité alimentaire. La première est de mettre un terme au financement direct des études scientifiques par l’industrie, études dont l’EFSA est récipiendaire. Nous avons à ce titre proposé qu’une agence publique se charge de recueillir les redevances payées par l’industrie puis sélectionne elle-même les laboratoires en charge des enquêtes scientifiques. L’enjeu absolu est de rompre le lien entre l’intérêt général et les intérêts privés en mettant en place un système d’étanchéité entre les firmes agro-chimiques et les instituts chargés de les évaluer. C’est à la puissance publique qu’il revient de faire respecter cette objectivité des sources scientifiques qui éclairent les votes des responsables politiques. Sans cela, tout discours est inopérant.

L’autre axe de travail pourrait être une réflexion sur les donneurs d’ordres : l’EFSA peut en effet être sollicitée aussi par des institutions publiques, que ce soit les Etats, le Parlement ou la Commission. Il faut user de cette possibilité qui ne limiterait pas ainsi le champ d’investigation aux études soumises par des acteurs privées et qui permettrait d’élargir les questionnements pour avoir un spectre d’analyses à la fois plus large et plus précis, notamment sur une approche globale de la biodiversité par exemple. Dans le cas du glyphosate, il faut non seulement se concentrer sur son caractère cancérogène, mais aussi mener des investigations sur les malformations digestives chez l’enfant, les maladies des reins des agriculteurs, l’éradication de la biodiversité, la pollution des sols, la fragilisation de la faune et de la flore à moyen terme, la dissémination des OGM favorisés par le glyphosate et leurs impacts sur les cultures conventionnelles. Bref il s’agit d’ouvrir la focale scientifique.

Enfin on ne pourra faire l’économie d’une réflexion elle aussi plus large sur le capitalisme et ses dérives délirantes. Refuser la fusion Monsanto-Bayer qui, par sa taille, asservirait les agriculteurs et les consommateurs, démanteler Google qui constitue en catimini une forme de monopole futur sur nos informations intimes et les solutions de santé qui y sont liées. Plus que jamais la démocratie doit se défendre face à une forme de capitalisme qui détricote l’intérêt général et tente de pénétrer habilement la décision politique pour servir ses seuls intérêts sur le dos de la santé des citoyens. Sur ce sujet, l’Union européenne, première puissance mondiale, doit plus que jamais être prescriptrice d’un modèle de transparence et de démocratie. Nous devons être plus exigeants que jamais. C’est le sens de notre engagement au Parlement européen.

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