[Tribune L’Humanité] Le séparatisme régional, un avatar de l’« âge de la régression »

par Guillaume Balas, député européen

Tribune parue sur l’Humanité : https://www.humanite.fr/vivons-nous-le-temps-des-separatismes-regionaux-643948

Depuis la fin des années 70, la globalisation du capitalisme a dessaisi les Etats-nations des choix économiques essentiels.

Si l’idée que se font les êtres humains de leur destin commun était parfaitement « rationnelle », on aurait pu attendre à ce que le monde du travail s’organise sur le plan international, afin de faire contrepoids à la rapidité de circulation du capital et au chantage permanent qu’il peut exercer sur les différents territoires.

Si cela ne s’est pas produit, on peut en déterminer, peut-être, trois raisons principales :

  • la première est l’appétit d’intégration à la « croissance » des futurs « pays émergents » et la nouvelle division du travail qui en résulta, opposant les travailleurs à l’échelle mondiale ;
  • la deuxième, est l’utilisation idéologique de la fin du monde soviétique par les forces néo-libérales pour assimiler toute forme de discours critique sur le capitalisme à au mieux, une utopie, au pire, un danger liberticide ;
  • la troisième raison, qui émerge enfin de façon visible, est l’affaiblissement structurel du travail dans son rapport de force direct sur le capital par le remplacement des êtres humains par les logiciels et la robotisation. Le travail humain « détruit » n’est plus remplacé à la même hauteur par du travail humain « créé », le chantage au chômage fonctionne alors à plein pour faire accepter des conditions de travail à la médiocrité croissante.

De fait, il a été impossible de construire un discours dépassant les particularismes face au nouveau capitalisme globalisé, les individus et les peuples étant laissés à eux-mêmes, sommés d’accepter qu’il n’y ait pas d’« alternative » au néo-libéralisme.

Ainsi, l’économie libérale étant « naturalisée », les besoins de protections collectives se sont déplacés massivement du terrain socio-économique au terrain de l’« identité culturelle ».

Ces « affirmations », la plupart du temps ultra-conservatrices, participent ainsi de la recherche d’un « collectif » cassant l’angoissant individualisme contemporain.

Aussi, ce n’est pas tant le « temps des séparatismes régionaux » en Europe et dans le monde qu’une menace globale contre les pensées universelles, progressistes et rationalistes : radicalisation religieuse, nationalisme, ethnicisme, revendication particulariste (dont le nationalisme à périmètre régional), voilà les symptômes de la crise…

Dépasser ce moment repose sans doute sur un effort radical des gauches et des écologistes, par la construction d’une nouvelle perspective transcendant les clivages « culturels » et redonnant un « commun » à l’ensemble des êtres humains.

Seule la construction théorique et pratique d’une alternative au capitalisme néo-libéral et d’un imaginaire associé peut arracher la racine de l’« identitarisme ».

Démocratie, justice sociale, écologie, ces mots peuvent être un début pour unifier, travailler ensemble et proposer.

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