Discours sur l’état de l’Union: une logique classique qui amplifie le libre-échange

Comme à chaque session du Parlement à Strasbourg, je m’exprime sur un événement marquant de l’actualité dans une courte vidéo. Je reviens aujourd’hui sur le discours annuel de l’état de l’Union du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

« Chères concitoyennes, chers concitoyens,

Aujourd’hui à Strasbourg, le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker a fait ce que l’on appelle le discours sur l’état de l’Union. Chaque année, il donne les grandes priorités annuelles. Nous sommes dans un moment très particulier de l’histoire de l’Union européenne et nous avons donc écouté très attentivement ce qu’il avait à nous dire. On peut qualifier ce discours d’ambigu et même de dangereusement ambigu.

Tout d’abord, premier point, il y a le refus de toute organisation démocratique de la zone euro. On nous annonce que la zone euro pourrait avoir des responsables qui s’occupent de la monnaie et de l’économie mais sans contrôle des citoyens puisque le Parlement de la zone euro serait refusé. De ce point de vue là, c’est un net recul par rapport à ce qui était défendu par Benoît Hamon aux dernières élections présidentielles françaises.

Deuxième point, une volonté de continuer la mondialisation libérale en concluant, le plus possible, des accords de libre échange. Même si Juncker avance quelques garanties en parlant de « transparence » on se demande bien quelle est sa logique. Avons nous besoin d’encore plus de libre échange ou au contraire de reconstruire des protections pour nos industries, pour nos petites entreprises? De même, il n’y a pas eu de propositions sur la transition écologique, ce qui pose un grand problème quand nous savons aujourd’hui que c’est un enjeu absolument majeur pour pouvoir se projeter dans le 21ème siècle.

Il y a d’autres raisons de s’inquiéter: Monsieur Juncker a annoncé que l’Europe devait encore s’élargir, rapidement à d’autres pays, comme par exemple ceux des Balkans. C’est une bonne nouvelle, mais nous savons déjà que les élargissements qui ont été faits il y a plusieurs années, ont été faits sans que l’on se préoccupe des règles européennes. Est-ce que nous ne pourrions pas plutôt réfléchir à d’abord réformer le fonctionnement de l’Europe afin qu’elle devienne plus démocratique (faire en sorte que les citoyens aient le contrôle des réformes menées), qu’elle soit plus sociale (lutter contre le dumping social et que cela soit fait maintenant et non repoussé comme l’envisage Jean-Claude Juncker) et enfin, que l’on s’attache à une vraie transition de l’économie vers un modèle qui rompt avec le productivisme et qui soit beaucoup plus écologique.

Il y a donc une fracture profonde entre la timidité et les orientations libérale de Juncker et ce qu’il serait nécessaire aujourd’hui pour les peuples européens. C’est inquiétant, on voit que Monsieur Juncker n’a pas pris la mesure de la crise européenne. Finalement entre deux conservateurs, entre Monsieur Macron et Monsieur Juncker, il y a bien des désaccords.

A l’inverse, la seule bonne nouvelle que l’on a pu entendre ce matin est que les Présidents de groupe de gauche, Verts, Socialistes et Gauche radicale s’accordent tous à dire qu’il faut aller vers une Europe plus démocratique, plus sociale, et plus écologique avant d’aller vers un élargissement. Nous devons donc mener ce combat, avec les élections européennes qui approchent en 2019 pour bien définir quelles sont les priorités de l’Union, qui ne peuvent pas être celles développées par Monsieur Juncker ce matin. »

 

Print Friendly

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On YoutubeCheck Our Feed