Le socialiste Guillaume Balas: « Il faut créer un nouvel espace politique » [Entretien Mediapart]

Article disponible sur le site de Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/080517/le-socialiste-guillaume-balas-il-faut-creer-un-nouvel-espace-politique

Le socialiste Guillaume Balas: «Il faut créer un nouvel espace politique»

Le député européen, proche de Benoît Hamon, appelle à la création d’un « nouvel espace politique » avec les écologistes. Entre socialistes, pro- et anti-Macron, il juge que « la clarification aura lieu », sans doute après les législatives. Il analyse les raisons de la défaite historique du PS et du succès de la France insoumise.

Il était une des chevilles ouvrières de la campagne. Chargé du projet dans l’équipe de Benoît Hamon, le député européen Guillaume Balas fait partie des plus proches du candidat à la présidentielle, défait avec seulement 6,36 % des voix. Deux semaines après le premier tour, il analyse les raisons du succès d’Emmanuel Macron, porté par « les classes dirigeantes […] pour que rien ne change ». Il revient aussi sur les raisons de la défaite cinglante du PS : au-delà de la crise de la social-démocratie et du poids du quinquennat Hollande, il juge que l’équipe « n’était pas au niveau ».

Pour l’avenir, il rejette l’idée d’un remplacement de la social-démocratie par des forces nouvelles comme la France insoumise, Podemos ou Syriza. « Pour gagner, la gauche doit faire une alliance sociologique et idéologique entre sa partie modérée et sa partie radicale », estime Balas, qui appelle à la création d’un « nouvel espace politique » avec les écologistes. Un premier événement « fondateur » est prévu avant l’été. En attendant, il souhaite, sans y croire, un accord avec la France insoumise pour les législatives.

Emmanuel Macron vient de remporter la présidentielle. Comment expliquez-vous qu’il soit parvenu à cette OPA sur le champ politique français ?

Guillaume Balas. Cela veut dire que mésestimer ses qualités serait une erreur. Comme il ne correspond pas à ce qu’on a pu connaître, il est très facile de considérer qu’il n’est qu’un passage ou une bulle. Ce n’est pas ça du tout.

Que représente-t-il alors ?

Emmanuel Macron est un des masques, séduisants et intelligents, de la continuité. Il est la formule magique pour que rien ne change. Macron a été porté à la fois par ceux qui ont été à la manœuvre dans ce pays depuis 40 ans et par une nouvelle frange du néocapitalisme français liée au numérique et aux médias.

Pour reprendre un langage désuet, je pense que les classes dirigeantes ont trouvé un instrument formidable pour assurer la continuité de leur pouvoir dans un moment de trouble immense, en sachant jouer de la nouveauté, de la radicalité anti-partisane et de la volonté anti-système pour finalement porter quelqu’un qui correspond à ce qu’elles pensent.

Cela ne signifie pas que Macron n’ait pas d’autonomie politique. Il est un peu comme Napoléon III : toute la question va être de savoir comment il va déterminer sa sphère de décisions avec tous les soutiens qu’il a reçus. Il ne faut pas non plus le réduire à être une incarnation d’infrastructures. Il doit d’abord sa victoire à lui-même : il est doué.

Par ailleurs, il est évidemment qu’il n’est pas du tout « et la gauche et la droite », ou « ni de droite ni de gauche ». Il n’est pas du tout un ovni faisant apparaître une nouvelle idéologie : il est l’incarnation nouvelle d’une très vieille idéologie politique. Emmanuel Macron est un centriste libéral.

Si cette idéologie a réussi le casse du siècle, est-ce en produisant une séduction chez les électeurs sur le renouvellement, comme Matteo Renzi a pu le faire en Italie, ou bien est-ce lié au contenu de son offre politique ?

Ce sont d’abord des raisons de fond qui président au vote des électeurs. Ceux qui ont voté Macron viennent fondamentalement de régions, géographiquement et sociologiquement, qui aspirent à un peu plus de liberté économique, ou à payer un peu moins d’impôts, ou à ce qu’on leur donne plus de marge de manœuvre avec leurs salariés quand ils sont chefs d’entreprises.

Emmanuel Macron a su jouer de cette force du néolibéralisme à toujours instiller de l’optimisme. Alors qu’en réalité, son programme s’adresse à une frange extrêmement réduite de la population, il a réussi à instiller l’idée mythologique de celui qui va se faire tout seul, en sera récompensé et pourra s’en sortir individuellement.

Mais je constate que son implantation dans les classes populaires n’a pas eu lieu. Comme si les classes populaires n’avaient pas été dupes de cette promesse de libération individuelle.

Au Louvre, dimanche soir © Nicolas Serve / Hans Lucas
Au Louvre, dimanche soir © Nicolas Serve / Hans Lucas

Sa victoire n’est-elle pas aussi un désaveu cinglant pour les deux vieux partis, LR et PS ? Voire pour la forme d’organisation « parti » ?

Emmanuel Macron a profité d’un phénomène global : aujourd’hui, les cadres des vieux partis explosent. Ils explosent d’ailleurs un peu plus à gauche qu’à droite. C’est profondément lié à l’évolution de la social-démocratie depuis 30 ans. Elle avait tout en main pour se moderniser, être plus horizontale et plus mouvementiste. Mais son évolution idéologique face à la mondialisation libérale l’a conduite à être totalement décrédibilisée comme élément protecteur. Les forces progressistes se sont alors tournées vers de nouvelles formes, issues des mouvements altermondialistes des années 1990 ; et les partis de gauche traditionnels, notamment le PS, sont apparus comme étant complètement à côté de la plaque.

Mais si on ne sortait pas de ce quinquennat, Emmanuel Macron n’aurait jamais existé. Ou bien il aurait été socialiste dans sa frange libérale. Et on ne peut pas dire que Benoît Hamon n’a pas tenté une campagne complètement différente du PS traditionnel, et cela n’a pas marché. La question de la forme ne suffit donc pas à résoudre la question du fond.

Comment expliquez-vous le score historiquement faible de Benoît Hamon à la présidentielle ? Quelle est la part de vos propres erreurs, et du contexte ? Est-ce la fin d’un cycle pour le PS ?

Ce que je vais dire est forcément extrêmement subjectif et très partiel. Parce que peu de temps s’est écoulé, et parce que j’ai beaucoup participé à cette campagne. Mais il faut d’abord souligner le cadre global de l’effondrement de la social-démocratie : peu avant, la social-démocratie néerlandaise était passée de 20 % à 5 %. Ensuite, la sortie de ce quinquennat a profondément abîmé l’image de toute la social-démocratie française, y compris les « frondeurs ». Nous sommes apparus divisés et incapables de formuler une synthèse.

Quant à Benoît Hamon, il est quand même parvenu, dans l’imaginaire collectif, à incarner la seule candidature porteuse d’idées nouvelles. Mais nous avons aussi fait des erreurs, notamment d’organisation. Nous avons manqué de temps entre la primaire et la présidentielle. Honnêtement, on n’était pas au niveau. On n’avait pas le niveau d’une équipe présidentielle parce qu’on n’a pas eu de temps pour s’organiser. D’autant que le Parti socialiste n’a pas été, et c’est le moins qu’on puisse dire, d’une aide fracassante.

Par ailleurs, nous n’avons peut-être pas assez cherché à rassembler de manière large. Il n’est pas vrai que le PS était totalement hostile : on n’a peut-être pas assez cherché les militants de base, les élus locaux. On a eu un regard marqué par les affrontements des années antérieures, lorsque nous étions minoritaires.

Enfin, dans une élection de la Ve République, même quand vous êtes contre la VeRépublique, il faut jouer la Ve. Notamment sur un point fondamental : l’inscription dans ce que sont le territoire et l’histoire de ce pays. Mélenchon, par exemple, sait parler la France. C’est particulièrement important dans les milieux populaires. Nous n’avons pas réussi à faire cette mutation après la primaire.

Dans les dernières semaines de campagne, vous avez beaucoup critiqué Jean-Luc Mélenchon, porté par les sondages et la dynamique de sa campagne, notamment sur l’Europe. N’avez-vous pas alors fait preuve d’un discours presque candide, ou eurobéat ?

Personne n’a la solution sur l’Europe. Il est évident qu’il y a eu un effet miroir avec Jean-Luc Mélenchon. Pendant la campagne, un élément a dépassé la question de la stratégie européenne, c’est le rapport à l’international. Les présupposés de Mélenchon nous ont beaucoup inquiétés. Ce qu’a voulu dire Hamon, c’est qu’il ne se trompe pas de camp. Nous considérons que nous avons plus à voir avec des Italiens, des Allemands, des Portugais qu’avec qui que ce soit, au nom d’une lutte supposée contre l’impérialisme ou le capitalisme… Il y a chez Jean-Luc Mélenchon l’idée qu’il y a des fractures culturelles en Europe indépassables. C’est là que nous avons un désaccord profond. Parce que ce n’est pas vrai.

« Une gauche qui n’est pas majoritaire ne sert à rien »

Vous avez évoqué la crise globale de la social-démocratie, qui résiste dans quelques pays, comme la Suède ou l’Allemagne, mais s’effondre dans de nombreux autres. Quelle issue entrevoyez-vous ?

Il y a deux thèses. La première prévoit que la social-démocratie devient le Parti radical et est poussée sur la droite par une force nouvelle, Mélenchon, Podemos ou Syriza, qui va elle-même se social-démocratiser et faire des compromis en arrivant au pouvoir. La deuxième thèse consiste à penser qu’un espace est aujourd’hui vacant et qu’il faut le recréer complètement.

Parce que la gauche radicale contre-sociétaire laisse la droite au pouvoir. À part avec Syriza en Grèce, elle n’a gagné nulle part. Pour gagner, la gauche doit faire une alliance sociologique et idéologique entre sa partie modérée et sa partie radicale.

Évidemment, ce nouvel espace politique, que nous devons créer, ne peut plus être la social-démocratie d’avant. Il doit assimiler le paradigme écologique, même si c’est compliqué car les classes populaires n’y adhèrent pas encore. Il faut aussi trouver, avec un objectif concret de prise du pouvoir et de son exercice, la bonne articulation entre le mouvement social et la représentation politique qui doit évoluer. Mais sans tomber dans des impasses. Je pense par exemple qu’il y a trop de contradictions dans la construction de la France insoumise.

Lesquelles ?

Prenons un exemple : une partie de l’électorat, qui a voté Mélenchon, ne comprend pas qu’il n’ait pas livré sa position personnelle pour le second tour, parce que son électorat était divisé entre trois tiers, entre le vote Macron, l’abstention et le vote blanc. Il ne parvient pas, sur sa seule personne, à résoudre ces contradictions.

La France insoumise présente des éléments très intéressants, notamment l’articulation entre horizontalité et verticalité, et son dynamisme est formidable. Mais je pense que ce n’est pas encore mûr, par exemple dans la relation entre un responsable politique et sa base, et sur qui a la légitimité pour décider ou agir.

À vos yeux, personne en Europe n’esquisse une réussite de cette articulation entre les mouvements sociaux et la représentation politique ? Si on regarde Podemos en Espagne, ou Momentum avec Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne…

Si bien sûr, c’est intéressant ! Mais je suis convaincu que la synthèse de ces nouvelles expériences sera portée par une personne issue de la gauche gouvernementale.

Mais pourquoi ? Pour vous raccrocher à un espoir ?

Non, pas du tout ! Je pense qu’il faut un moment de synthèse entre ce qu’est l’histoire politique longue et la nouveauté. D’ailleurs Mélenchon pourrait l’incarner puisqu’il en vient. Mais c’est un problème pour Corbyn ou Podemos, par exemple. Dans les deux cas, ils sont issus de mouvements d’abord marginaux dans la société et ils ont un problème de passage à la majorité. Or, une gauche qui n’est pas majoritaire ne sert à rien.

Je suis très sensible aux thèses sur le vieillissement de la population en Europe : il peut y avoir, structurellement, une marginalisation de la gauche ou une relativisation de son poids. S’en remettre à la force du mouvement et de la jeunesse ne suffit pas. Je viens de l’Est de la France : les classes populaires de plus de 60 ans n’entendaient rien au discours de Benoît Hamon sur l’écologie ou le revenu universel… Mélenchon, lui, a pu prendre un peu de voix – c’est une réussite parce que cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé – mais cela reste « un peu ». Il va falloir apprendre à parler à cette population, car sans elle, on ne peut pas être majoritaires.

Dans le nouvel espace politique que vous voulez construire, quelle est votre base sociale ? Parce que c’était précisément une des lacunes de fond de votre campagne présidentielle… 

C’est toute la question. On ne peut pas s’adresser seulement à des gens très intéressés par la politique ou la nouveauté. Il faut s’inscrire dans l’histoire longue de ce pays, de la gauche, et de sa géographie. La carte électorale est édifiante : les votes Mélenchon ou Macron sont à peu près aux mêmes endroits. C’est toute la force de Marine Le Pen.

La France est réellement coupée en deux. C’est ce qu’il nous faut aujourd’hui analyser très finement. Il faut nous ouvrir à des auteurs en radicale opposition avec notre discours, qui travaillent sur les milieux populaires et les formes de conservatisme qui y prospèrent, pour construire une réponse progressiste.

Par exemple ?

Christophe Guilluy. Je ne suis pas d’accord avec son discours politique mais ses descriptions sont justes. Je le vois à Cavaillon, dans le Vaucluse, ou en Meurthe-en-Moselle, où j’ai vécu. Il nous faut comprendre le besoin de protection, sans tomber dans la démagogie. Sinon, nous ne serons jamais majoritaires. Il va nous falloir rendre écologiste un homme de plus de 50 ans qui vit dans un petit pavillon en banlieue et qui a comme lien social principal sa voiture.

Avez-vous mesuré l’ampleur de cette fracture entre deux France lors de cette campagne ? Ou est-ce que votre projet n’avait pas eu suffisamment de temps de maturation pour y répondre ?

C’est la deuxième option. Je ne pensais pas qu’on allait faire 6 %. Je pensais qu’on allait être devant Mélenchon, qu’on allait faire un score honorable et qu’on aurait ainsi légitimé nos positions. Mais j’étais convaincu que cela ne pouvait pas aller plus loin cette fois-ci.

Cela dit, je crois fondamentalement que les thématiques portées sur la mutation du travail, l’écologie et la démocratie sont les bonnes, car elles sont celles de l’avenir. Mais il va falloir trouver des moyens d’en parler et de convaincre qui doivent prendre en compte l’histoire industrielle du pays, la périurbanisation, la périphérie et le monde rural. Nous partons de très loin pour rendre notre projet vivant, crédible et majoritaire. Nous avons encore beaucoup de travail.

Benoît Hamon au soir de sa défaite, le 23 avril © Nicolas Serve
Benoît Hamon au soir de sa défaite, le 23 avril © Nicolas Serve

Pour les législatives, Emmanuel Macron veut mettre en scène l’affrontement entre un bloc des droites réactionnaires, très fort à l’Est de la France, et un bloc« optimiste » que Macron a hégémonisé. Comment exister face à ce bloc contre bloc ?

Nous pouvons disparaître. Et si c’est le cas, je pense que cela ne profitera pas à une autre gauche qui nous remplacerait pour devenir majoritaire.

Si on ne veut pas disparaître, parce que nous croyons en notre discours, il va falloir être patients. Le rapport au temps sera crucial. Sur ce point, mon modèle est Nicolas Sarkozy : en 2007, il arrive au « travailler plus pour gagner plus » après 20 conventions de l’UMP et plein d’intellectuels qui avaient travaillé, jusqu’à parvenir au slogan qui a tout emporté. Mélenchon aussi a pris le temps pour construire quelque chose de profond. Macron aussi, d’un certain point de vue.

Mais l’appel à « ouvrir les portes et les fenêtres », on l’a déjà entendu des dizaines de fois…

Ce n’est pas ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Il a surtout compris la puissance de la théorie politique pour gagner : son entourage le montrait. Donc oui, il faut ouvrir les portes et les fenêtres, mais il faut également poursuivre et approfondir le lien avec les intellectuels, créé pendant la campagne. C’est d’ailleurs notre force : beaucoup de gens veulent continuer. Il faut aussi mener cette réflexion géographique, dont je parlais précédemment, pour comprendre ce pays et son désir d’unité.

Quand vous dites, « on peut disparaître », qui est ce « on » ? La social-démocratie ?

C’est cet axe qui peut faire le lien entre les velléités radicales et les volontés gouvernementales. S’il disparaît, ma crainte est qu’il ne reparaisse jamais et que la gauche soit vouée à la minorité pendant très longtemps.

La conversion à l’écologie

Le nouvel espace politique que vous voulez construire est-il compatible avec le PS ? Jugez-vous, comme Jean-Christophe Cambadélis et Manuel Valls, qu’il est déjà mort ?

Le PS est voué à la mutation au minimum, à la disparition peut-être. J’ai un rapport laïque au Parti socialiste.

Ce qui n’est pas le cas de tous les socialistes…

Mais moi oui. Je ne suis pas dans le fétichisme d’organisation. Même s’il y a une réalité charnelle géniale du PS ! Il suffit d’aller dans une fête de la rose pour la ressentir. La question est : comment tire-t-on ce qui reste de meilleur au PS pour créer, avec d’autres, autre chose ?

Qui sont « les autres » ?

Il y a déjà les écologistes. Il faudra aussi renouer le lien avec le mouvement social, reconquérir, dialoguer, et accepter de changer.

Sur quoi par exemple ?

Je ne sais pas, justement. Si je parle d’accepter de changer, je ne peux pas en avoir la prémonition. Il faut avoir la surprise de la rencontre.

Benoît Hamon © Reuters
Benoît Hamon © Reuters

 

Mais le PS est passé à côté des grands mouvements sociaux des dernières années, que ce soit le mouvement altermondialiste…Ce n’est pas tout à fait vrai.

Oui, il y avait bien une poignée de représentants de l’aile gauche du PS à Porte Alegre, mais c’était très faible !

Bien sûr ! De ce point de vue, la victoire de Mélenchon, c’est celle-là : elle en est le point d’aboutissement.

En tout cas, le PS est passé à côté. Tout comme il est passé à côté des mobilisations écologiques récentes, multiformes, et que l’on retrouve partout sur le territoire.

C’est vrai. Et il y a dix ans, vous auriez rencontré quelqu’un qui ne comprenait rien à cela, et qui le méprisait fondamentalement, parce que ces mobilisations ne parlaient pas politique comme moi, et parce que j’avais cet attachement à la tradition militante issue du mouvement ouvrier.

Mais j’ai été très ébranlé par deux choses : ma rencontre avec les écologistes à la région Île-de-France. Nous étions ensemble dans la majorité [de 2010 à 2016 – ndlr] et nous avions des affrontements parfois très violents. Je n’en comprenais pas la logique politique et intellectuelle. Peu à peu, cela a changé. Ensuite, comme enseignant, j’ai eu des élèves et j’ai vu des jeunes dans ma famille qui m’expliquaient qu’ils ne votaient plus mais faisaient des circuits courts, dans une sorte de réappropriation territoriale, pour reconstruire la société là où l’on est. Cela m’a beaucoup percuté, même si cela a des limites. Les théories de la déconstruction ne peuvent suffire : il faut aussi agréger, et agir.

La catastrophe de Fukushima a-t-elle aussi joué un rôle dans votre cheminement ?

C’est ce qui me convertit à la fin du nucléaire. Avant Fukushima, je suis dans l’idéologie moyenne : certes, le nucléaire n’est pas génial mais avec le réchauffement climatique, après tout, ce n’est peut-être pas si mal… Après Fukushima, je romps avec le nucléaire. Je pense depuis que prendre un risque même minime est fou. Mais je pourrais prendre d’autres exemples : la question du réchauffement climatique, la désertification et le fait de voir, dans les lieux où on a grandi, qu’il n’y a plus un seul insecte…

Vous avez dit, après le premier tour, qu’au vu de son score, c’était aujourd’hui à Jean-Luc Mélenchon de jouer le premier rôle dans la recomposition à gauche. Mais appartient-il à l’espace politique que vous voulez construire ? Ou bien s’agit-il de deux espaces en concurrence ?

Il y a d’abord une question concrète : quelle va être la représentation de la gauche dans la prochaine Assemblée nationale ? Si la gauche arrivait coalisée, on pourrait obtenir un nombre assez important de députés pour créer une opposition aux excès du macronisme, identifiée du point de vue politique. Si la gauche est laminée aux législatives, quelle sera l’opposition de gauche au quinquennat ?

Jean-Luc Mélenchon porte donc une responsabilité : préfère-t-il aujourd’hui dire que son mouvement est l’avenir de la société et une contre-société intégrale qui va remplacer tous les autres partis, ou dire qu’il est une part de la société qui doit faire alliance avec d’autres ? C’est la question centrale à laquelle il doit répondre. C’est lui qui fait 19,6 %, pas nous. Mais je ne suis pas d’un optimisme délirant.

Croyez-vous possible aujourd’hui un accord avec la France insoumise ?

Ce n’est pas le sujet. La question, c’est ce qu’on tente ! On les a appelés, on attend des réponses…

Vous parlez de députés « de gauche » en juin à l’Assemblée, mais que signifie cette appellation pour des élus du PS, dont certains appellent à faire partie de la majorité d’Emmanuel Macron ?

C’est bien pour cela que je pense, justement, que, si Jean-Luc Mélenchon proposait une alliance, tout le monde ne répondrait pas présent. Ce serait déjà un acte de recomposition de la gauche. Pour cela, il faudrait qu’il accepte que si un groupe parlementaire naissait de cette alliance, ce ne serait pas un groupe de la seule France insoumise.

À l’inverse, êtes-vous prêt à quitter le PS si jamais Mélenchon vous propose un accord, aujourd’hui hautement improbable ?

S’il y avait une proposition honnête de Jean-Luc Mélenchon, qui ne demandait pas la disparition de mon identité politique, et que mon parti la refusait, je pense que la clarification serait nette et précise. De toute façon, cela risque d’arriver ! La clarification pour savoir qui est avec Macron et qui n’est pas avec Macron sera une délimitation qui va percuter de plein fouet l’histoire du PS.

Mais ce sera après les législatives ?

Oui. Là, c’est un peu compliqué… Mais la clarification aura lieu.

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