« Importer la pollution, exporter nos emplois » : pourquoi le vote sur la réforme du marché carbone au Parlement Européen a été un échec

Tout était réuni pour que ce rapport portant sur la réforme du marché carbone réponde aux aspirations des européens : poursuivre les engagements de la COP21, défendre nos emplois contre des industries de pays tiers qui pratiquent le dumping écologique (en mettant en place un ajustement carbone aux frontières) et instaurer un système vertueux et incitatif pour nos industries. Or le compte n’y est pas.

Ce texte sur le marché carbone, dit ETS (Emission Trading System) devait déterminer son fonctionnement pour la période 2021-2030, et cela notamment pour répondre aux enjeux de la COP21. Or le texte est particulièrement déséquilibré, des conservateurs et certains sociaux-démocrates ont confondu la défense de l’industrie et l’intense pression des lobbies pour que surtout rien ne change. Car ce texte qui prolonge un statu quo complètement bancal n’apportera pas plus d’investissements sur les sites de production industrielle que par le passé, continuera de servir les actionnaires avec le « business » des quotas gratuits qui entache toute la crédibilité du système (profits indus chiffrés à plusieurs milliards d’euros), et met en péril le respect de nos engagements climatiques.

L’ensemble de mes collègues de la délégation socialiste française au Parlement européen déplore le déséquilibre du texte voté. Et je tiens à saluer mon collègue Edouard Martin qui a porté le fer sur ce dossier contre une majorité de conservateurs : « La protection de certains secteurs (ciment, …) contre la concurrence internationale via un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières n’a pas trouvé de majorité : non seulement nous dénonçons cet aveuglement d’une majorité de nos collègues, mais nous maintenons que cette approche représente la seule voie d’avenir si l’on veut prémunir les industries européennes du dumping environnemental, tout en les incitant à continuer de progresser dans la décarbonisation de l’économie. En résumé, initier un cercle vertueux où la sobriété carbone deviendrait un élément de compétitivité ».

Cette prolongation d’un système dysfonctionnant est un rendez-vous manqué pour notre institution. Ce manque d’audace et de responsabilité vient perpétuer le dumping environnemental chinois qui affaiblit notre industrie, et permet aux mauvais élèves de l’industrie européenne de ne pas être différenciés des bons. Environnement, emplois, souveraineté européenne : ce vote aurait pu être l’occasion rêvée de renouer avec les aspirations profondes des citoyens européens. A la place nous avons assisté à une pantalonnade où les intérêts particuliers et nationaux ont fait fi de l’intérêt général.

 

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