Grèce : l’assassinat de l’Europe par les conservateurs

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Lundi 5 décembre, l’Eurogroupe s’accordait sur un certain nombre de mesures techniques permettant de restructurer la dette à court terme. Allongement de la maturité moyenne des emprunts, protection contre les hausses de taux d’intérêt et réduction du taux prévu pour une partie de la dette : ces mesures permettront de diminuer la charge des remboursements dans les années 2030 et 2040 en protégeant le pays contre une augmentation excessive des taux.

Dix jours plus tard, le Mécanisme européen de Stabilité,dispositif européen de gestion des crises financières de la zone euro, suivi du porte-parole de l’Eurogroupe, groupe informel des ministres des Finances des États membres de la zone euro, annonçaient le gel de ces mesures de « toilettage ». Pour cause, des mesures sociales présentées par Alexis Tsipras : un treizième mois pour les plus basses retraites et une suspension de l’augmentation de la TVA dans les îles de l’Egée, aux premières lignes de la crise migratoire. Le coût de ces mesures est évalué à 617 millions d’euros alors que la Grèce est parvenue à dégager un excédent supplémentaire de 3 milliards d’euros en octobre 2016 et que l’accord avec les institutions établit qu’elle peut disposer de 40% des excédents dégagés.

Après les efforts immenses consentis par la population grecque et les excédents budgétaires existant, ces mesures sont d’autant justifiées qu’elles répondent à des besoins sociaux et humanitaires criants. Ce veto, demandé par le Ministre des Finances allemands, Wolfgang Schäuble, est en réalité une mesure autoritaire visant à interdire toute politique économique et sociale autonome de la Grèce ceci pour achever de détruire la crédibilité politique d’Alexis Tsipras et le pousser dos au mur.

A la suite des vieilles rancœurs de 2015, qui avaient abouti à la conclusion du troisième programme, le pays se retrouve une nouvelle fois coincé entre des créanciers qui, d’une part plaident pour la fin de l’austérité – deux responsables du FMI déclaraient dans un post de blog que la Grèce n’avait pas besoin de plus d’austérité – et de l’autre durcissent leurs exigences en termes de réformes structurelles. On ne peut s’empêcher de penser que cette nouvelle humiliation consiste à pousser, sans l’avouer clairement, la Grèce en dehors de la zone euro : Wolfgang Schaüble, surpuissant au sein de l’Eurogroupe, demandait dans une interview donnée à Bild Zeitung que la Grèce fasse le choix entre faire des réformes et sortir de la zone euro.

Dans le contexte des échéances électorales à venir en Allemagne et compte tenu du profond désenchantement démocratique en Europe, il est certain qu’une forme de populisme extrêmement dangereuse aujourd’hui consiste à jouer une partie de notre avenir commun sur des intérêts particuliers. Décision honteuse à l’égard d’un pays exsangue, à la souveraineté bâillonnée, le veto de l’Allemagne est inacceptable. Il parie sur l’avenir d’un pays qui continue de subir les effets d’une stratégie européenne dont on sait qu’elle est perdante à la fois pour les Grecs mais aussi pour tous les Européens. Pourtant, les conservateurs européens de toutes parts – y compris du parti grec Nouvelle Démocratie – jubilent.

Avec des collègues du Parlement européen, membres du Progressive Caucus, nous plaidions il y a quelques semaines dans une lettre ouverte adressée au Commissaire Pierre Moscovici, et au Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, pour un allègement de la dette grecque et pour des mesures soutenant l’investissement et l’économie réelle du pays. Si l’on s’étonne du désamour croissant des peuples pour l’Union européenne, comment ne pas constater l’immense part de responsabilité des conservateurs dans cette entreprise ? François Hollande et Michel Sapin se sont exprimés pour contester la suspension des mesures d’allègement de la dette. A la France de porter une position forte au sein de l’Eurogroupe, solidaire de la Grèce, pour mener une politique économique juste et durable

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