Débat sur le TAFTA/CETA lors du salon Made in France

Le journal Marianne m’a invité à participer vendredi 18 novembre, dans le cadre du salon Made in France (Porte de Versailles), à une table ronde consacrée au CETA et TAFTA pour débattre avec Mathias Fekl, secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger, Constance Le Grip, députée européenne, vice-présidente de la délégation française du groupe PPE au parlement européen et Mélanie Eck, chef d’entreprise, KMU gegen TTIP. Cette table ronde était animée par Philippe Frémeaux, président de l’institut Veblen, et Hervé Nathan, directeur adjoint de la rédaction de Marianne. Pendant plus d’une heure nous avons débattu de la pertinence et des impacts de ces grands accords internationaux de libre-échange sur l’économie et les sociétés européennes.

Je suis d’abord intervenu pour rappeler un élément factuel : aucune étude ne prouve l’efficacité de ces accords pour développer l’économie et l’emploi dans les pays qui se sont engagés sur cette voie. Vouloir ces accords ce n’est pas accomplir un acte dicté par la nature mais un choix politique qui profitera à certains au détriment de beaucoup d’autres qui verront baisser leur niveau de protection et de revenus. Deuxième élément que j’ai indiqué en préambule de cette table ronde : il est inconcevable, alors que les populismes gagnent tous les jours du terrain, de laisser les peuples à la porte de ces enjeux. Le manque de transparence et les blocages pour ouvrir cette négociation au débat et au suffrage populaire est le premier facteur qui condamne ces traités.

Pour sauver nos démocraties du populisme il nous faut faire appel au peuple, à l’intelligence collective qui réfléchit, analyse, débat pour trouver des solutions communes ou construire des rapports de force. Ce débat pose de plus en plus la question du libre-échange comme horizon des échanges internationaux. Là aussi construisons ce débat et évitons de le tuer en naturalisant ce qui n’est qu’une des modalités du commerce mondial.

Je m’inscris aussi dans les propos très justes du ministre Mathias Fekl quand il affirme que nous sommes à un tournant après des décennies de dérégulation brutale et de dépossession des peuples des outils de contrôle et d’orientation de leur politiques économiques. A l’image de ce que le ministre a mis en avant, il nous faut explorer et proposer des solutions nouvelles pour associer les citoyens à cette nouvelle ère de construction des règles du marché international : association des Parlements aux négociations, open data, décryptage des différents scénarios de négociations avec une estimation disponible pour tous des perdants et des gagnants selon les différentes modalités de l’accord… Enfin je souscris aux propos du ministre et de Constance Le Grip quand ils appellent à l’émergence d’une puissance économique européenne consciente de ses propres intérêts, prête à les défendre, et à définir ses priorités au lieu d’être confinée dans une « servitude volontaire » qui annule nos capacités de négociations.

Je soutiens ces propositions mais je demande aussi à nos représentants nationaux et européens de mettre en cohérence ces principes et leurs actions politiques dans les instances où ils sont décisionnaires. Si on en appelle à la démocratie, on doit être conséquent et arrêter les processus de négociation ou de ratification du TAFTA et du CETA pour les soumettre à l’étude des Parlements nationaux et du Parlement européen. Il faut briser ce silence qui règne dans les institutions européennes sur le sujet et prendre des positions claires. Ce rapport de force est la seule façon de faire émerger la puissance européenne que tous appellent de leurs vœux et de sortir des logiques de libre échange qui ne sont pas la seule voie d’affirmation économique de l’UE. Si le projet européen disparait c’est d’abord en raison de ce flou permanent, à l’image de notre indécision dans les négociations avec la Chine qui cherche à obtenir le statut d’économie de marché : on ne dit rien pour ne pas s’aliéner les Chinois mais on élabore en même temps des instruments de régulation défensifs si le statut était accordé. Sortons donc de ces « non-choix » qui nous condamnent à l’impuissance et nous disqualifient aux yeux des peuples.

 

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