Intervention en Assemblée générale de la section PS du 17e arrondissement

L’année dernière j’avais été l’invité de la section du 17e à Paris pour présenter le travail sur le rapport dumping social. C’est donc avec plaisir que j’ai pu intervenir devant les militants avec les résultats de ce long combat d’un an. Je suis ainsi revenu sur les conséquences du vote positif sur le rapport. En premier lieu, les effets directs ont été assez limités au vu des pouvoirs du Parlement mais j’ai surtout insisté sur les conséquences plus indirectes et sur les nouvelles dynamiques politiques qui bouleversent les vieux équilibres. Les votes massifs des partis de gauche, écologistes et du groupe PPE (droite) marquent ainsi la prise de conscience d’un délitement de l’UE et la nécessité de trouver des réponses à des problématiques d’abord européennes comme la question de la circulation des travailleurs. Conçue dès l’origine comme un outil de protection au service des peuples européens, l’UE ne peut être l’espace qui déréglemente et expose ses citoyens à des formes destructrices de concurrence. Dire cela ce n’est pas régler le problème mais aller dans la bonne direction. Le Parlement peut ainsi devenir l’espace d’une réorientation des politiques européennes face à l’immobilisme des chefs d’État comme l’a encore démontré le sommet récent de Bratislava.

Ce vote du rapport dumping est aussi une traduction du Brexit avec un constat de plus en plus partagé qu’il faut avancer vers des politiques d’harmonisation par le haut qui font progresser le niveau de vie des Européens. Le vide laisse la place à un « monstre politique » qui émerge en Grande-Bretagne et qui s’est installé dans certains pays d’Europe de l’Est : une alliance ou plutôt l’absorption par la droite classique des thématiques nationalistes comme tente de le réaliser Theresa May dans ses récentes prises de position. Ce discours est une menace supplémentaire qui doit nous inciter à remettre en cause les vieilles certitudes néolibérales. Il faut également dépasser les clivages actuels Est/Ouest : les différences d’approches sont réelles et profondes mais il n’y a que le cadre européen qui permette des convergences certes complexes mais nécessaires pour éviter des distorsions dommageables pour tous. C’est essentiellement la thématique des travailleurs détachés originaires des pays de l’Est qui a été martelée par les partis des partisans du Brexit … Ne pas s’intéresser de près à cette question revient à attendre nos prochaines défaites et à se couper aussi des pays d’Europe de l’Est qui nous posent aussi la question des faibles investissements de l’UE sur leur territoire.

L’idée que « la fête est finie » revient dans beaucoup de conversations de responsables européens et l’on voit ainsi de réelles inflexions qui dépassent largement la problématique du rapport dumping. La sociale démocratie connait de profondes mutations face à cet enjeu : au sein du SPD une évolution majeure stratégique est en œuvre sur les problèmes posés par la grande coalition, cette réflexion posant plus globalement la question du pacte politique tacite passé avec les néolibéraux depuis les dernières décennies. Ces questionnements travaillent aussi la gauche radicale : les forces sont encore dispersées et beaucoup plaident pour une alliance avec les forces progressistes de gauche pour construire de nouvelles alternatives. Les obstacles demeurent nombreux mais un chemin est en train d’être tracé pour faire converger les gauches et plus globalement tous ceux qui sont attachés à l’avenir d’une construction européenne qui n’est viable que par le biais d’harmonisation fiscale, sociale, écologique.

Cet échange avec les socialistes du 17e arrondissement a ainsi été l’occasion d’aborder de nombreuses dimensions de ces politiques européennes : union bancaire, politique budgétaire, ou de défense par exemple. Ce débat très riche révèle aussi à quel point il y a un très fort intérêt pour ces questions et, par contraste, démontre aussi à quel point leur médiatisation reste faible par les relais institutionnels ou politiques. Le PS a certes fait des efforts notables durant ces dernières années, mais il y a aussi un tropisme plus large, un tropisme français qui nous prive d’une réelle force d’influence. Ce désarmement politique de la France au sein des institutions européennes où nous sommes peu présents, comparé aux Allemands par exemple, nous condamne à de nombreuses déconvenues malgré les rodomontades électoralistes des uns ou des autres. En allant dans le sens de la dernière question, posée par le secrétaire de section, sur la place et le rôle de la France dans le projet européen, j’ai à nouveau insisté sur ce « besoin de France » en Europe et sur le « besoin d’Europe » en France. Il ne s’agit pas de défendre une foi européenne mais d’en faire nous aussi, socialistes, un sujet central pour la prochaine élection présidentielle, particulièrement face à une extrême droite qu’il faut affronter directement et sereinement sur le sujet. Bâtissons des réponses, des compromis, des solidarités pour éviter que l’Europe ne replonge dans ses vieux démons alors qu’elle peut être le fer de lance d’un nouveau modèle progressiste.

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