Débat organisé par la Fondation Jean Jaurès : « Le Front national, l’emploi et le monde du travail »

J’ai été invité le 22 septembre dernier par la Fondation Jean Jaurès pour participer au cycle de réflexion et de débat sur le Front National. Je m’inscris dans une démarche collective de la Délégation Socialiste Française qui a ouvert un partenariat avec la Fondation en proposant son expérience de travail dans un Parlement européen où le Front national est le parti français avec le plus d’élus. Adepte du double discours, l’extrême droite se retrouve souvent en porte à faux sur les débats européens avec des prises de position à géométrie variable que le débat à la fondation Jean Jaurès aura commencé à éclairer.

Avec Jean Grosset, conseiller social du Premier Secrétaire du PS et Jérôme Fourquet, directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP nous avons ainsi essayé de mieux cerner les discours du FN sur la question sociale. Trois enseignements se sont dégagés de nos analyses croisées et de notre discussion avec le public.

1) Le FN s’est fortement implanté dans une partie importante des couches populaires françaises et particulièrement chez les ouvriers. Jérôme Fourquet, sur la base d’une série d’enquêtes réalisées par l’IFOP, nous a amplement démontré cet ancrage et son renforcement constant. Parallèlement la structure des élus selon leur catégorie sociale d’origine indique aussi clairement qu’il y a un décrochage de plus en plus net du PS en particulier vis-à-vis des classes populaires. La percée du FN est donc à mettre en lien avec le retrait des partis traditionnels et particulièrement du PS des catégories sociales les moins aisées.

2) Ce succès apparait comme d’autant plus paradoxal que le FN s’intéresse très peu aux questions sociales comme l’a souligné Jean Grosset. Au-delà de déclarations d’intention très floues, de nombreux sujets restent dans l’ombre. Les réponses du FN fluctuent sur les retraites, et surtout brillent par leur absence en termes de formation, de santé au travail, de modalités de négociation en entreprises…

3) La réponse quasi unique apportée par le FN en terme social reste l’exclusion des « immigrés » présentée comme LA solution face à la multiplicité des problèmes de chômage, temps de travail, retraites…

Lors de cette table-ronde, je suis directement intervenu sur les prises de position du FN au Parlement Européen. J’ai d’abord souligné la réussite d’un parti qui est arrivée à bâtir sa propre structure et son réseau dans et à l’extérieur du Parlement. L’autre atout est dans la définition même de l’objet du discours politique : pour Marine Le Pen tout est politique, du canton au niveau européen. La force de l’extrême droite vient aussi de son positionnement qui renvoie la droite et la gauche dos à dos face à un FN qui se présente comme une force alternative. Le « vous » adressé aux groupes politiques progressistes permet à Marine Le Pen de s’associer à un « nous » qui regroupe tous les déçus des politiques européennes. Mais, sorti de ces postures, le FN peine à rendre cohérent ses prises de position et donc ses votes au Parlement. Foncièrement europhobe sa ligne minimale reste, dans la plupart des cas, le repli sur le cadre national à l’image de leur discours sur le dumping social : on vote contre le rapport car on n’a pas besoin de cadre européen pour éviter les effets du dumping, la solution étant simplement…de sortir de l’UE et de rejeter la mondialisation. C’est finalement elle le grand ennemi pour une extrême droite qui  appelle à la rejeter en bloc : ce sont en effet toutes les dimensions de la mondialisation qui doivent disparaitre (économiques, culturelles, politiques…). Face à des catégories socio-professionnelles plutôt aisées vivants dans les métropoles qui profitent en partie et soutiennent culturellement la mondialisation (catégories sociales qui composent plutôt l’électorat PS), le FN s’est concentré sur les populations qui en sont exclues et/ou perdantes.

Il n’y pas de conclusion pour une telle problématique mais si nous pouvons critiquer et être effarés par le vide des projets proposés par le FN, l‘extrême droite a prospéré aussi sur nos échecs. Analyser le FN c’est donc aussi et peut-être d’abord analyser nos failles et proposer aux Français des mesures crédibles et progressistes.

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