Etat de l’Union européenne. Juncker sans soufflé [l’Humanité]

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C’est un discours sur l’état de l’Union sans ambition que le président de la Commission européenne a prononcé devant le Parlement européen. S’il a reconnu la nécessité d’une Europe plus « sociale », il s’est montré évasif sur les grands défis du moment.
Strasbourg. Correspondant. Le vote par le Parlement européen ce mercredi matin  du rapport du député Guillaume Balas ( Socialistes et Démocrates ) visant à lutter contre le dumping social, a eu au fond beaucoup plus d’intérêt que l’exercice convenu auquel s’est livré le président de la Commission européenne dans le traditionnel « discours sur l’état de l’Union », qui ouvre la saison parlementaire. Certes, Jean-Claude Juncker avait placé la question « sociale » en tête de ses priorités pour l’année à venir. « L’Europe n’est pas assez sociale », a-t-il jugé dès le débute de son discours, après avoir constaté que le chômage, spécialement celui des jeunes, était trop élevé, et qu’il « fallait remédier à ce problème. » Comment ? Pour l’instant, on n’en sait pas plus.
Le début de réponse véritable est donc venu, non pas de la Commission européenne, mais des députés qui on voté pour les mesures préconisées par Guillaume Balas dans son rapport destiné à lutter contre le « dumping social » – cette mise en concurrence des travailleurs de l’Europe entière par les entreprises ( parmi lesquelles de nombreuses entreprises publiques ) pour tirer les salaires et les droits sociaux vers le bas. Aujourd’hui, le dumping social recouvre aussi bien le travail illégal et dissimulé sur les chantiers publics, que les fraudes au détachement dans l’industrie, la concurrence déloyale liées aux différents taux de cotisations sociales dans les pays de l’Union européenne, ou bien encore les faux indépendants employés par les compagnies aériennes low coast, les opérations de cabotage illégales dans le transport routier etc…
Guillaume Balas, qui avait fait de la règle « à travail égal, salaire égal » pour tous les travailleurs d’Europe, la base de son rapport  ( Jean-Claude Juncker a lui aussi affirmé dans son discours : «  nous voulons que les travailleurs reçoivent la même rémunération pour le même travail » ), préconise des contrôles renforcés et des sanctions pour les entreprises qui ne respectent pas le code du travail, mais il demande aussi surtout à l’Europe de changer ses règles, de façon à élever le niveau de protection sociale dans toute l’Union, en faisant prévaloir les droits des travailleurs sur les libertés économiques. Il est remarquable que ce rapport socialement ambitieux, qui tranche avec l’habituelle doxa néo-libérale de l’Europe, ait été très largement adopté par les députés des 28 pays de l’Union, qui commencent sans doute à prendre conscience qu’il serait temps de faire un peu mieux prévaloir les droits des travailleurs sur les « libertés économiques », ( c’est-à-dire sur les injonctions du capital ), si l’on veut répondre à la demande des citoyens.
Si l’on peut percevoir un léger souffle nouveau en cette rentrée européenne, c’est en tous cas plus du côté des députés que de la Commission européenne, dont le président est apparu fatigué, tant sur le fond que sur la forme. Rappelant que l’état de l’Union européenne « laissait déjà à désirer il y a un an », il a noté que «  le constat est valable un an après », ajoutant que « les choses n’ont pas évolué vers le mieux », et parlant de «  crise existentielle. » On était en droit d’espérer un peu mieux pour remonter le moral des troupes.
Lucide sur les conséquences d’une telle dérive, Jean-Claude Juncker a reconnu que ces « fractures » faisaient le lit des populismes qui «  ne règlent pas les problèmes, mais qui les apportent. »
Pour le reste, le président de la Commission européenne ne s’est guère hasardé en dehors d’un inventaire à la Prévert des domaines dans lesquels l’Union devrait améliorer ses performances : l’endettement, beaucoup trop important selon lui, la lutte contrer le réchauffement climatique ( «  l’accord de Paris doit devenir obligatoire pou tous » ), le rééquilibrage entre les pays de l’Est et ceux de l’Ouest de l’Europe ( « les 12 prochains mois seront décisifs pour réduire le clivage »), la réconciliation entre les deux parties de Chypre, la lutte contre l’évasion fiscale ( rires dans l’hémicycle ), la défense de l’industrie sidérurgique européenne contre la concurrence déloyale, la protection du secteur agricole, notamment laitier, la défense de l’euro «  qui nous a protégé de l’instabilité », ou l’accès à l’Internet à haut débit pour tous, le président de la Commission européenne se fixant l’échéance de 2025 pour que la 5G soit accessible dans toute l’Union européenne, ce qui créera par ailleurs selon lui, deux millions d’emplois supplémentaires.
Pour « renforcer » l’économie européenne, Jean-Claude Juncker a annoncé  qu’il allait doubler à la fois la durée et le montant du fonds d’investissement pour le faire passer à 500 milliards « à l’horizon 2020 », et à 630 milliards « dès 2022 », l’objectif étant d’attirer les investisseurs privés dans les secteurs de la recherche, l’infrastructure ou de l’énergie. En matière de Défense, il a plaidé pour que l’Europe travaille « à bâtir une force militaire commune », et pour qu’elle se dote d’un « quartier général européen ».
Dans le domaine civil, il propose la création d’un « corps de solidarité », capable d’intervenir dans le monde en cas de crise majeure ( réfugiés, séisme ), de manière à faire profiter les jeunes d’une première « expérience humaine ». 100 000 jeunes devraient en bénéficier dans un premier temps.
Si la droite, les libéraux et certains socialistes, se sont montrés en général indulgents face aux objectifs affichés par le président de la Commission européenne, pour la Gauche unitaire européenne, Gabrielle Zimmer a parlé de « replâtrage » et d’un « statu quo qui mène à l’erreur », rien n’étant fait pour permettre aux habitants de « mieux vivre en Europe », que ce soit dans le domaine du logement, de l’emploi ou des perspectives d’avenir. « Si nous ne changeons pas, nous tournons en rond », a martelé la présidente de la GUE, qui dénonce la réduction des dépenses publiques en Europe , et la privatisation des services publics. La députée Iratxe Garcia Perez ( Socialistes et Démocrates ) a parlé elle, d’un « panorama désolant », alors que la crise des réfugiés et la crise économique affecte de nombreux pays européens. Elle reproche à Jean-Claude Juncker de s’en tenir à « des propositions vagues » et d’avoir abandonné la solidarité européenne en infligeant notamment de lourdes pénalités à l’Espagne et au Portugal, sans répondre par ailleurs au chômage massif des jeunes. On remarquera également que le président de la Commission européenne n’a fait aucune allusion dans son discours sur l’état de l’Union à la situation de la Grèce, un an après le plan d’austérité drastique qui a été imposé au pays par l’Europe, et alors que la Grèce s’est trouvé toute l’année en première ligne pour tenter d’apporter son aide aux réfugiés. Il n’est pas certain que les Grecs apprécieront ce nouvel oubli.
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