Visite à la mission locale pour l’emploi de Paris

J’ai été invité par les responsables de la mission locale pour l’emploi de Paris, sa présidente Maïté Errecart et sa vice-présidente Sandrine Charnoz, pour rencontrer les publics et les encadrants du dispositif « Garantie Jeunes », programme européen dans lequel la France est particulièrement impliquée depuis son lancement. Il consiste, dans sa déclinaison française, à déployer un suivi personnalisé pour des jeunes de 18 à 25 ans sans travail ni formation en visant donc particulièrement les personnes les plus éloignées de l’emploi. Pour plus d’informations sur les origines et les modalités de la Garantie jeune, je vous invite à lire le dossier que j’avais consacré à cette question dans une newsletter précédente.

C’est en effet mon deuxième déplacement consacré à cette initiative européenne, après le débat à l’IUT de Sarcelles il y a quelques mois. Ces déplacements visent à la fois à me faire une idée concrète des problématiques de ce programme, réussites comme limites, mais aussi de rappeler l’engagement européen en faveur de l’emploi des jeunes. C’est un enjeu important dans le débat actuel sur l’UE. Parler de la Garantie Jeune c’est démontrer à ceux qui se servent de l’UE comme bouc-émissaire qu’elle peut apporter des solutions innovantes et efficaces sur des sujets qui touchent directement les citoyens européens. Mais évoquer ce programme c’est aussi s’attaquer à ceux qui, favorables aux recettes libérales et à la main invisible du marché, voudraient mettre en cause la Garantie Jeune au prétexte que le marché du travail s’équilibrerait naturellement sans intervention des pouvoirs publics.

Derrière l’enjeu il y aussi une réalité que j’appréhende de plus en plus après cette rencontre à la mission locale de Paris. On prend d’abord mieux conscience de l’atout que représente la Garantie avec les chiffres : la dotation habituelle reçue par la mission locale est de 300 euros par personne, somme qui passe à 1700 euros dans le cas d’une personne suivie dans le cadre de la Garantie Jeunes. Cet investissement passe surtout par un encadrement beaucoup plus poussé et régulier par des conseillers dédiés. Les premiers résultats démontrent la réussite d’une telle démarche : pour près de la moitié des jeunes suivis par la Garantie il y a des solutions pérennes de retour en emploi. Le principal problème consiste à entrer en contact avec les publics qui devraient bénéficier du dispositif. Le travail commun avec Pôle emploi, le réseau des centres d’animations, des foyers, des centres de prévention est une des clefs de la mise en œuvre du dispositif pour qu’il touche ceux qui sont les plus exclus de l’emploi et des formations.

J’ai eu l’opportunité de rencontrer un des groupes de jeunes suivis par la mission locale. Ils viennent de rentrer dans le dispositif et sont encore dans la phase « collective » de leur prise en charge, une dimension qui les motive beaucoup avant d’affronter « seul » la recherche de formations/stage/emploi aidé d’un conseiller. La première conclusion de notre discussion est moins le décrochage par rejet du système scolaire que l’échec à la fois de l’orientation mais surtout de l’alternance en entreprise. Pour une bonne part des jeunes de ce groupe la rupture s’est ainsi faite après le BAC avec l’impossibilité de trouver une entreprise pour poursuivre leur cursus, entraînant une cassure brutale et souvent définitive de leur parcours de formation. L’autre enseignement de cette discussion est sur l’efficacité de solutions apportées dans le cadre de la Garantie jeune qui ne consiste pas seulement à fournir du conseil pour la recherche de stage/formation, mais à reconstruire un lien entre ces jeunes et le monde du travail pour faciliter durablement leur retour dans des parcours « classiques » (horaires, prise de parole…). Une des conseillères insiste particulièrement sur les atouts de publics souvent enfermés dans une très forte dévalorisation de soi et donc sur l’importance d’un travail de mise en valeur de leurs expériences et qualités.

Nous avons enfin eu une discussion plus large sur les questions politiques liées aux dossiers européens dans le contexte du Brexit avec les inquiétudes que soulève le départ britannique. Surtout nous avons discuté ensemble de la fonction politique elle-même, en réponse à leurs questions, j’ai précisé qu’être député n’est pas un métier et surtout que l’exercice d’un mandat du peuple ne requiert pas de diplômes spécifiques. C’est une question récurrente chez les jeunes et elle traduit le fossé entre les Français et leurs responsables politiques considérés comme des « sachants » issus de grandes écoles. Il ne faut pas pour autant tomber dans le piège d’un rejet des élites, prétexte à l’abandon du champ politique. J’ai rappelé les vertus de l’engagement, ou ne serait-ce que celles du vote, pour peser sur le choix de son destin personnel et collectif. La Garantie jeune n’est pas « naturelle » mais issues d’idéaux, de débats, de décisions politiques et d’élections. Concernant l’entrée dans le monde du travail, les jeunes en difficultés ne doivent pas se sous-estimer. Je félicite une nouvelle fois l’ensemble des encadrants de la mission locale et les jeunes qui s’investissent dans ce dispositif que je continuerai à suivre.

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