Emmanuel Maurel et Guillaume Balas : « Faire l’Europe de la relance avant la relance de l’Europe »

J’ai souhaité prendre la place de l’intervieweur pour adresser quelques questions à mon collègue et ami Emmanuel Maurel sur l’initiative lancée il y a quelques semaines : l’Europe des projets. Il s’agit d’un projet qui se base sur une idée simple : si l’Europe veut redémarrer, elle doit faire la preuve de son utilité aux citoyens en formulant des propositions simples et concrètes pour faire l’Europe de la relance. Vous pouvez consulter les premières propositions déjà en ligne sur le site www.europedesprojets.eu

Un grand merci à lui pour cette excellente initiative à laquelle nous allons tous participer pour, qu’à la rentrée, un maximum de projets puisse être présenté.

Guillaume Balas : Bonjour Emmanuel, tu as mis en place un outil nouveau, une plateforme collaborative sur l’Europe. Au regard des diverses expériences de démocratie participative, quel sens revêt aujourd’hui cette initiative ?

Emmanuel Maurel : Au-delà de la méthode, il y a le projet. Traditionnellement, lorsqu’il y a des crises en Europe, on en revient toujours à la même solution : il faut réformer les institutions. On envisage un nouveau traité, une constituante sans jamais parler de l’essentiel c’est-à-dire du contenu : qu’est-ce que veulent les gens pour l’Europe ? La question qui nous est toujours posée à nous, députés européens, c’est : « En quoi votre Europe va améliorer ma vie quotidienne ? » Avec des amis, des camarades, nous sommes partis du principe que l’essentiel, après le Brexit et la grave crise que traverse l’Europe, c’est d’essayer de donner de l’espoir aux gens et de proposer des solutions concrètes afin que l’Europe avance.

Par la suite, nous nous sommes dit qu’il est nécessaire de partir de propositions très simples et concrètes. Les gens n’ont pas envie de grandes envolées lyriques à un moment où il y a par ailleurs, une grande défiance vis à vis de la politique et de l’Europe. D’où l’idée d’une Europe des projets. Plutôt que de discuter d’une relance de l’Europe, la question est : comment construit-on l’Europe de la relance ?

Il s’agit donc de propositions concrètes qui doivent encourager le plus grand nombre à participer. L’idée est simple : nous allons lancer chaque semaine une proposition nouvelle. Deux sont déjà disponibles. Les gens sont ensuite invités à voter, à l’amender ou à suggérer d’autres pistes. L’objectif est d’arriver à la rentrée avec une véritable plateforme programmatique et des propositions simples et concrètes que nous, hommes politiques, militants, pourrons proposer à des institutions européennes pour qu’elles puissent les mettre en œuvre. Cela suppose une véritable démarche collaborative dans l’élaboration des propositions, avec des amis, des militants, et je l’espère bientôt avec des collègues. L’idée est d’avancer ensemble vers des propositions concrètes pour l’Europe de demain.

– GB : Comment comptes-tu articuler cette initiative avec le travail parlementaire ? Je vois bien l’aspect militant d’une plateforme programmatique mais comment faire en sorte que cela devienne également l’outil des députés européens pour formuler des propositions parlementaires ?

– EM : Évidemment, le Parlement européen n’a pas l’initiative des lois. En revanche, nous avons un pouvoir d’influence et de suggestions. Prenons un exemple : la première des propositions que je soumets est un règlement « Acheter européen ». Il s’agit d’un équivalent du « Buy American Act » qui permet aux entreprises de réserver une part des appels d’offres publiques aux entreprises nationales ou locales. Dans le contexte du libre-échange et du chômage que l’on connaît en Europe, je propose l’équivalent en Europe. Évidemment, ce n’est pas moi qui vais le proposer demain au Parlement européen. En revanche, si j’arrive à convaincre des citoyens, des gens de gauche mais de droite également, et que nous arrivons à la rentrée avec cette proposition validée par des experts, des économistes, nous aurons de l’influence par rapport aux décideurs en Europe, c’est-à-dire la Commission et le Conseil.

Nous devons susciter de l’engouement pour des propositions positives qui peuvent voir le jour au niveau parlementaire. Tu le sais comme moi, les propositions de loi naissent souvent dans l’esprit de quelques citoyens, des associations, des ONG, des députés qui se mobilisent sur un sujet. Par exemple, je rappelle que la taxe sur les transactions financières est au départ une idée de la société civile.

GB : Tu travailles beaucoup sur les accords de libre-échange et notamment sur le TTIP/TAFTA. Mais il y a également le CETA, accord de libre-échange avec le Canada : est-ce que tu penses également poser cette question sur cette plateforme ou s’agit-il d’un autre type de travail ?

EM : Il y a bien sûr le travail parlementaire que l’on fait en commission et puis nous sommes un certain nombre, dont toi, à nous mobiliser politiquement sur la question du CETA. En effet, avec des députés de toutes nationalités, nous sommes mobilisés et allons prochainement lancer une initiative à ce sujet dans le but d’informer nos concitoyens. En effet, beaucoup savent ce qu’est le TTIP mais très peu ont entendu parler du traité de libre-échange avec le Canada auquel le Parlement européen devra donner son accord avant la fin de l’année prochaine. En tant que députés européens, nous nous devons également d’informer et de mobiliser les citoyens sur des sujets importants tels que cet accord de libre-échange.

Print Friendly

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On YoutubeCheck Our Feed