Rencontre avec la FIOM CGIL : en France et en Italie, une même philosophie de la flexisécurité

Rencontre avec la FIOM CGIL : en France et en Italie, une même philosophie de la flexisécurité  

Jeudi 21 avril, je me suis rendu à Bologne pour y rencontrer la FIOM, la branche métallurgiste de la CGIL, premier syndicat italien. Auprès d’Alberto Monti, secrétaire général de la FIOM-CGIL de Bologne et son collègue Michele Bulgarelli, nous avons longuement évoqué les réformes du travail qui ont respectivement touché nos deux pays. Il y a exactement un an, l’Italie accueillait à grands coups de mobilisations sociales, une réforme du travail appelée Jobs Act. La FIOM CGIL avait alors pris une part très active dans la protestation.

Voté par le Parlement italien le 10 décembre 2014, le Jobs Act est entré en vigueur le 7 mars 2015. Le point central de cette réforme est l’introduction du fameux contrat à « protection sociale croissante » (tutele crescenti), un CDI permettant un licenciement facilité au cours des trois premières années de contrat, en échange d’une indemnité correspondant à l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. Mais pour introduire ce CDI « instable », censé mettre fin aux contrats précaires et favoriser selon lui l’emploi des jeunes, Matteo Renzi a accédé à l’une des requêtes du patronat faisant sauter un des verrous de la protection sociale des travailleurs italiens : l’article 18 qui les protégeait jusqu’alors des licenciements abusifs. Une passe d’armes importante s’était alors tenue entre Matteo Renzi et les organisations syndicales, CGIL en tête. 1 million de personnes était descendu dans les rues de Rome pour manifester leur opposition. Mais faisant appel à un vote de confiance (le corollaire du 49-3 français) du Sénat italien pour faire passer la réforme en octobre 2014, Matteo Renzi a ensuite obtenu la majorité à la Chambre des députés. Décembre 2014, le Jobs Act était définitivement adopté. Cette période marque un point de rupture important entre le gouvernement de centre gauche et les organisations syndicales. Les échanges avec les deux responsables syndicaux qui n’ont pas hésité à user de mots très durs contre les choix de Matteo Renzi me l’ont confirmé.

En France et en Italie, et pour répondre aux injonctions de Bruxelles, une même logique de flexisécurité guide les choix politiques des exécutifs. En miroir à ce que la France vit actuellement avec l’actuel projet de loi El-Khomri, les deux réformes participent d’un processus de convergence à la baisse de la protection des travailleurs en mettant la question de la flexibilité comme seul remède à l’inefficacité et aux distorsions de la concurrence sur un marché du travail jugé trop rigide par l’actuel courant dominant.

Rien n’est pourtant moins sûr. En Espagne ou en Italie, les quelques sursauts constatés ne peuvent être mis au seul crédit des réformes du travail mais doivent surtout être comprises à l’aune du coup de frein donné par ces deux pays à l’austérité budgétaire d’une part, et à la politique monétaire accommodante de la BCE d’autre part.

Malgré la forte mobilisation sociale appelée par les syndicats italiens, le gouvernement de Matteo Renzi a décidé de passer en force sa réforme du travail il y a maintenant un an. Aujourd’hui, le divorce a largement été consommé entre les deux parties. Avec le 49-3 invoqué par le gouvernement Valls, l’histoire se répète. Les prochaines journées et semaines de mobilisation citoyenne et parlementaire nous diront si notre exécutif s’entêtera à aller à l’encontre de sa majorité pour faire voter une loi au mieux sans intérêt, au pire dangereuse.

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