Edouard Martin & Guillaume Balas : Chine et économie de marché « Imposer un débat pour défendre l’intérêt général »

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de prendre la place de l’intervieweur pour adresser quelques questions à mon collègue et ami Edouard Martin sur le statut d’économie de marché de la Chine et la résolution relative qui a été votée au Parlement jeudi 12 mai.

Un grand merci à lui pour ce combat essentiel qui doit être popularisé pour que les citoyens s’en saisissent.

Dans cette courte vidéo, nous évoquons les dangers de ce statut pour les industries et les emplois européens ainsi que le combat mené par les parlementaires européens pour imposer un débat politique sur ce sujet éminemment important.

Je vous invite à la découvrir ci-dessous :

Guillaume Balas : Demain, nous allons voter au Parlement européen une résolution sur le statut d’économie de marché accordé à la Chine. Cela a l’air très important de quoi s’agit-il exactement?

Edouard Martin : Reconnaître le statut d’économie de marché à la Chine c’est considérer que l’économie chinoise ressemble à l’économie européenne c’est-à-dire à une économie libre et non faussée. Or on constate que c’est tout le contraire. Par exemple, les traités européens interdissent que les États subventionnent des entreprises privées et encore moins des aides à l’export. C’est précisément ce que fait la Chine sur un certain nombre de produits et notamment l’acier. Pour cette raison, des tonnes d’acier déferlent sur le marché européen à des prix défiant toute concurrence ce qui met en grande difficulté nos industries ainsi que les emplois induits. Cela représente près de 400 000 emplois directs.

La Commission européenne s’apprête à prendre cette décision seule. Nous, députés du Parlement européen, représentants des intérêts des citoyens européens, et plus précisément nous, Socialistes et Démocrates, Socialistes et Démocrates français, nous nous sommes investis pour ouvrir le débat sur ce sujet extrêmement important.

GB : Il me semble que toi, Emmanuel Maurel et d’autres avez essayé de rassembler des députés autour de cette question. Comment cela s’est-il passé ?

EM : Nous savions très bien que cette décision aurait un impact sur l’ensemble de l’Union européenne. Cela n’avait donc pas de sens de mener cette question seulement entre Français. Nous avons donc monté un groupe d’action transpartisan et transnational. 72 députés d’orientations politiques différentes, de pays différents font partie de ce groupe d’action aujourd’hui. Nous partageons tous le même constat : reconnaitre le statut d’économie de marché à la Chine aurait un impact beaucoup trop important sur nos industries et sur nos emplois.

Une étude parle aujourd’hui de 3 à 4 millions d’emplois qui pourraient disparaitre avec cette décision.

Nous avons réussi à imposer ce débat. Nous avons également imposé une résolution qui vient d’être finalisée aujourd’hui, mercredi 11 mai, et sera votée demain, jeudi 12 mai.

C’est grâce à l’engagement des Socialistes et Démocrates européens et des Socialistes français, que nous avons réussi à donner la parole au Parlement européen et à faire voter une résolution.

GB : Cette résolution s’adresse à la Commission européenne : quel est le calendrier ? Es-tu optimiste ?

EM : Au début de l’année, je n’étais pas très optimiste car la Commission nous répondait par des arguments techniques. Les juristes soutenaient qu’il n’y avait pas de marge de manœuvre possible, que si nous refusions de donner ce statut, alors la Chine interjetterait devant les tribunaux de l’OMC et que l’Union européenne serait condamnée.

Nous avons répondu que ce débat ne doit pas être un débat technique ou juridique. Ce débat doit être politique. Nous sommes des élus, représentants des intérêts des citoyens. La question qui n’a cessé de nous guider est la suivante : est-ce que la reconnaissance de ce statut d’économie de marché à la Chine est une bonne chose pour les citoyens européens ? La réponse est évidemment non.

Effectivement, la résolution à laquelle nous sommes parvenus, la consultation publique ouverte aux citoyens, aux entreprises, disponible en ligne jusqu’au 15 mai vont faire entendre une voix critique sur ce sujet si important et vont, je l’espère, bousculer l’agenda tranquille de la Commission.

Aujourd’hui, nous disons que nous ne reconnaissons pas le statut d’économie de marché de la Chine, que les relations avec la Chine doivent être équitables, qu’il faut avoir des propositions communes avec nos partenaires économiques qui, eux, pratiquent une économie de marché. Nous affirmons également que les organisations syndicales doivent donner leurs points de vue car beaucoup d’emplois sont impactés. Pour finir, nous incitons la Commission à prendre des mesures urgentes destinées à renforcer les outils de protection commerciale pour défendre nos industries, nos emplois. Et tout cela est possible grâce à nous, à toi, car nous sommes des citoyens, élus par d’autres citoyens pour défendre l’intérêt général.

GB : C’est un combat absolument essentiel que tu mènes, qui a besoin d’être popularisé. Il faut que les citoyens s’en saisissent. Merci à toi Edouard.

 

Print Friendly

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On YoutubeCheck Our Feed