Edouard Martin et Guillaume Balas sur la lutte contre le dumping social « Rendez-vous sur le terrain de l’action ! »

Une fois n’est pas coutume, mon collègue et ami Edouard Martin a souhaité prendre la place de l’intervieweur pour m’adresser quelques questions sur le rapport que je suis actuellement en train de préparer relatif à la lutte contre le dumping social dans l’Union européenne.

Un grand merci à lui pour cette initiative qui permet d’aborder de manière pédagogique et politique un dossier complexe et pourtant central et déterminant pour l’Europe sociale. A travers cette courte vidéo, nous abordons de concert les objectifs assignés à ce rapport pour faire avancer l’Europe vers plus de convergence et d’harmonisation sociale et du projet même de l’Europe que nous défendons. Je vous invite à la découvrir ci-dessous :

Edouard Martin : tu es le rapporteur d’un travail pour lutter contre le dumping social en Europe, peux-tu nous résumer en quelques mots les axes principaux de ton travail ?

Guillaume Balas : Aujourd’hui c’est simple, il y a le grand marché au sein duquel les travailleurs peuvent circuler, des systèmes sociaux qui sont complètement différents en fonction des pays et donc cela crée de la concurrence sociale déloyale. Cela exaspère aujourd’hui les citoyens. Donc les grands axes du travail, quels sont-ils ? Qu’il y ait de meilleurs contrôles contre la fraude et faire en sorte que les chefs d’entreprise indélicats, qui aujourd’hui transgressent la loi, puissent être condamnés. C’est faire en sorte que les lois soient meilleures et notamment sur la question du travail détaché pour qu’il y ait plus de règles qui permettent de lutter contre le dumping social légal. Et enfin un certain nombre de propositions pour qu’il y ait une convergence sociale des modèles sociaux européens comme par exemple la convergence vers des salaires minimums ou au moins ce principe dans toute l’Europe, dans toute l’Union européenne.

E.M : et comment se positionnent les pays européens dans tout ce travail ? Est-ce que tu vois qu’il y a une adhésion derrière tes propositions ou sens-tu plutôt une réticence et si oui, de quelle partie de l’Europe ?

G.B : Aujourd’hui, le problème c’est que les pays à hauts standards sociaux à l’ouest subissent la concurrence sociale déloyale. Mais ce sont les travailleurs de l’est qui subissent les conditions dégradées de travail. C’est vrai que certains gouvernements à l’est ont cette tendance à ne pas vouloir lutter contre le dumping social parce que tout simplement cela permet de ramener un peu d’argent dans ces pays là et d’exporter un peu de leur main d’oeuvre. Mais ce n’est bon ni pour les salariés de l’est, ni pour les salariés de l’ouest et sûrement pas pour l’idée que les citoyens peuvent se faire de l’Union européenne.

E.M : donc cela signifie que derrière les propositions que tu fais, c’est qu’aujourd’hui dans un contexte de crise politique majeure pour l’Union européenne, pour redonner de la crédibilité à l’Europe et notamment à l’Europe sociale, il est temps de poser des jalons. Penses tu que ton texte a des chances d’être voté et à quelle échéance ?

G.B : Il a des chances d’être voté. Est-ce que c’est assuré non car les débats sont extrêmement difficiles. Il y a un courant ultra libéral qui existe aujourd’hui au Parlement européen et qui ne veut rien entendre sur la question de l’harmonisation sociale. Il faut donc être soit majoritaire face à eux, soit les convaincre. Si tout se passe bien avant l’été, ce texte a des chances d’être votés.

E.M : Pour cela tu as donc besoin d’une mobilisation forte, d’un soutien fort des organisations syndicales et des acteurs sociaux des différents pays d’Europe. J’imagine que tu es en contact avec eux. Y a-t-il quelque chose d’organisé avec eux ? Comment contrecarrer ce libéralisme européen à travers un mouvement social européen ? Est-ce du domaine du possible et du souhaitable ?

G.B : On a des contacts avec les organisations syndicales mais aussi avec toute une partie du patronat. Je pense notamment au patronat du bâtiment ou pour une partie du transport. Il faut bien comprendre que les petits patrons sont exaspérés par les marchés qu’ils perdent à cause du dumping social et aussi de devoir parfois faire le choix de prendre des travailleurs détachés à bas coûts contre leurs propres salariés.
Je crois qu’il y a une alliance à construire du monde du travail. Que ce soient les salariés, leurs organisations syndicales mais également les petits patrons, ceux qui ont les mains dans le camboui. Tous ceux là aujourd’hui veulent une harmonisation sociale européenne.

E.M : Très bien alors on peut voir que tout le monde a intérêt à voter ton texte, y compris le monde patronal et là j’en profite pour adresser un petit message également au MEDEF qui ont intérêt à regarder de plus près le travail que tu nous as mis sur la table. Rendez-vous dans les prochaines semaines, sur le terrain de l’action mais cela n’est pas nouveau pour toi.
J’espère que très rapidement aux citoyens européens que ce texte a été voté et ce sera alors peut-être une lumière dans la grisaille. Merci beaucoup et bon courage.

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