Crise grecque: l’ultime appel d’Alexis Tsipras à l’Union

Samedi 2 avril 2016 : Alexis Tsipras, Premier ministre grec, écrivait à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, au sujet de la stratégie de choc pensée pour la Grèce et mise en lumière par les révélations WikiLeaks.

Mardi 12 avril 2016 : Euclide Tsakalotos, ministre des Finances grec, annonçait que le gouvernement grec soumettrait au Parlement hellénique les réformes des finances et des retraites d’ici la fin du mois d’avril sans les présenter préalablement aux créanciers, comme indiqué dans le mémorandum.

Durcissement de ton pour certains, ce pari osé est en réalité un ultime appel lancé aux créanciers européens, et plus encore aux alliés progressistes européens, pour qu’ils assument leur responsabilité politique dans la gestion de cette crise.

Les dessous troubles des négociations

Depuis deux mois, les négociations s’éternisent. Le « revue des réformes » est sans cesse reportée en raison des désaccords entre les créanciers, le FMI apparaissant comme la partie la plus sévère des institutions. Les deux points de crispation sont la question des excédents primaires ainsi que les réformes à mettre en place pour les atteindre.

Le FMI conteste les objectifs d’excédents primaires demandés à la Grèce dans le dernier mémorandum, se montre insatisfait des réformes mises en place par le gouvernement grec et réclame un allégement de la dette. Certains créanciers européens, tels que l’Allemagne, les Pays Bas, la Finlande et la Slovaquie sont aujourd’hui opposés à cet allégement.

Alors convergence des intérêts entre FMI et Grèce ? Pour quiconque en doutait encore, les dernières révélations WikiLeaks ont révélé la stratégie implacable du Fonds Monétaire International. Convaincu que la Grèce ne pourrait honorer ses obligations en juillet prochain, le responsable du département européen, Poul Thomsen, voit dans la faillite du pays le seul moyen d’imposer ses vues. Cette stratégie du chantage permettrait par la même occasion de tordre le bras à l’Allemagne, dont la droite représente la frange la plus dure au sein de l’Eurogroupe. Et de mettre définitivement à genoux un gouvernement qui tente de maintenir un équilibre difficile entre le respect de ses engagements et la résistance au mémorandum en adaptant les réformes mises en place.

Une stratégie du choc pensée dans l’obscurité d’une salle de réunion mais qui fait abstraction des réalités sociales, humanitaires et politiques du pays.

Heure de vérité pour les progressistes européens

La gestion de la crise grecque a déjà confirmé le renoncement à la légitimité démocratique de la troïka, arrangement institutionnel mêlant créanciers de toutes sortes : Etats, institutions financières et banquières. Pour que le projet européen ne soit pas définitivement enterré, encore faudrait-il que ce renoncement à la légitimité démocratique ne soit pas également reconnu à ses propres parties.

Pris dans une course contre la montre, le gouvernement grec devrait atteindre l’objectif d’excédent primaire d’ici 2017 et a déjà démontré à plusieurs reprises sa volonté de réformer : lancement de la privatisation des chemins de fer, mise aux enchères des fréquences télévisuelles, relèvement de la TVA de 23% à 24% sur des produits qui avaient déjà vu leur taux augmenter.

Sa décision de passer en force sur les réformes des finances et des retraites est donc un pari osé pour forcer les créanciers de la zone euro à prendre position. De plus en plus, le FMI devient l’argument facile derrière lequel la frange la plus dure des créanciers menée par Wolfgang Schäuble se retranche pour forcer l’application de mesures d’austérité plus dures.

Deux visions de l’Europe s’affrontent ici : l’une considère l’Europe comme un cadre de solidarité financière et budgétaire intangible au sein duquel les Etats doivent s’intégrer coûte que coûte. Depuis 2008, nous voyons que cette voie est mortifère. L’alternative consiste à défendre une Europe de solidarité démocratique, un véritable projet politique, au service de ses citoyens et non d’une finance internationalisée et débridée.

Si Alexis Tsipras joue ici son avenir politique en prouvant sa capacité à peser dans la mise en œuvre du mémorandum, les chefs d’Etats et de gouvernement progressistes européens ont, plus que jamais, la responsabilité de soutenir une solution politique à la crise.

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