Quel avenir pour la Garantie Jeunesse et la Garantie Jeunes ?

Dès le début de mon mandat parlementaire j’ai soutenu cette initiative forte de l’UE pour qu’elle incarne enfin cette Europe sociale qui fut jusque-là plus un slogan qu’une réalité. Je suis ainsi intervenu à plusieurs reprises auprès de la Commission et en séance plénière pour que cette réalité se concrétise rapidement auprès des jeunes Européens marqués par le chômage de masse.

Au niveau européen

Le premier combat reste la question du financement qui doit être suffisant pour atteindre les objectifs ambitieux mais nécessaire de la Garantie Jeunesse. Il faut ainsi  viser les 21 milliards d’euros (chiffre de l’OIT) de financement de l’UE et des Etats pour transformer ce dispositif en réalité sur le terrain auprès de tous les jeunes concernés en Europe. C’est un investissement financier de grande ampleur, même s’il reste modeste par rapport au PIB de l’UE.  Mais l’Europe s’est enfin emparée d’un champ d’action à la mesure de la crise sociale et économique qui mine le continent. Elle doit donc aller jusqu’au bout de cette mobilisation. Je reste ainsi attentif, comme une majorité de députés européens, aux problèmes de financement en défendant les budgets du programme IEJ qui sont arrivés à terme en 2016 et qui sont actuellement menacés. De son côté, la France qui est un pays moteur, doit continuer de peser pour maintenir les financements existants et les amplifier pour que chaque pays européen entre dans le dispositif.

L’UE a fait un effort supplémentaire en acceptant, sous la pression du Parlement, d’augmenter significativement le préfinancement des projets lancés par les Etats : alors que l’UE apportait un fond d’amorçage de 6% aux projets mis en œuvre au niveau national, elle a porté sa participation de départ à 30% permettant d’accélérer considérablement le lancement du dispositif par les Etats. Deuxième évolution majeure : les fonds seront surtout concentrés sur les régions les plus en difficultés, en lien avec l’IEJ, pour éviter le saupoudrage et cibler tout de suite les territoires qui en ont le plus besoin.

Si la question du financement semble avancer positivement il reste encore des points problématiques. Le premier reste l’application très disparate de cette Garantie selon les Etats. Même si tout n’est pas encore parfait la France fait ainsi figure d’élève modèle dans une Europe où les fonds européens ne sont pas toujours utilisés par les Etats ou détournés vers des politiques moins ciblées. La Commission devrait à la fois renforcer ses contrôles et se montrer contraignante envers les Etats qui ne se mobilisent pas. L’autre défi reste de construire des parcours lisibles et accessibles à l’ensemble les jeunes surtout avec des publics parfois éloignés des structures traditionnelles.

L’UE doit donc garder son cap au travers des programmes IEJ et Garantie Jeunesse en évitant de les brouiller par des dispositifs annexes comme le « Pacte européen pour la jeunesse » lancés récemment par la commissaire Thyssen. L’idée n’est pas inintéressante, comme celle de « l’Alliance européenne pour l’apprentissage » mais elle démultiplie les efforts et les programmes alors que l’urgence est de proposer une porte d’entrée unique, efficace, accessible par l’ensemble des jeunes concernés. L’autre priorité est que cette garantie débouche sur des « emplois de qualité », comme s’y engage l’institution européenne, qui permettent de lutter contre la précarisation massive de la jeunesse à travers le continent européen.

En France

Notre pays fait des efforts depuis 2013 pour concrétiser cette Garantie et semble vouloir aller plus loin comme s’y engage le Premier Ministre en lien avec le débat sur la loi Travail. La promesse a d’abord été faite qu’elle soit « universelle », c’est-à-dire  étendu aux 900 000 jeunes qui ne sont pas en emploi, études ou formation. Mais le gouvernement lui-même est revenu sur cette première proposition pour un schéma plus classique de 500 000 « en théorie » à 200 000 visé à la fin du quinquennat selon le cabinet de la ministre du travail. Pour financer cette extension…déjà prévue par la montée en puissance du dispositif, le gouvernement devrait puiser dans la formation professionnelle et dans le financement européen de la Garantie Jeunesse déjà acté lui aussi. Au final une intention louable d’utiliser la Garantie jeune mais une illisibilité des promesses gouvernementales qui se sont succèdées en quelques jours. L’important reste de poursuivre l’effort déjà programmé avec volontarisme tout en apportant une série d’améliorations souhaitées par les acteurs que j’ai pu rencontrer.

L’effort doit porter d’abord sur l’information vis-à-vis des publics concernés sur ce dispositif pour éviter un taux de non-recours, plus ou moins assumés pour des raisons budgétaires, qui laisserait de nombreux jeunes potentiellement concernés en marge. La réussite du dispositif repose sur une réaction rapide vis-à-vis de ceux qui sortent de l’école, d’une formation ou d’un emploi pour leur proposer des solutions et éviter le chômage de longue durée voire l’exclusion sociale. Le problème de l’information se décline aussi au niveau des entreprises : un important effort doit être fait de la part des pouvoirs publics, nationaux et locaux, pour trouver des entreprises partenaires indispensables pour les formations, les stages, et les perspectives d’emplois.

L’autre priorité est de garantir des moyens stables et conséquents pour permettre d’embaucher le personnel suffisant dans les missions locales, le suivi personnalisé demandant un taux d’encadrement beaucoup plus important. La réussite est à ce prix car les premiers retours démontrent la réussite d’un tel dispositif au plus près des jeunes et de leurs difficultés.

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