La Garantie jeunes sur le terrain : retour d’expérience à Bondy et Sarcelles

J’ai été invité à intervenir, par le think tank européen « Confrontations Europe », à une rencontre/débat avec des acteurs de la Garantie Jeunes à Bondy et Sarcelles : mission locale, jeunes qui sont ou ont été impliqué dans le dispositif, et associations qui suivent le dispositif.  Plus largement cette réunion permettait aussi de confronter les acteurs publics (Union Européenne, Région, CESE, Mairie) avec les jeunes étudiants, salariés, chômeurs pour mieux cerner leurs difficultés.

Les premières interventions ont ainsi permis de fixer les enjeux d’un débat où l’Europe apparait à la fois comme un acteur incontournable (Garantie Jeunesse, mobilité) mais peu identifié dans ses programmes. Cette problématique se retrouve dans le  très faible pourcentage de votants aux élections européennes parmi les étudiants interrogés par des élèves de l’IUT de Sarcelles. Il se retrouve aussi dans la méconnaissance assez large des dispositifs européens comme le Service volontaire Européen (SVE). A ce peu de visibilité s’ajoute des problématiques « culturelles » françaises qui continuent à limiter aussi la mobilité. Les jeunes Français sont ainsi peu motivés, dans le contexte scolaire qu’est le nôtre, à mettre en œuvre dans leurs parcours une année de césure que l’on retrouve souvent dans les pays scandinaves ou anglo-saxons et qui permet de s’affirmer, s’autonomiser, découvrir d’autres cultures autant d’atouts pour un futur employeur en dehors du sacrosaint parcours « d’excellence » à la française. Cette frilosité est d’autant plus contradictoire que les exigences sont de plus en plus élevées et généralisées pour l’apprentissage des langues, là aussi autre grande faiblesse.

J’ai pu ensuite avec une série de retours sur la mise en place de la Garantie jeunesse en France au travers du responsable de la mission locale de Bondy où elle a été mise en place à partir de fin 2013. Reposant sur un suivi personnalisé, elle a nécessité la création de 5 nouveaux postes entièrement dédié au dispositif. Cet apport de personnel change tout : alors qu’un conseiller de la mission locale suit 250 à 300 jeunes en temps normal, on descend là à un conseiller pour 50 jeunes. Presque 400 jeunes en ont bénéficié, près de 300 sont dans le dispositif aujourd’hui. Il se distingue aussi par l’aspect qualitatif du suivi axé sur la valorisation des jeunes peu ou pas diplômés à la fois par un travail sur la motivation personnelle et sur leurs qualités, mais aussi par la proposition de formations dans des entreprises partenaires. C’est là que le bât blesse : le responsable de la mission locale pointe le manque d’entreprises dans le dispositif, non par refus de principe mais d’abord par manque de connaissance/reconnaissance de la Garantie Jeunes. C’est d’autant plus dommage que ce programme réussit souvent à reconstruire un parcours vers l’emploi à l’image des exemples présentés ici à Sarcelles avec des jeunes en rupture scolaire à l’issu du lycée et qui sont maintenant salariés.

Le débat s’est ensuite focalisé sur la problématique plus large de l’emploi des jeunes en France. Les étudiants de l’IUT sont revenus sur les difficultés rencontrés aussi par les diplômés pour chercher un emploi face à ce mur de « l’expérience » réclamée par les entreprises pour les premières embauches. C’est une situation qui confine souvent à l’absurde avec des jeunes qui n’arrivent pas à acquérir cette fameuse expérience de la part d’entreprises qui bloquent l’accès à ces mêmes premières expériences…Cette absurdité n’est même pas comblée par les stages, les étudiants expliquant qu’ils sont souvent trop courts alors que les entreprises recherchent des stages longs pour commencer à les envisager sérieusement dans le CV. Les étudiants pointes aussi les difficultés de faire valoir des stages souvent trop peu spécialisés au regard des attentes des employeurs. Ces difficultés d’accès s’ajoutent à celle, particulière à la France, d’un marché de l’emploi français structurellement beaucoup plus tendu pour les jeunes que chez nos voisins européens avec une démographie dynamique spécifique à notre pays. Elle rajoute des centaines de milliers de jeunes chaque année sur le marché de l’emploi français tandis qu’en Europe le problème est de trouver de la main d’œuvre pour remplacer les départs à la retraite dans un contexte de faible natalité.

L’Union européenne se doit de soutenir les différentes initiatives qui permettront aux jeunes de dépasser les frontières et les déterminismes qu’elles peuvent engendrer : frontières des banlieues qui enferment et éloignent de nombreux jeunes d’un marché du travail qui attend de plus en plus d’ouverture sur le monde mais qui se montre aussi aveugle face au réservoir immense de talents de jeunes diplômés ou non diplômés de ce pan entier de la jeunesse de notre pays ;  frontières nationales que nous devons faire franchir aux maximum de jeunes et pas seulement aux plus privilégiés avec des nouveaux moyens comme Erasmus + qui s’adresse maintenant aux apprentis. L’UE peut et doit être le levier de cette meilleure intégration des jeunes au marché du travail pour des emplois de qualité qui valorisent les talents multiples d’une jeunesse qui l’ai tout autant, au-delà des moules et des héritages dont la France a encore trop la mauvaise habitude.

 

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