Entre espoirs et inquiétudes : où va l’Europe ? À la rencontre de lycéens et d’étudiants de la région parisienne

Poursuivant mes rencontres régulières avec les Franciliens j’ai été invité récemment invité dans un lycée de Montreuil et je suis intervenu auprès des étudiants en master de l’Université Paris IV (Sorbonne). Ces deux interventions ont été particulièrement centré sur la question de l’avenir de l’UE qui interroge beaucoup les élèves et étudiants sur la nature même du projet européen.

A Montreuil, j’ai été sollicité par les Jeunes Européens, une organisation dynamique qui a notamment développé un programme « Député à l’Ecole » permettant de faire dialoguer les élèves avec leurs élus européens. J’ai pu ainsi être reçu par les enseignants et les élèves de Première et Terminale du lycée Henri Matisse pour un échange qui fut passionnant et souvent pointu.

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Rencontre avec les lycées d’Henri Matisse à Montreuil

Certains intégreront peut-être le Master Affaires Européennes de Paris IV dont l’association, formée par les élèves, m’a invité à débattre avec les M1. Echange là aussi très fructueux pour ma propre réflexion autour d’un questionnement commun sur les difficultés et perspectives de la construction européenne.

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Rencontre avec des étudiants de Paris IV

Ne laissons pas l’Europe à ceux qui n’en veulent pas ou plus

Ces deux rencontres témoignent en effet d’interrogations communes sur les différentes crises actuelles (terrorisme, Brexit, migrants…). Ces jeunes citoyens ou futurs citoyens rencontrés à Paris et Montreuil ne nient pas les difficultés et ne développent pas une vision « morale » du projet européen : loin est le temps des mythes fondateurs mais aussi des « appels à la responsabilité » qui auraient éteint la réflexion ou le débat. C’est tant mieux : l’Union Européenne ne doit pas être un sujet technique mais de passion en assumant des oppositions politiques sur la définition du projet européen. Cette question n’est pas dernière nous : elle est sans cesse posée par les nationalistes, mais aussi par de nombreux citoyens qui s’abstiennent massivement aux élections en témoignant leur rejet et/ou leur indifférence, enfin elle est posée par l’inaction de beaucoup de nos gouvernants comme l’a rappelé récemment Jean-Claude Junker.
L’Europe semble en effet de plus en plus prise en étau entre les europhobes renforcés par les dernières élections au Parlement et de l’autre de nombreux responsables politiques qui, par cynisme ou lâcheté, abandonnent les ambitions européennes au profit de la seule construction d’un grand marché. Le niveau du débat est tel qu’évoquer la mise en place à terme d’une Europe fédérale fait passer désormais pour utopiste. Mise à mal en tant que zone de prospérité économique depuis la crise de 2008, perdue dans les flux de populations et de recompositions géopolitiques depuis la fin de la Guerre Froide, l’UE a perdu ses atours tout en devenant le bouc émissaire facile. Elle est un « roi de neige » qui fond au fur et à mesure que les difficultés s’accumulent et que nombre de gouvernants se réfugient dès lors dans une rhétorique de l’impuissance.
Avec d’autres en France et en Europe, j’ai proposé aux jeunes que j’avais devant moi de s’inscrire dans une autre perspective : celle de la lucidité qui fait avancer, qui provoque le débat, aide à trouver des solutions. Oui l’Europe traverse des crises graves, peut-être fatales, mais revenir aux frontières nationales ou laisser s’éteindre le projet européen sous la forme d’un grand marché libéral seraient de profondes erreurs. Marqueterie d’Etats isolés ou idiot utile de la mondialisation libérale, comment l’Europe pèsera ou existera-t-elle alors dans la mondialisation face aux géants existants et en devenir ? Mais cette Europe nouvelle a un prix, un prix politique, social, démocratique que nous devons maintenant discuter et trancher.

Être lucide sur l’Europe c’est se donner les moyens de la transformer

Sur le terrain économique j’ai ainsi répondu aux interrogations des élèves et étudiants sur la sortie de la crise pour un continent qui n’arrive pas à rebondir. Contrairement aux veilles recettes libérales, les Etats européens doivent amorcer des politiques en faveur de l’investissement qui se devrait se focaliser sur les PME-PMI, outil de création et de valorisation de ses savoir-faire mais aussi base d’une relance de l’emploi. Cette relance est aussi liée à celle de la consommation et donc des salaires en refusant la logique prédatrice de la course à la compétitivité qui ne cache qu’un abaissement des coûts salariaux au profit de grands groupes et de leurs actionnaires. L’Europe a un formidable destin devant elle si elle incarne de nouveaux modèles économiques comme celui de la transition écologique.
La frilosité européenne sur la définition de son modèle de développement rejaillit dans la question du TAFTA, sujet qui est aussi revenu lors des deux interventions. S’enlisant d’elle-même, cette négociation opaque traduit surtout l’angoisse des Européens de perdre le leadership face à une alliance américano-asiatique dans la construction des normes commerciales mondiales. Ce traité pose le problème d’une Europe qui ne peut se défaire car cette bataille ne pourra être menée par de petites nations isolées. Mais il soulève aussi la nécessité pour l’Europe de s’assumer comme puissance mondiale et donc de tracer clairement ses objectifs.
La même problématique se retrouve au niveau de la question des migrants : il ne peut y avoir de solutions nationales face à l’afflux de réfugiés et plus globalement de migrants dans un monde où cette dynamique ne va cesser de se renforcer. Face aux leurres des partis nationalistes et xénophobes qui prônent une Europe forteresse mythique, l’UE doit renforcer ses solidarités internes (à l’inverse de ce qu’elle fait actuellement avec la Grèce) mais aussi se doter d’outils stratégiques qui lui permettent enfin de peser sur le destin du monde.
L’illusion d’une Europe « grande Suisse » dans un monde où règne la paix du commerce nous a privés là aussi d’une réflexion sur la mise en place d’instruments de souveraineté que sont une réelle diplomatie et surtout une Défense communes. Discuter avec la Russie, les Etats-Unis ou la Chine sans ces instruments revient à nous affaiblir nous-mêmes. Ceux qui promettent plus de souveraineté dans les frontières de nos petits Etats nous promettent surtout un affaiblissement stratégique majeur, même pour la France qui s’essouffle à maintenir un outil de Défense digne de ce nom. Mais là aussi l’UE, et donc nos dirigeants nationaux, doivent prendre leurs responsabilités et faire ce saut qualitatif pour lequel de nombreux Français sont prêts.
Europe de la Défense mais aussi Europe de l’énergie : le défi est majeur mais il est porteur de deux grandes avancées. Bâtir une Europe de l’énergie est à la fois notre meilleur instrument de lutte contre le réchauffement climatique, objectif majeur du nouveau siècle, mais aussi un outil stratégique pour notre indépendance face à la Russie et au pétrole du Moyen-Orient.
Ces objectifs doivent maintenant constituer le cœur du projet européen et non un supplément d’âme que l’on renvoie toujours à après-demain.

Un nouveau pas pour l’Europe

J’étais donc très intéressé par la réaction des lycéens et des étudiants quand je leur évoquais l’idée de lancer une nouvelle étape de la construction européenne. Les nombreuses questions sur le Brexit ont lancé ce débat : perdre la Grande-Bretagne serait une tragédie mais les conditions du maintien posées par Cameron sont incompatibles avec l’évolution souhaitable du projet européen. Il faut donc éviter ce Brexit, peut-être laisser quelques victoires symboliques, mais même ces symboles seront lourds dans ce contexte où l’UE doit impérativement faire un saut qualitatif.
Ce Brexit, ou au moins le débat qu’il suscite, peut aussi être l’occasion de faire cet approfondissement à l’image de ce que propose le premier ministre italien Renzi . Le débat a été intéressant avec les élèves et encore plus avec les étudiants sur cette question car elle pose une rupture en proposant la mise en place d’une Europe avec deux cercles : un cercle de quelques pays qui acceptent l’approfondissement et un vaste cercle périphérique sous la forme d’un grand marché commun. Le cercle plus intégré ferait le pas vers une harmonisation sociale, fiscale par le haut tout en se dotant d’une réelle politique extérieure et d’une Défense commune. A ce premier diptyque s’ajoute obligatoirement celui d’un parlement de la zone euro dont le principal enjeu sera de lier notre monnaie et le budget commun à une politique de régulation et de redistribution à l’échelle des Etats membres. La condition première de ce noyau fédéral reste le contrôle démocratique : chacune de ces négociations doit se faire en transparence avec les Parlements nationaux et le Parlement européen. Ce processus d’intégration renforcée aura enfin comme objectif de bâtir des institutions communes beaucoup plus démocratiques, condition obligatoire de cet approfondissement.
Nous avons les instruments pour avancer, des opinons publiques prêtes à avoir le débat à l’image des lycées et des étudiants que j’ai eu le plaisir de rencontrer. Avançons !

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1 Comments

  1. Bonjour Guillaume,

    Vous remerciant de votre engagement en faveur de la Jeunesse .

    Que pensez vous du Dialogue Structuré qui dynamise l’Action publique et européenne en faveur de la Jeunesse ?
    http://www.provox-jeunesse.fr/
    Pourquoi les pouvoirs publics en France ne s’en saisissent pas comme levier avec la Jeunesse ?
    Vous remerciant pour votre retour
    Rébecca

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