Projet de loi El-Khomri : inefficace économiquement, catastrophique socialement, absurde politiquement

Dans un contexte d’investissements privés encore faibles, en lieu et place d’une relance des investissements publics et écologiques capables de réveiller l’économie, de construire un avantage concurrentiel, le gouvernement s’acharne à faciliter les règles du licenciement, à baisser les durées minimales de repos, à obliger les salariés à travailler plus avec des compensations minimales.

Il ne sert à rien de se référer sans cesse à l’Allemagne si l’on n’intègre pas que les réels atouts de son économie tiennent avant tout à l’impulsion de ses Länder, à l’innovation des petites et moyennes entreprises et à une culture de l’apprentissage plutôt qu’à un modèle social au rabais et à une pression sur les salaires. Le gouvernement de Manuel Valls fait le choix de singer le pire du gouvernement Schröder, sans appliquer le meilleur du modèle rhénan. Dans ce schéma le salarié français est deux fois perdant.

Quand on n’a que le mot « entreprise » à la bouche toute la journée, le bon sens voudrait que l’on oriente les crédits d’impôts compétitivité emploi vers la transition énergétique et le choix de la qualité, en exigeant des contreparties en terme d’emploi et d’apprentissage. Écouter les entreprises, notamment les plus petites, ce serait aussi admettre que le « compte-pénibilité » s’est révélé d’une complexité décourageante sur le terrain et qu’il faudrait le rendre praticable.

Au lieu de cela, le gouvernement est piégé par son indépassable péché originel : son chèque en blanc aux grandes entreprises (CICE) sans autre contrepartie que le port insultant d’un « pin’s » par le Président du Medef, s’engageant à créer 1 million d’emplois. Rien n’y a fait, la confiance n’est pas revenue, les investissements stagnent, l’argent public s’est transformé en dividendes. A l’inverse, là encore, du ratio allemand investissements / dividendes.

Quand les témoignages s’accumulent sur la pression mentale subie par le salariat en période de crise et se pose de manière criante la question de la reconnaissance du burn-out, l’exécutif propose dans certaines situations d’augmenter la durée maximale du travail au-delà de 10h, et de réduire la durée minimale de repos quotidien en dessous de 11h.

Quand l’OCDE juge qu’il est urgent de « soutenir collectivement la demande », quand « la relation entre l’emploi et les salaires est cassée, comme celle entre le coût du capital et l’investissement », le gouvernement propose d’ouvrir dans le même temps les vannes du licenciement dans un pays qui comptent entre 3,5 et 5 millions de chômeurs.

La véritable audace ne consiste pas à s’enferrer dans une impasse libérale, qui plus est en tentant de diviser plus que jamais son camp, mais bien plus à faire preuve de lucidité en saisissant la main tendue par Matteo Renzi sur la question européenne. La France doit pousser à un plan de relance de la demande à l’échelle européenne, au-delà du trop faible plan Juncker. Et pour cela, en dépit des promesses du Président de la République le 14 juillet 2015 qui n’ont abouti à rien, l’idée est de fédérer les forces constituant le bloc progressiste qui ont un projet, celui de constituer un leadership qui, plutôt que de s’impuissanter, inspire l’espoir.

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