Mon débat au #LundiDeGauche « Une primaire large de toute la gauche permet de recréer de la capacité démocratique »

Le PCF a mis en place depuis le début de l’année un cycle de débats et de discussions larges autour de la question notamment des primaires et de la Présidentielle. J’étais cette semaine invité à exprimer mon opinion à cette 3ème édition des lundis de gauche. Je souhaite par là-même remercier Pierre Laurent et le PCF d’avoir organisé ces moments d’échanges précieux qui montrent toute l’altérité mais également la complémentarité des opinions du camp progressiste.

Vous pouvez visionner l’intégralité de ce débat ci-dessous et retrouver mes interventions (à partir des 18ème et 62ème minutes) à la suite :

1ère intervention sur les primaires et sur la nécessité qu’elle soit le plus large possible à gauche et quasi sans exclusive

« Merci tout d’abord au PCF et à Pierre Laurent d’organiser ce type de débat récurrent dans un moment où on en a absolument besoin et où des espaces de discussion à gauche, il n’y en a pas tant que ça. Ils sont d’ailleurs à créer, on y reviendra, je crois que c’est absolument essentiel.

Si vous attendez que je défende la politique actuelle du gouvernement, je pourrai avoir ce courage mais comme ce sera à l’inverse de tout ce que je défends depuis trois ans, ce n’est pas ce que je vais faire. J’étais, avec mes amis, opposé à la non-renégociation du TSCG et tout commence là. A partir du moment où les marges de manœuvre ont été abandonnées et que le rapport de force n’a pas été engagé au niveau européen, vous pouviez de manière assez logique comprendre que les seules marges qui existaient encore allaient être micro-économiques et qu’on allait arriver vers l’ANI — que nous avons combattu à la gauche du PS — puis ensuite la réforme des retraites et enfin les choix de politique budgétaire qui ont été faits jusqu’ici. Et plus récemment les choix faits à la suite des attentats et en particulier celui de la déchéance de nationalité.

En fait, ce dont je veux témoigner d’abord et celui d’un pari raté. Le pari qu’on a eu nous, à la gauche du PS, ça a été celui de réorienter la politique du gouvernement. C’est-à-dire de croire qu’il y avait encore un lien entre le projet initialement défendu par le candidat Hollande au moment des élections et ce qui devait être accompli par la suite. Mais cela n’a pas été fait. Et si nous nous sommes trompés c’est peut-être que nous n’avons analysé, la gauche du PS, les Verts ou encore les communistes, ce qui se passait de manière trop superficielle. Ce ne sont là que des hypothèses mais je souhaiterais vous les livrer.

« La concentration et la capacité de mobilité du capital »

Je crois tout d’abord que la question de la concentration et la capacité de mobilité du capital sont devenus des éléments prégnants si on veut comprendre la dépossession des peuples et des politiques de leur propre pouvoir d’intervention. En tant que député européen, c’est ce à quoi je me confronte de manière quand même régulière.

Or cet accroissement de pouvoir par la création de monopoles privés au niveau mondial fait que la politique apparaît comme un théâtre et comme une illusion. Et les peuples déchirent l’illusion, déchirent le théâtre en redemandant de reprendre la main sur leur propre histoire. Il y a là un désir de souveraineté. Le problème, c’est que cela peut se faire par divers biais et il y en a de terribles : biais identitaires, biais nationalistes, biais paradoxalement anti-démocratiques, il y a toujours cette idée que vu que l’histoire nous dépossède, nous allons reprendre possession via d’abord la question de l’identité. C’est ça qui fait problème aujourd’hui pour la gauche en général.

Ce qui se passe c’est qu’il y a un processus d’imitation. Ce processus, il est double : c’est que les gouvernements démocratiques y compris de gauche modérée, regardent ce pouvoir immense du capital privé, de sa capacité de mobilité, font le constat qu’ils n’y peuvent rien et commencent à mettre en place les politiques que nous venons d’énumérer. Et d’autre part, comme il y a cette demande de spectaculaire du pouvoir, il y a cet autoritarisme qui vient. C’est vrai à l’extrême-droite, c’est vrai à droite. Mais on peut voir qu’il y a aussi cette tentation autoritaire chez nous, à la gauche. On peut d’ailleurs sur ce sujet se rappeler comment un courant néo-conservateur n’est pas né à droite mais bien à gauche.

« Il y a une tentation autoritaire à gauche. »

Face à ça, que peut-on faire ? On peut se sentir très pessimiste au départ en effet et je crois qu’il faut avoir ce pessimisme de la raison. C’est très important de ne pas se mentir. Si on se ment en disant qu’il n’y a pas de problème et qu’il suffirait d’avoir un bon candidat de gauche pour que tout aille bien, ce sera aussi une illusion absolue.

Il faut donc déterminer les forces que l’on peut mettre en face. Quel est le mouvement réel de l’histoire ? Qu’est-ce qui peut nous permettre réellement de construire quelque chose ? Et des forces, il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup en France tout d’abord parce qu’il y a dans le champ traditionnel des activités humaines que ce soit dans le champs associatif ou syndical, des forces qui résistent bien mieux qu’ailleurs. C’est quand même le cas encore même si elles sont mal en point, même si elles souffrent, même si elles sont en difficulté.

Deuxième point, il y a tout un nouveau champ d’investissements on le voit très bien des jeunes générations qui sont ambigus parce que parfois ça peut dériver vers un capitalisme très traditionnel mais qui peuvent aussi donner le meilleur comme l’économie sociale et solidaire ou tout champ d’actions et d’activités collaboratives. Tout cela n’a pas son reflet ou son incarnation politique. Le problème est qu’il faut au minimum quand même redonner la main aux citoyens pour qu’ils puissent la prendre au maximum. Mais nos institutions ne le permettent pas. Disons le franchement : on a la pire des constitutions en France où nous élisons quelqu’un qui fait absolument ce qu’il veut pendant cinq ans. Alors comment parler de démocratie aux gens puisque d’une certaine manière, il n’y a que l’élection présidentielle pour pouvoir l’exercer. Il n’y a alors pas de solution évidente : la primaire n’est pas une panacée et on en voit déjà les contradictions. Mais elle a un intérêt : elle refait bouger les lignes.

« La Primaire n’est pas une panacée mais elle a un intérêt : elle refait bouger les lignes »

C’est un appel venu d’intellectuels et de la société civile qui permet de renouer des liens et de poser les contradictions : peut-on accepter dans ces champs oui ou non qu’il y ait des gens qui incarnent les dérives que nous combattons ? Je pense qu’il faut avancer progressivement. Aujourd’hui au PS il y a eu un Congrès où 30% des gens ont voté pour une motion qui contestait ce qui se passait au niveau gouvernemental, qui pointait le fait que cela ne respectait pas nos engagements et qu’il fallait donc procéder autrement. Ça fait un tiers du PS. Condamner entièrement le PS est à mon avis une erreur politique majeure parce que l’on se prive aujourd’hui de tous ceux là. Tous ceux-là auxquels se sont rajoutés tous ceux qui ont été très troublés par la déchéance de nationalité. Et ça va bien au-delà de ces simples 30%.

Si on se dit tout de suite qu’aucun candidat issu du PS n’est acceptable, que le Président actuel n’a même pas à franchir les limites de la discussion politique, alors ce processus sera très vite minorisé. Très rapidement cela deviendra la Primaire de ceux qui veulent ni de Mélenchon ni de Hollande.

En revanche, si vous prenez les choses par un autre bout, celui de la discussion — soit, ce qui a fondamentalement manqué à ce quinquennat — cette capacité à recréer de la démocratie, du mouvement, de la capacité programmatique, la possibilité pour les citoyens de pouvoir produire et de faire converger des initiatives sur des éléments fondamentaux en termes démocratiques, alors on créera les conditions de pouvoir battre cette orientation.

« Beaucoup de gens à la droite du PS considère que nous avons peur de les affronter »

Faites attention car il y a beaucoup de gens à la droite du PS qui considèrent que nous avons peur de les affronter. Ils pensent qu’ils sont en haut dans les sondages et que donc nous n’aurons jamais le courage de les inclure dans un champs démocratique pour les battre. Ça je crois que c’est un sujet absolument fondamental pour nous car je crois tout à l’inverse. En 2005 j’ai voté non au Traité constitutionnel et on n’a cessé de m’expliquer que le traité allait passer comme une lettre à la poste. A partir du moment où le débat démocratique a pris, les choses se sont complètement renversées.

Il faut avoir un peu de confiance en nos propres moyens pour convaincre.

La primaire n’est pas le seul cadre mais je suis persuadé que si elle n’existe pas, ce serait alors un manque cruel. »

« La primaire n’est pas le seul cadre mais si elle n’existe pas, ce serait un manque cruel. »

Seconde intervention sur la situation catastrophique de l’Europe et la responsabilité de la France 

Deux anecdotes pour dire mon accord avec ton analyse : en tant que député européen j’ai créé avec d’autres une association des députés européens de gauche, le Left caucus. On a des gens de la gauche radicale, de la GUE, des gens des écologistes et on a des socialistes et d’ailleurs c‘est intéressant car ces socialistes ne sont pas forcément de l’aile gauche de la sociale démocratie. Grâce à ça je fréquente pas mal Syriza.

Je vais vous raconter une anecdote pour vous montrer à quel point c’est compliqué : un jour deux représentants de Syriza faisaient leur tournée à Bruxelles, car ils avaient pas mal de choses compliquées à régler, et il demande à me voir. Je vais les voir et la première chose que me dit l’émissaire de Tsipras c’est qu’il faut être plus gentil avec Hollande car il nous a aidé. Stupéfaction : je me fais réprimander car je suis trop méchant avec Hollande mais c’est surtout que la Grèce était tellement isolé que, même si Hollande n’avait pas fait énormément de choses, le peu auquel il pouvait s’accrocher à ce moment-là pour pouvoir dire qu’un leader les avait soutenu, était extrêmement important.

La situation de l’Europe est telle dans cet espace de délitement, où tout se renverse, où les plus pro européens d’hier sont devenus les acteurs même de la défaite du projet européen, que la reformulation d’un nouveau projet passe par la recherche de nouveaux alliés. C’est possible mais il va falloir avoir les idées larges. Ainsi Renzi, dont nous ne serions pas ou difficilement ses alliés en Italie, sur les questions européennes est un allié évident qui se bat sur des questions qui nous intéresse même pour des raisons internes. Tsipras s’est battu pour la coalition au Portugal et que la Gauche socialiste et communiste portugais puisse trouver un minimum d’accord politique. Aujourd’hui aux Pays-Bas le gouvernement de coalition est un des plus avancées sur les questions sociales et compte agir sur les questions de dumping, l’Irlande, la Belgique même s’il faut aller vite, l’Espagne maintenant ou dans les mois qui suivent. Ce qui manque c’est que la France agisse, que François Hollande étiqueté de gauche dans le cadre européen agisse et fasse une proposition politique. Le sujet est donc bien institutionnel. On peut s’agiter avec nos petits bras mais nous restons peu audibles dans nos structures. Regardons la différence : Merkel doit rendre des comptes face à son parti où elle est affaiblie sur la question des réfugiés tandis qu’ici on vote au Bureau National du Parti Socialiste des choses qui devraient contraindre le président et le gouvernement on en a rien à faire.

« En Europe, ce qui manque c’est que la France agisse. »

La primaire n’est qu’un des éléments qu’on doit envisager, pas la fétichiser car nous ferions une grande erreur face au nombre d’inconnus qui subsistent encore. Mais la base existe qui permettrait d’éclaircir entre les différentes sensibilités : c’est sur la question de la réforme démocratique du pays. Je suis prêt à travailler sur la réforme démocratique, de la déprésidentialisation, avec la certitude de changer les règles. Il faut l’inscrire comme une forme de préalable, pas pour exclure ou tiers mais la condition nécessaire de sa propre crédibilités : comment croire que ne va se reproduire ce qui c’est déjà produit. Aux autres de répondre : peut-on croire que l’on va changer les institutions quand on pratique à plein les institutions pour l’élection présidentielle ? Comment va-t-on dire qu’on va les changer quand on refuse tout cadre où ces institutions vont être ébranlées ? Comment remettre en cause la dépersonnalisation mais affirmer aussi qu’elle est pertinente pour telle ou telle et qu’on ne peut pas faire autrement ? C’est vrai pour Hollande, Valls mais ça l’est aussi, pour moi, pour Mélenchon. On ne peut pas attendre post 2017 : si Mélenchon, Hollande, Valls se présente à la présidentielle, qu’est-ce que ça va changer à la situation post 2017. La gauche échouera et celui qui sera en position de force, je ne suis pas que ce soit Mélenchon. Il y a une telle trouille, une telle défaite culturelle que ceux qui ramasseront la mise seront ceux qui auront un discours autoritaire notamment sur la question du rapport aux populations les plus fragiles. Je le vois dans l’électorat socialiste où même certains, notamment dans les classes moyennes, écoutent des voix de plus en plus dangereuses. Il faut tout de suite offrir un cadre radicalement contraire à cette évolution et qui soit un cadre d’expression citoyenne, permettant de croire qu’on peut renouer un contrat démocratique entre nous. Si c’est simplement par le biais de candidatures ex nihilo à la présidentielle, on alimentera ce qui nous dessert à Gauche de manière permanente. Il faut proposer large. Ce n’est donc pas qu’une primaire de désignation mais aussi de débat, de débat sur le fond. Il faudra laisser de la liberté de discussion entre candidats mais il faut aussi fixer un cadre global sur les analyses pour pouvoir les confronter. Nous n’avons pas beaucoup de temps. Il nous faut un rétro planning qui sera aussi un élément de pression et de tensions sur tout le champ politique : à tel moment on établira les principes que l’on veut porter, à tel autre on définira nos candidats, et à tel autre on organisera les conditions pratiques de cette primaire. Cela nécessite un engagement des citoyens mais aussi des organisations.

« La raison, c’est justement la sortie du libéralisme »

Un point qui m’apparait fondamental : est-ce que le libéralisme a gagné ? Notamment en terme idéologique. Vieille question parce que moi j’ai 43 ans, me suis engagé à 17ans dans les années 1990 et depuis ce temps on me dit que le libéralisme a gagné dans les têtes. Il y a un renversement à opérer : on renvoie l’idée qu’aujourd’hui contester le libéralisme économique est utopique et que le libéralisme est réaliste. Je crois que c’est l’inverse : si on est un peu rationnel par rapport à la crie écologique, la démographie, la question de la raréfaction des ressources, la question de la libre concurrence pour l’appropriation privée des moyens de productions est une absurdité car cela a détruit l’humanité. Nous devons opérer un renversement de paradigmes à faire pour démontrer que le hors marché, sans l’abolir, est la solution, à l’image de la réflexion actuelle sur les « communs. Je pense que il y a une voie à creuser pour démontrer de manière rationnelle qu’on peut renverser les choses.

Par exemple sur la question écolo il y a même des études universitaires pour monter que l’être humain ne peut pas être raisonnable face à la crise écologique. Il se plonge dans l’illusion que c’est grâce au progrès technologique que l’on passera à côté des problèmes. Macron dans les banlieues fait une promesse qui est une illusion : la protection collective c’est mort mais vous pourrez avoir un boulot. C’est comme dans le film le Cinquième Elément : le chauffeur de taxi on lui dit t’es viré mais tu auras un autre job, mais toujours aussi mal payé. C’est la promesse libérale qui est l’illusion à la fois idéologique et culturelle. Il faut qu’on arrive à renverser cela : la raison, c’est-à-dire la capacité à regarder le réel tel qu’il est et pas tel que nous le rêvons, c’est justement la sortie progressive du libéralisme.

Le paradoxe dans lequel nous sommes c’est que nous sommes dans la Cinquième République et que donc il faut parler des présidentielles et que donc il faut parler des primaires pour ouvrir de nouveaux schémas mais en même temps vous renforcez le problème dans lequel on est. Je reste sans solution directe face à ce paradoxe. Il n’y a que par contamination du processus des primaires lui-même qu’on peut commencer à faire changer les mentalités et que les exigences soient plus grandes, notamment en s’appuyant sur le rapport de force mené par le mouvement social. Nous avons souffert de l’impossibilité d’un mouvement social, pour pleins de raisons, un échec qui n’a pas obligé l’exécutif à bouger alors que l’on connait son rôle historique.

« Il faut décontaminer la Vème République pour permettre à la souveraineté populaire de se reconstruire. »

S’il y a pas de petit point de départ où on dit c’est possible aux gens, comment vous voulez que les salariés, chômeurs et précaires s’organisent. Si nous même militants nous ne disons pas « c’est possible » et que l’on s’organise. Comment dès lors redonner espoir à ceux qui dans leur tête se disent que l’aventure est fini, qui se replient sur leur sphère personnelle ou votent FN. Ce qui est essentiel c’est que par nos pratiques même on crée un modèle qui, par son exemple décontamine la Vème République de sa personnalisation pour permettre à la souveraineté populaire de se reconstruire. Si on fait nous-même comme les autres, on est sûr du résultat c’est que tout continuera comme cavant.

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