G.Balas « si on recrée de la confrontation programmatique, on crée les conditions pour faire battre les orientations du gouvernement » [L’Humanité]

Article paru sur l’Humanite.fr : http://www.humanite.fr/la-primaire-de-lalternative-se-precise-599337

La primaire de l’alternative se précise

JULIA HAMLAOUI, MERCREDI, 17 FÉVRIER, 2016, L’HUMANITÉ

La troisième séance des lundis de gauche s’est déroulée le 16 février, place du Colonel-Fabien. Sur notre photo, de gauche à droite, Florent Guéguen, Pierre Laurent, Pierre-Henri Gouyon, Dominique Méda et Guillaume Balas débattent.

La semaine écoulée n’a pas facilité la tâche. Mais aux Lundis de gauche, organisés par le PCF, des représentants des différentes forces concernées ont formulé leurs attentes. Le débat s’aiguise.

Une chose est sûre, le nombre des mécontents à gauche n’a fait que croître depuis le 6 mai 2012. Pourront-ils s’exprimer d’une même voix lors des prochaines échéances ? La question reste posée et les rendez-vous se succèdent pour préciser une démarche de rassemblement aux contours encore incertains. Tandis qu’au tournant, le risque est à la division : « Il faut arrêter avec cette histoire de primaire, je ne vois pas très bien comment elle pourrait aboutir puisque Mélenchon a décidé d’être candidat, que François Hollande s’y prépare avec les moyens que l’on sait… » a plaidé, hier, sur LCI, l’écologiste Noël Mamère, se disant partisan d’une candidature de Nicolas Hulot. Reste que nombreux sont encore ceux qui ne se résignent pas à la dispersion.

« Un Front populaire et citoyen de gauche est une urgence »

« Plus que jamais, une contre-offensive (à la politique et aux manœuvres gouvernementale – NDLR) est indispensable. L’irruption dans ce paysage d’un Front populaire et citoyen de gauche est une urgence », a martelé, lundi, Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF qui tenait dans la soirée une nouvelle cession de sa série de débats intitulée « Les lundis de gauche. Porte ouverte sur 2017 ». Invité à cette rencontre, le député européen de l’aile gauche du PS, Guillaume Balas, s’est inscrit dans la suite de tentatives des contestataires du PS de faire pencher la balance (même si l’eurodéputé reconnaît par ailleurs comme un « pari raté » la réorientation de la politique gouvernementale sur laquelle il avait misé) : « Si aucun candidat issu du PS n’est (considéré comme) acceptable et que le président de la République n’a pas à en faire partie, le processus (de primaire – NDLR) sera très vite minorisé. En revanche, si on recrée du débat et de la confrontation programmatique, on crée les conditions pour faire battre les orientations du gouvernement. À la droite du PS, beaucoup de gens considèrent que nous avons peur de les affronter et que nous n’aurons jamais le courage de les inclure dans un champ démocratique pour les battre. »

Un argument qui ne va pas sans soulever la contestation. Jean-Luc Mélenchon ne considère pas cette hypothèse comme valide (lire ci-contre). Et même parmi les partisans d’une primaire, elle n’emporte pas l’adhésion à tous les coups, loin s’en faut. « Si une primaire rassemblait tous ceux qui se disent à gauche, même ceux qui mènent une politique de droite, elle serait ratée d’avance », a lancé, sous la coupole de la place du Colonel-Fabien, le philosophe généticien Pierre-Henri Gouyon. Les frontières restent cependant mouvantes. « Si l’idée d’une primaire s’étend, prend, fait débat, devient un espace incontournable dans l’espace politique français et que François Hollande dit qu’il se présente sans s’y soumettre, alors cette initiative garde toute sa pertinence », confie Guillaume Balas à l’Humanité, à l’issue du débat.

Une ombre demeure au tableau dessiné par l’aile gauche du PS, Manuel Valls balaie la question d’un revers de main pour mieux miner le débat, estimant qu’il faut « assumer » l’existence de « positions irréconciliables à gauche » (lire encadré). Déjà, Jean-Christophe Cambadélis, feignant l’enthousiasme pour un processus figurant dans les statuts de son parti, avait trouvé dans une impossible cohabitation entre la ligne Hollande et ceux qui s’y opposent prétexte à rejeter sur d’autres la responsabilité de sa non-participation.

Le contenu de ce qui pourrait être une alternative reste à écrire

« François Hollande dans la primaire, ça n’existe pas. La question, c’est est-ce qu’un processus qui s’émancipe de ce chantage se construit et permet de mettre en dialogue tous ceux qui sont à la recherche d’un nouveau projet de gauche », en déduit le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, qui continue d’y inviter Jean-Luc Mélenchon. Si l’opposition aux politiques gouvernementales rassemble, le contenu de ce qui pourrait être une alternative de gauche reste à écrire, tout comme les modalités pour y parvenir. « Il faut emmener tous les partis de gauche que l’on peut dans cette aventure pour construire un programme de rupture qui lierait le candidat », a invité pour sa part, au siège du PCF lundi, la sociologue Dominique Méda, qui figure parmi les signataires du premier appel à une primaire. « Dans un premier temps, ce sont les axes d’un mandat qu’il faut essayer d’élaborer », a proposé, en retour, le secrétaire national du PCF. Socialiste, écologistes, communistes et appelants à la primaire doivent se retrouver demain matin.

« Irréconciliables à gauche » « Le problème n’est pas d’organiser une primaire qui irait de Mélenchon à Macron. Parfois, il y a des positions irréconciliables à gauche et il faut l’assumer », a lancé Manuel Valls, lors d’un meeting en Essonne pour mieux rallier à lui, quitte à les caricaturer à outrance, tous ceux qui s’opposent à sa politique : « Moi, je ne peux pas gouverner avec ceux qui considèrent que François Hollande, c’est pire que Nicolas Sarkozy, ou que Manuel Valls, c’est pire que Jean-Marie Le Pen. (…) Je ne peux pas gouverner avec ceux qui vont à des meetings avec (l’islamologue suisse) Tariq Ramadan, c’est-à-dire aux antipodes de ce que nous sommes. »

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