« C’est quoi l’Europe ? » Rencontre avec les élèves du lycée professionnel Marcel Cachin (Saint-Ouen)

Vendredi 5 février je me suis rendu dans ce vaste lycée professionnel de Seine St Denis qui regroupe plus de 1000 élèves. J’étais invité par un enseignant d’Histoire-Géographie, Henri Le Lorrain, à venir débattre avec une classe de Terminale Bac Pro Accompagnements Soins et Services à la Personne dont les élèves travailleront ensuite dans nos maisons de retraite, crèches et écoles.

Après la présentation de mon parcours et de mon mandat nous avons pu prendre le temps d’un échange avec des élèves motivées (au féminin car la classe est exclusivement féminine) qui ont posé de nombreuses questions sur l’exercice de ma fonction et sur les problématiques européennes. Je les retrouverai, avec les élèves du lycée d’Epinay (voir article ci-contre), en avril au Parlement européen de Bruxelles.

Concernant mon mandat j’ai été interrogé sur ma formation, mon emploi du temps, mon « salaire », mes projets professionnels pour la suite. Comme souvent les élèves sont curieux de connaitre le sens de cet engagement politique mais aussi ses aspects matériels pour cette fonction dont on cerne souvent mal les contours. En décrivant ma façon de vivre, mon attachement à mon métier d’enseignant, la gestion parfois complexe de la vie familiale, j’ai surtout essayé de leur démontrer que la politique est certes exigeante au moins en terme de temps mais qu’elle est aussi leur affaire. La politique c’est eux, c’est vous et non pas l’affaire d’une caste qui ne vivrait que par ou pour la politique. C’est un engagement fort mais qui n’occupe qu’un temps de la vie et d’une vie « normale ». Sur la question des ambitions je leur ai d’ailleurs répondu qu’avec le système actuel de la présidentielle, cette idée d’équilibre et d’ouverture de la fonction à des profils différents était impossible en l’état. Nous devons faire sauter le verrou institutionnel, qui n’est pas une question annexe, pour recréer le lien entre citoyens et institutions politiques.

La plupart des questions ont porté sur le fond de mon mandat européen et du sens que je peux lui donner. Les interventions des élèves étaient marquées par une profonde interrogation sur la définition même de l’Europe et de ses frontières. Face aux populistes européens qui renvoient l’Europe et le projet de l’UE à une affaire de racines culturelles, j’ai rappelé que notre identité européenne se définissait par l’adhésion à des valeurs communes, celles du respect des libertés individuelles et de la démocratie. Les élèves ont alors entamé un débat en s’interrogeant sur le cas de plusieurs pays européens qui s’éloignent de ces valeurs à l’instar de la Hongrie et de la Pologne. Certes ces pays sont sous la menace de sanctions mais ils bénéficient d’une mansuétude de la part des populistes (nombreux) et d’une partie de la droite. Cette forte présence de l’extrême-droite et de sa néfaste influence a été aussi au cœur de notre discussion sur la « crise des migrants », les élèves comprenant mal le manque de solidarité européenne.

J’ai retrouvé dans ce lycée des citoyennes conscientes qu’ériger de murs et des barrières étaient de fausses solutions, des leurres et qu’il nous fallait organiser ces flux en créant des gardes-frontières européens mais surtout, en mettant en place un accueil digne et structuré des migrants, et une politique commune pour les intégrer à nos populations. L’Europe est là aussi l’échelon pertinent. L’exemple désastreux de Calais nous montre que la gestion entre les seuls Etats aboutit à des catastrophes humanitaires, sociales et sanitaires.

Même sur ce qui semble être des « détails », l’Europe permet de mieux prendre en compte les intérêts des citoyens à l’image du vote récent sur les taux de sucre pour les aliments pour bébé qui avait interpelé ces élèves dont une partie se destine à travailler avec des enfants. En s’opposant à la Commission qui voulait monter le plafond autorisé du taux de sucre dans ces aliments, le Parlement a démontré son rôle protecteur. J’ai aussi rappelé aux élèves le combat que l’on menait pour limiter les perturbateurs endocriniens qui envahissent notre vie quotidienne et peuvent causer d’importants dégâts sur notre santé. Mais l’Europe c’est aussi de cuisants échecs comme celui que nous avons subi sur la traçabilité des produits miniers où les intérêts des multinationales…européennes ont pour l’instant triomphé de la lutte contre l’exploitation humaine.

Interrogé sur le fait que je me revendique comme quelqu’un qui « ne soit pas eurobéat », j’ai donc pu rappeler que l’Europe n’était pas pour moi une religion, un bien en soi mais un cadre politique, imparfait comme toute institution humaine, un outil qui nécessite du débat et du rapport de force. C’est cette réalité que je constate dans mon mandat et que j’essaye de faire percevoir aux citoyens pour qu’il se saisisse de cette institution. Ce n’est pas une question de faire la morale que de rappeler à ces jeunes citoyens (et aux autres) que voter est un droit fondamental qu’il faut exercer. Le Parlement européen est un de ces lieux de pouvoir qu’il faut investir sans laisser aux autres, et notamment aux populistes, la maîtrise de nos destins. Mais c’est aussi à nous les politiques de le dire et surtout de le démontrer en ne tournant pas le dos à nos responsabilités et en allant débattre avec nos concitoyens. Donc merci à ces enseignants et à ces élèves qui m’ont reçu et qui nous montrent tous les jours que l’avenir est entre leurs mains.

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