L’offensive populiste en Europe

L’Europe, ce « vieux continent » qui se remet à peine de deux guerres mondiales, se trouve confronté aujourd’hui au retour en force des idéaux nationalistes et xénophobes auxquels la France n’est pas insensible elle aussi. Mais la triste nouveauté est la contamination voire le basculement des droites européennes vers un conservatisme et un autoritarisme qui fait basculer des Etats entiers dans ces pratiques et idéologies incompatibles avec le respect des valeurs démocratiques.

L’arrivée au pouvoir en octobre dernier en Pologne et la rapide dérive autoritaire du parti Droit et justice (PiS) traduit ce basculement à la suite de la Hongrie de Victor Orban. Certes réprimandé, il a néanmoins installé l’idée que l’on pouvait s’émanciper de certaines règles fondamentales de l’Etat de droit tout en restant au sein de l’UE. Le Parlement qui s’en était inquiété, se tourne maintenant vers la Pologne dont les réformes récentes et controversées de la Cour constitutionnelle et des médias publics ont fait l’objet d’un débat durant la dernière plénière. Mais cette diffusion du discours populiste et conservateur, même parmi les gauches européennes, marque aussi les évolutions récentes des débats et législations sur la question des migrants.

Un des exemples les plus marquants est le projet de loi sur la réforme du droit d’asile qui a été adopté au Parlement danois mardi 26 janvier. Celui-ci contient des dispositions qui auront des conséquences graves pour les demandeurs d’asile : période d’attente de trois ans pour la réunification familiale pour les bénéficiaires de la protection temporaire, durcissement des critères pour obtenir un permis de résidence permanent, spoliation légale de l’argent et objets de valeur, sans « valeur sentimentale », au-delà du seuil de 1340 euros… Dans quelle mesure, les autorités compétentes seront en mesure de juger si tout objet en dehors d’une alliance par exemple n’a pas une valeur sentimentale ? Une mesure qui viole la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’humanité la plus élémentaire.
Dans un contexte tendu après les agressions intervenues à Cologne pendant la nuit du nouvel an, il est extrêmement préoccupant de voir que des lois fédérales similaires à celle adoptée au Danemark deviennent des modèles pour d’autres Etats européens.

Démonstration supplémentaire de l’égoïsme de gouvernements conservateurs et de l’absence de volonté politique en Europe sur les enjeux majeurs du moment, la Grèce pourrait se voir exclue de la zone Schengen pour une durée de deux ans. Les pays qui soutiennent cette proposition sont, par ailleurs, ceux qui adoptent les politiques migratoires les plus répressives, ceux qui sont le plus opposés au dispositif européen de relocalisation des demandeurs d’asile. Il s’agit notamment de l’Autriche, de la Slovénie ou de la Hongrie. Gardes-frontières disposés à la frontière macédonienne, renvoi des demandeurs d’asiles en Grèce ou en Turquie : les « solutions » proposées à la crise migratoire sont honteuses.

Le processus en marche à l’Est de l’Europe est certainement préoccupant et, pour cette raison, le débat au Parlement avec la Première ministre polonaise était une bonne chose. Il est cependant frappant de constater l’asymétrie entre le traitement accordé aux pays qui ne respectent pas les règles fondamentales de l’État de droit et le traitement infligé à des pays qui ne respectent pas les règles économiques et budgétaires posées par l’Union européenne. Ce différentiel de traitement montre bien les priorités des dirigeants européens. Une Europe amnésique, hypocrite qui fait de la Grèce la source du « problème migratoire » l’appelant à agir seule après lui avoir ôté tous moyens de pouvoir le faire.

La question qu’il faut poser maintenant, c’est donc celle du contrat fondamental: il s’agit de dire que certaines valeurs au cœur du projet européen ne peuvent être négociées. La question du fonctionnement de l’UE doit également être abordée : il ne s’agit pas seulement de donner des critères subjectifs, il faut s’assurer que l’Europe ait la légitimité politique de prendre et faire appliquer des décisions conformes au projet qu’elle s’est donnée.

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