Guillaume Balas (PS) : « J’appelle les députés à bloquer la révision constitutionnelle »

Interview parue dans le journal l’Opinion : http://www.lopinion.fr/edition/politique/guillaume-balas-ps-j-appelle-deputes-a-bloquer-revision-93631

Guillaume Balas (PS) : « J’appelle les députés à bloquer la révision constitutionnelle »

Interview réalisée par Nathalie Segaunes

Guillaume Balas, député européen, membre du courant « Un monde d’avance » du Parti socialiste, demande à ses camarades mais aussi aux élus de droite « sensibles à la question républicaine » de voter contre l’extension de la déchéance de nationalité

L’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France, en cas d’acte de terrorisme, que François Holande compte inscrire dans la Constitution, passe décidément mal à gauche. « Si la France est “en péril de paix”, alors ne la divisons pas davantage ! », a tweeté son propre ancien premier ministre, Jean-Marc Ayrault, dimanche, rejoignant la liste des opposants socialistes au projet, dont Martine Aubry. Proche de Benoît Hamon, le député européen Guillaume Balas voit dans cette mesure un « acte antirépublicain ».

Pour quelle raison êtes-vous opposé à l’extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux, en cas d’actes de terrorisme ?

On est dans une réforme de la Constitution. La Constitution, c’est ce qui organise les pouvoirs publics et qui indique les valeurs fondamentales. Aujourd’hui, la Constitution prévoit l’égalité entre les citoyens français, quelles que soient leur origine et la manière dont ils ont acquis la nationalité. C’est même ce qui fonde la nature de la nation française depuis 1789, et ce qui la différencie de l’inégalité des droits qui existait sous la monarchie. Le fait d’inscrire dans la Constitution que certains Français, les binationaux, peuvent perdre la nationalité française, induirait une inégalité entre les citoyens français, qui serait inscrite dans la Constitution. Et cela, c’est radicalement nouveau et totalement opposé à la conception de la République depuis la Révolution.

Il y aurait une rupture de l’égalité entre Français, donc ce ne serait pas constitutionnel ?

Je ne suis pas juriste mais je pense que c’est en contradiction avec les articles de la Constitution qui assurent l’égalité entre les citoyens français et avec la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, qui ne fonde les inégalités potentielles que sur l’utilité commune. Ce serait complètement différent s’il s’agissait d’une loi. On aurait pu être contre mais cela n’a pas du tout la même valeur de l’inscrire dans le pacte fondamental qui unit les citoyens.

À partir du moment où une majorité des trois cinquièmes du Parlement décide d’inscrire cette disposition dans la Constitution, elle devient constitutionnelle ?

Bien sûr. Je ne veux pas rappeler des souvenirs douloureux, mais vous avez eu des majorités au Parlement pour donner les pleins pouvoirs à Pétain, pour donner des pouvoirs d’exception à Guy Mollet pendant la guerre d’Algérie… Ce n’est pas parce qu’une assemblée décide quelque chose à un moment, qu’en termes de valeurs politiques, nous devons l’accepter.

Comment expliquez-vous que la gauche se soit peu mobilisée depuis l’annonce de ce projet par François Hollande devant le Congrès, le 16 novembre ?

Mon ami Pascal Cherki, Benoît Hamon ou Patrick Weil se sont battus. Qu’ils soient peu relayés, c’est autre chose…

Et ils n’ont pas été entendus par le gouvernement, qui a adopté cette mesure mercredi en Conseil des ministres ?

Plus exactement, ils n’ont pas été entendus par le Président de la République qui a beaucoup hésité et qui a décidé, au dernier moment, comme il le sait le faire, de choisir cette option-là.

Que demandez-vous aujourd’hui ?

Il faut qu’il y ait un nombre de députés suffisant pour bloquer cette réforme constitutionnelle. Donc j’appelle les députés de gauche, mais aussi un certain nombre de députés de droite qui sont sensibles à la question républicaine, à voter contre. Il est tragique et ironique de constater que ceux qui ont agité la République ces derniers temps se retrouvent aujourd’hui dans le camp des plus antirépublicains. D’ailleurs, le signe le plus manifeste, c’est que le Front national a applaudi à tout rompre cette décision. Je suis stupéfait d’ailleurs que cela ne gêne personne.

Il faut s’interroger sur le symbole. Que traduit-il ? La volonté de montrer aux Français qu’on est ferme par rapport aux terroristes, quitte à sacrifier tout un pan de la réflexion, un peu plus approfondi que les émotions qui agitent l’opinion

Pour vous, François Hollande n’est pas un républicain ?

En tout cas, cet acte est antirépublicain.

La lutte contre le terrorisme ne justifie-t-elle pas cette disposition ?

Le Premier ministre lui-même a dit que cela n’avait aucune efficacité dans la lutte contre le terrorisme et que c’était une mesure purement symbolique. Donc si c’est purement symbolique, il faut s’interroger sur le symbole. Que traduit-il ? Simplement la volonté de montrer aux Français qu’on est ferme par rapport aux terroristes, quitte à sacrifier tout un pan de la réflexion, un peu plus approfondi que les émotions primaires qui aujourd’hui agitent l’opinion – et c’est bien normal. On n’attend pas cela de gens de gauche.

La mesure semble approuvée massivement par les Français…

Si aujourd’hui François Hollande proposait aux Français le rétablissement de la peine de mort, je pense qu’il y aurait exactement le même engouement.

Vous demandez au PS d’appeler à voter contre la révision constitutionnelle ?

Je pense en effet qu’il va falloir que le Parti socialiste sache maintenant quelle est sa nature profonde. Est-on est oui ou non attaché à nos racines républicaines ? Je suis positivement étonné du nombre de réactions de gens qui ne sont pas membres de l’aile gauche du PS et qui disent qu’aujourd’hui, on va beaucoup trop loin.

Vous ne pensiez pas que François Hollande assumerait cette décision ?

Je pensais que c’était une petite manœuvre déplorable et qu’elle avait été jetée à la poubelle. J’ai été estomaqué de voir qu’elle était maintenue.

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