Le rapport Martin : une initiative salutaire pour l’industrie européenne

L’Europe a fait le choix de contribuer à la lutte mondiale contre la pollution et une partie de son industrie s’est mise en conformité avec cet objectif. Mais cette politique d’avenir se heurte à une concurrence extra-européenne qui s’affranchit de cette priorité et appuie son avantage compétitif sur sa capacité…à polluer. Dès lors la régulation des échanges ne peut plus se contenter de levées de barrières tarifaires comme unique horizon garantissant une concurrence soi-disant non faussée. La globalisation sans règle ne correspond plus au mythe de la destruction-créatrice: le laisser-faire détruit l’industrie européenne et n’est créateur au final que de plus de radicalité. Ce constat est largement partagé; c’est pourquoi mon collègue Edouard Martin propose des mesures concrètes pour changer cet état de fait.

Sa principale proposition consiste en effet à la mise en place d’un ajustement CO2 aux frontières de l’Europe sur les importations des métaux de base (acier, cuivre, zinc, aluminium) : les produits de l’industrie extra-européenne des métaux lourds verront ainsi leur prix automatiquement ajustés s’ils sont importés en Europe. Nous appliquerons ainsi les mêmes règles du jeu en faveur de la lutte contre la pollution et nous éviterons un dumping sauvage qui détruit les emplois. Si la Chine produit à moindre coût tout en polluant plus, alors nous ne devons pas être deux fois perdants, une fois socialement, une fois écologiquement.

Le libre-échange sans régulation conduit la planète et nos travailleurs au désastre. Nous devons entamer un autre chemin, celui d’une souveraineté industrielle européenne à l’image de nos autres partenaires, notamment les Américains ou les Chinois eux-mêmes.
Alors certains vont s’agiter pour défendre leur avantage concurrentiel national contre un ajustement européen, s’émouvoir des mesures de rétorsion éventuelle que prendrait les autres pays, notamment la Chine qui subventionne son industrie avec de l’argent public et contrôle ses importations. Ce sont souvent les mêmes qui expliquent que le traité transatlantique est une aubaine censée lever les obstacles au libre-commerce tout en augmentant la protection des consommateurs. Le triste épisode du scandale Volkswagen vient à l’inverse nous rappeler que les normes environnementales ne sont souvent qu’une une variable d’ajustement permettant de garantir des bénéfices dans le dos des citoyens et des travailleurs.

Nos concitoyens n’en peuvent plus de la globalisation heureuse et naïve que leur sert les libéraux au pouvoir à la Commission Européenne. Les parangons de cette mondialisation dépourvue de règles qui n’a pour unique mot d’ordre que la libéralisation des échanges sans jamais lutter contre l’optimisation fiscale des multinationales, celle qui ne défend pas les travailleurs contre le dumping social, celle qui ne défend pas l’industrie contre le dumping environnemental.

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