« Pour lutter contre le chômage, il faut mettre fin à la course que se livrent le travail et le capital » [France Bleu]

J’étais l’invité ce dimanche de l’émission « Toute l’Europe » sur France Bleu autour de la question « Quelles politiques en Europe pour lutter contre le chômage ? ».

Sur les réformes entreprises pour lutter contre le chômage

« On est tous en train de partager le travail. On partage le travail dans certains pays par la précarité. Je fais la référence à l’ultra-flexibilité des contrats de travail comme les contrats courts, les contrats zéro heure en Grande-Bretagne par exemple. Et chez nous, nous avons choisi un partage de travail qui se fait entre chômage et précarité notamment pour les nouveaux accédants. Donc le vrai problème aujourd’hui, c’est de répondre à cette situation. Or, il y a un problème économique global : c’est l’insuffisance de la demande mondiale. Il y a donc une stagnation économique depuis plusieurs années corrélée à une robotisation de l’économie qui va détruire massivement des emplois.

Les réformes entreprises ne répondent pas à cette situation. Ce qu’il faut, c’est se poser la bonne question à savoir : comment on fait pour reconstituer un peu de croissance pour recréer de l’emploi. »

« (…) Le problème, c’est la course qu’est en train de se livrer le capital et le travail. Le capital est parfaitement mobile aujourd’hui, le travail ne peut pas l’être. Il y a pourtant cette espèce de fantasme libéral qui consiste à penser qu’on peut rendre les individus aussi fluides que les marchés. Tant qu’il n’y aura pas de maîtrise des flux financiers, une capacité du politique à reprendre la main sur l’allocation du capital mondial, il sera difficile de mettre fin au chômage. Nous sommes au début de la robotisation, au début de bouleversement entre le lien entre le salarié et son patron notamment via l’uberisation du travail et les formes du travail sont en train de changer. Il ne s’agit donc pas de s’y adapter en réduisant les droits des salariés mais de lutter contre le chômage en faisant en sorte que le politique reprenne la main sur l’économie ».

Sur la situation de la Grèce

« Tsipras est le meilleur premier ministre que pouvait avoir la Grèce aujourd’hui, malgré toutes les épreuves qu’il a dû surmonter. Est-ce que cela suffira à la Grèce d’avoir Tsipras à sa tête ? Sûrement pas. C’est bien une question européenne qui est posée.

Je suis frappée de voir que les débats initiés par la Commission européenne se focalise sur un sujet : il faut accroître la mobilité des travailleurs. Selon elle, la réponse au chômage, c’est la mobilité. Mais on ne rattrape jamais la mobilité du capital en accentuant la mobilité des travailleurs sans réfléchir aux normes sociales qui permettent à ces travailleurs de ne pas se faire exploiter et surtout qu’il n’y ait pas de dumping social. Dumping social qui affaiblit la croissance. »

Sur le dumping social

« Le dumping social détruit de l’emploi dans des pays comme la France. Le risque à poursuivre ce type de politique c’est que tout simplement, les salariés européens se disent que l’Europe n’est pas une protection mais au contraire, un cheval de Troie de la concurrence du tous contre tous. Cela ne peut que faire le beurre des partis populistes anti-européens. »

Sur les règles budgétaires de la zone euro

« Aujourd’hui, on se rend compte que le grand rêve de Mme Merkel — penser que l’Europe est une grande cour de discipline budgétaire — ne marche pas. Parce qu’il y a la géopolitique et je prends là l’exemple de la France dont l’armée est la seule qui fait de l’intervention extérieure. Et cela se paye. Ça demande une indulgence de la part de la Commission européenne et de nos partenaires. Qui peut penser aujourd’hui qu’il faut continuer à resserrer la politique budgétaire dans les pays périphériques de l’Union pour réussir à rentrer dans des clous qui sont simplement des textes de papier alors que l’on connaît la souffrance de ces populations ? Tout cela est économiquement absurde. Depuis que nous serrons la vis, nous voyons une croissance complètement atone. Il aurait fallu faire toute autre chose et avoir une politique budgétaire beaucoup plus dynamique après 2008 pour relancer la croissance et permettre les réformes nécessaires. On a fait tout l’inverse et on se retrouve dans une nasse. Comme on ne peut plus respecter les règles qui ont été établies, on maquille le fait qu’on ne les respecte pas vraiment. »

Sur le plan d’investissement Juncker

« Le plan Juncker part d’une idée qui va dans la bonne direction. Mais une fois cela dit, il n’y a que des problèmes. La question c’est l’orientation des financements. Dans le plan Juncker, il y a une collection de projets qui existaient déjà. Il y a aussi un manque de réflexion sur la territorialisation de ces plans. Si c’est pour refinancer des plans d’investissement dans les pays qui vont bien, on ne va pas régler les problèmes de la périphérie.

Sur la démocratie en Europe

« Nous avons une zone euro où il y a une monnaie unique qui pose des règles sans que celles-ci soient contrebalancées par une puissance publique européenne qui en maîtrise les effets négatifs de la monnaie unique.

Si on veut la réussite du projet européen, il faut passer un cap et avoir cet outil public d’investissement, voire même un gouvernement de la zone euro et cela demande que ce soit démocratique. Ras-le-bol des gens qui décident sans que même les parlementaires européens ne puissent rien faire Ras-le-bol que ce soit le big business qui influe tellement sur les décisions que nous sommes en incapacité de poser des règles ne serait-ce que sur l’émission du CO2 par exemple. Il y a un vrai problème démocratique en Europe et c’est l’urgence qu’il nous faut résoudre. »

Sur l’idée du SMIC Jeunesse des anglais

« Cela ne répondra pas au vrai problème. Les jeunes sont dans un rapport de force défavorable, ne serait-ce qu’en termes démographiques. On va alors leur inventer des mesurettes spécifiques comme le SMIC Jeune. Mais le résultat, c’est que la précarité continue à augmenter dans la jeunesse. Mais attention, la jeunesse réagit, cf Corbyn, Bernie Sanders, etc. On voit que cette jeunesse qui s’est prise de plein fouet la crise de 2008 en a ras-le-bol et commence à comprendre qu’on les prend pour des pigeons dans cette affaire ».

Sur les chômeurs

« On essaie de nous faire croire qu’il y aurait eu une explosion de la paresse. C’est une escroquerie intellectuelle. Quand vous rencontrez des gens sans emploi, vous ne pouvez que voir leur désarroi. Ils sont malheureux, cherchent à trouver un emploi, n’y parviennent pas, galèrent à trouver un logement, etc. J’en ai ras-le-bol d’entendre cet argument qui dit que c’est la faute des chômeurs s’ils n’ont pas de travail. Non, c’est la faute de la société, des sociétés européennes et il y a des réponses politiques à apporter à cela. »

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