Débat à la Maison de l’Europe de Paris sur les questions migratoires

J’ai participé, à l’invitation de la Maison de l’Europe à Paris, à un débat organisé le jeudi 24 septembre sur la question migratoire en Europe. Le débat était animé par le journaliste Alberto TOSCANO et confrontait les eurodéputés Philippe JUVIN (PPE) et Marie-Christine VERGIAT (GUE) et moi-même.

Face aux fantasmes, à la démagogie ambiante sur le sujet je me suis permis de rappeler quelques faits et enjeux. Le premier est que la question migratoire démontre, à l’inverse des discours nationalistes, qu’on a besoin de l’échelle européenne pour aborder les problématiques majeures. C’est l’échelle pertinente pour agir concrètement sur des questions qui dépassent largement les seuls Etats. Deuxième enjeu : les migrations ne sont pas un phénomène conjoncturel – même si la problématique syrienne renforce son actualité – mais un fait structurel du XXIe siècle dans un monde marqué notamment par la poursuite de la transition démographique sur certains continents. Affirmer aujourd’hui que nous n’avons affaire qu’à une vague, qu’il suffirait de « résister » en construisant des murs « en attendant que ça passe » ne permettra pas d’apporter une réponse pérenne et à la hauteur des enjeux. Ce ne sont pas des murs qu’il nous faut construire mais bien une politique migratoire commune.

Ceux qui agitent les frontières nationales comme rempart ou veulent faire de l’Europe une forteresse mentent aux peuples Européens tout en stigmatisant les migrants désignés comme ennemis d’une supposé civilisation blanche chrétienne qui serait l’essence de notre continent. C’est sur ce point que j’ai souhaité aussi réagir : à l’image d’Orban, dont la présence même dans leurs rangs devraient poser question à mes collègues du PPE, ou de représentants sociaux-démocrates, certains responsables politiques oublient que l’Europe se fait dans les deux sens. On ne peut pas profiter de l’ouverture des marchés en Europe, développer son économie et ses infrastructures avec l’appui des fonds structurels européens en s’affranchissant de l’UE quand elle réclame à son tour des mécanismes communs comme les quotas de migrants. Il y de réels débats et discussions à avoir sur les moyens mis en place dans les différents Etats pour recevoir les migrants, notamment dans des pays qui restent encore fragiles. Mais il ne peut être question de débattre sur des critères « ethnico-religieux ».  Il faut saluer ainsi la Pologne qui a fait un pas en avant pour s’éloigner de ces thématiques nauséabondes. Mais il n’y a pas que les pays de l’Est de l’Europe qui restent très frileux face à ces flux de migrants, cette question se pose aussi en France où le climat de défiance est assez fort. Là aussi il faut avoir conscience de l’effort que l’on demande une nouvelle fois à des populations fragilisés par la crise et qui se retrouveront en première ligne dans l’accueil des migrants. Elles s’investissent déjà fortement et démontrent leur solidarité mais il serait temps aussi de faire partager, dans les faits, cet accueil sur l’ensemble du territoire.

Quelles solutions ou perspectives ? Je l’ai déjà dit : il faut d’abord construire une politique migratoire commune en continuant à renforcer Frontex, en travaillant concrètement sur la question des « hot spot » et en remettant à plat la Convention de Dublin. Elle met en place un système dans lequel c’est le pays d’arrivée qui doit gérer l’accueil des migrants, situation de plus en plus ingérable pour les pays qui voient arriver les flux croissants. Avoir une politique commune sur les migrations réclame rapidement un débat sur ce système. Il faut donc être interventionniste : je ne crois pas à la circulation libre et absolue du capitalisme et, d’une manière cohérente, je reste persuadé qu’il nous faut de l’organisation et de la régulation au niveau des flux de population qu’il faut accueillir avec des critères légaux clarifiés et discutés à l’échelle européenne. Mais il ne peut y avoir de solutions pérennes sans un autre degré d’intervention, celui de la nécessaire stabilisation des pays de départ. La France s’investit déjà beaucoup au niveau mondial pour prendre sa part à ce travail dans l’indifférence de nombreux partenaires européens. Nous ne vivons pas dans un monde doux où la seule obsession est d’améliorer le taux de rentabilité des entreprises : face aux désordres du monde, l’UE doit elle aussi s’investir tout en évitant les erreurs américaines ou de la France à l’image de l’intervention en Libye. Cela passe au moins par des financements communs avec notre principal partenaire en Europe, l’Allemagne.

Je vous invite à suivre le débat complet en cliquant ici.

Et à suivre l’actualité de la Maison de l’Europe de Paris

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