Face au pouvoir du Capital, l’intérêt général (1/2)

Face au pouvoir du Capital, l’intérêt général (1/2)

GB2_28.09.15

Une information chasse l’autre et le début de la semaine dernière semble déjà de l’histoire ancienne. Pourtant, l’affaire « Volkswagen » est à la fois considérable par elle-même et emblématique de la période.

En soi, ce scandale peut causer au minimum un accident industriel grave qui pourrait se muer en catastrophe. La tromperie de l’entreprise automobile abîme durablement l’image de la « voiture du peuple » et jette le discrédit sur l’ensemble des marques en sa possession (SEAT, Porsche, Audi, Skoda etc.). Si, par malheur, la fraude aux tests d’émission de gaz était pratiquée par d’autres fabricants, le séisme serait alors d’une autre ampleur.

Ainsi, quelques dirigeants industriels ont pu décider de contribuer à polluer l’atmosphère — avec les graves maladies qui en sont les conséquences —, réchauffer le climat et mettre en danger des salariés, des savoirs, des territoires en toute impunité jusqu’à la « découverte » de la tricherie par une ONG et la réaction des autorités américaines. Certes, il ne s’agit pas d’être naïfs : la compétition économique est aussi l’enjeu des sanctions imposées à Volkswagen mais si elles sont incontestables, ce n’est qu’à la hauteur du viol des lois commis.

Quelques leçons semblent devoir être tirées de l’épisode.

La première est la nécessité de savoir si le logiciel en cause ou une imitation a été utilisé par d’autres entreprises. En ce sens, pour ce qui concerne la France, il faut que l’enquête promise par Ségolène Royal soit rapidement engagée. Il ne faut pas craindre la vérité mais les pouvoirs publics doivent être prêts à en assumer les conséquences négatives, et donc être en capacité de répondre aux désordres industriels éventuels.

La seconde leçon est plus générale. Depuis la fin du « compromis keynésien » des Trente Glorieuses et la reconquête par les forces du capital de sa domination économique pleine et entière, se pose de manière croissante et aigüe l’effectivité de la démocratie et du pouvoir politique en général. Cette question apparaît si clairement aujourd’hui qu’il faut toute l’adresse d’un appareil idéologique très performant (intellectuels, presse et médias) pour assurer qu’il n’existe aucune alternative au capitalisme libéral et même à ses pratiques les plus odieuses. Pourtant, l’illusion entretenue devient chaque jour plus fragile, notamment dans les vieux pays capitalistes qui voient des classes populaires et moyennes fortement angoissées par la stagnation ou les reculs de leurs revenus réels et leur insécurité sociale croissante. Plus profondément, c’est la croyance même aux « valeurs » instillées par nos sociétés qui sont ébranlées.

Jeudi dernier, je discutai avec des salariés en grève d’une entreprise de haute ingénierie située dans les Yvelines (plus d’infos ici : http://guillaumebalas.net/2015/09/24/soutien-a-la-mobilisation-des-salaries-de-gea/). Leur entreprise, ainsi que le site, se portent très bien d’un point de vue économique mais la direction de l’entreprise « réorganise », délocalisant une partie des activités de service et fragilisant par divers moyens (suppression des managers locaux par exemple) l’activité du site. Aujourd’hui, ce sont pas moins de 104 emplois qui sont en danger.

Assemblée Générale des salariés

Assemblée Générale des salariés de GEA, menacés de 104 licenciements suite à un PSE, quand, dans le même temps, l’entreprise réalise des profits records.

Au-delà de la catastrophe sociale que provoque une telle réorganisation, ce qui est le plus frappant dans ce que disent les personnels, c’est l’immense sentiment de trahison. Il ne s’agit pas seulement, voire d’abord d’argent. Certes, l’inquiétude est grande sur ce sujet, notamment pour l’avenir proche, mais c’est surtout l’idée que toutes les valeurs de travail, de communauté, de mérite individuel et collectif, de savoir-faire sont bradées pour accroître les revenus de quelques fonds de pension inconnus ou d’un top-manager en pleine crise mégalomaniaque.

Le pouvoir du peuple s’arrête-t-il aux portes de l’entreprise ? Le droit de propriété (notamment du capital) est-il absolu ? Comment définir l’intérêt général d’une communauté humaine dans l’état d’anarchie économique dans lequel nous vivons ? Ces questions que les libéraux de tous horizons ont cru avoir enterrées sont celles d’aujourd’hui et les réponses apportées définiront la géographie politique de demain, il faut s’y préparer.

Dans un second article, je reviendrai sur quelques pistes de réponses.

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