Oui le PS doit se dépasser mais il doit pour cela accepter de dialoguer • Ma réaction suite à la lettre ouverte de J-C Cambadélis à la gauche et aux écologistes

Je vous livre ci-dessous mes réflexions et réactions suite à la lettre ouverte de Jean-Christophe Cambadélis à la gauche et aux écologistes.

JCC_14.09.15

Cette tribune est également parue sur Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/140915/jean-christophe-cambadelis-pour-rassembler-la-gauche-ouvrons-le-debat

Jean-Christophe Cambadélis, pour rassembler la Gauche, ouvrons le débat !

Guillaume Balas, député européen, membre du Bureau National du Parti Socialiste réagit à la lettre de Jean-Christophe Cambadélis « à la Gauche et aux écologistes ». Il propose de « prendre le problème à bras-le-corps et pour éviter le combat mortel entre deux gauches irréconciliables, construire un processus-double pour préparer les prochaines élections nationales », en créant les cadres d’un débat approfondi et en mettant en place « un processus de primaires de tous les progressistes pour les présidentielles. »

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En tant que premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis a envoyé une lettre « à la Gauche et aux écologistes ». Considérant les socialistes comme devant être de Gauche et écologistes, je me suis logiquement senti interpellé. Ma première réaction, c’est de considérer cette lettre comme une bonne initiative. Bonne initiative en soi d’abord, parce qu’il est sain que le premier des socialistes commence un dialogue ou une confrontation avec tous ceux qui se réclament du camp du Progrès. Bonne initiative ensuite, sur le fond, avec une proposition de rassemblement et de refondation urgente, nécessaire, voire vitale.

Pour autant, les arguments utilisés, les questions posées et les réponses offertes manquent singulièrement de précision, soulignant l’ambiguïté d’une démarche qui peine à afficher ses buts réels et ses propositions concrètes.

Tout d’abord, on comprend mal quels sont les véritables destinataires de cette missive. Son accroche semble s’adresser aux responsables et militants des partis de Gauche en désaccord avec la ligne gouvernementale. Mais ensuite, il est fait appel à l’ensemble de la sphère militante, sociale, associative et syndicale pour contribuer à la création d’une nouvelle dynamique autour du Parti Socialiste. Soyons clairs : veut-on construire une nouvelle alliance avec l’ensemble de la gauche sociale et politique, ou obliger nos partenaires à accepter l’hégémonie du Parti Socialiste (selon la théorie qui veut que dans l’affaiblissement général de la gauche, le PS reste la première force électorale) et donc la ligne gouvernementale ?

« Le trou est fait » dit Jean-Christophe Cambadélis aux médias, instillant ainsi l’idée que le PS fera ce qu’il veut et que les autres n’ont plus qu’à choisir entre ralliement ou marginalisation. Cette attitude est dangereuse. Certes, certains propos et comportements des autres partis de la Gauche font preuve quelques fois d’un sectarisme inopérant, notamment sur la question des listes et des alliances potentielles aux élections régionales. Mais si nous prenons au sérieux la crise politique que nous vivons, refonder le camp du progrès exige bien autre chose.

Tout d’abord, il nous faut éviter d’imposer une hiérarchie des priorités qui nous arrange et qui masque le désarroi populaire. Ainsi, la radicalisation de la Droite et la force de l’Extrême-Droite obligerait la Gauche à l’unité sur les « valeurs », renvoyant tout débat économique et social à des désaccords mineurs voire « techniques ». On peut comprendre la colère que suscite cette thèse chez nos partenaires, car son niveau d’hypocrisie est majeur. Certes, on ne peut expliquer le surgissement des « identités », de la réémergence du fondamentalisme religieux ou les graves désordres géopolitiques seulement par le prisme économique. Mais justement, toute l’originalité du courant socialiste et social-démocrate a été de lier politique et économie, analyse des « identités » et inégalités sociales.

La France est confrontée depuis le milieu des années 80 à la privatisation et l’internationalisation de ses grands groupes industriels, au renforcement sans contrôle public du capitalisme financier et du poids de la rente face à cette réalité. Obnubilées par les « convergences » nécessaires à la construction de la zone Euro, les élites politico-administratives ont privé la puissance publique de toute capacité d’impulsion et de contrôle économique. Il n’y a rien de « naturel » ou d’« exigence due à la mondialisation » dans ce phénomène, mais bien plus l’accaparement par une nouvelle nomenklatura, une endogamie sociale d’Ancien Régime souvent consolidée dans les meilleures écoles de la République de l’ensemble de notre appareil productif. Et cette nomenklatura se retrouve pour désigner les lourdeurs du code du travail et le poids de l’investissement public, sans jamais ferrailler sérieusement pour taxer les transactions financières, sanctionner les groupes qui se dérobent à l’impôt ou crier au scandale quand les entreprises préfèrent les dividendes à l’investissement.

On nous dira qu’en France, l’Etat-Providence subsiste. Cela est partiellement juste mais notre système social est en mauvais état, attaqué financièrement et idéologiquement de toute part et peu défendu. On peut se demander pour combien de temps il pourra tenir devant l’acharnement des « élites » de Droite ou de Gauche à expliquer qu’il est « le «  problème » majeur du pays.

Ainsi, devant ces désordres du monde, à l’impuissance constatée et parfois souhaitée des responsables politiques, à l’explosion des inégalités entre les territoires mais surtout entre les personnes, à un gouvernement ayant rallié le « mainstream européen » dès les lendemains de l’élection présidentielle, il s’avère que toutes les démagogies racistes, fondamentalistes, « identitaires », se portent bien.

La question qui se pose est donc bien l’« imaginaire » à construire face aux pulsions réactionnaires du temps, ou plus exactement, l’idéal et l’utopie sociale capables de les contrer. Prenons garde, la Gauche ne se rassemblera pas sans garantie fortes contre l’uberisation des salariés. Un projet qui serait fondé sur l’égalité politique sans prendre en compte les inégalités sociales, la citoyenneté sans sa traduction en droits concrets, l’appel aux valeurs de la République de manière purement théorique, le rassemblement incantatoire face au « bloc réactionnaire » sans autre projet que d’éviter sa prise du pouvoir est condamné à l’échec, un échec électoral mais pire encore, un échec moral.

Il nous faut donc prendre le problème à bras-le-corps et pour éviter le combat mortel entre deux gauches irréconciliables, construire un processus-double pour préparer les prochaines élections nationales.

Le premier est la rencontre de tous les progressistes qui veulent mettre fin aux privations d’effectivité de la démocratie dues au poids du libéralisme et la complicité d’une « élite » discréditée. Ce mouvement citoyen, large et divers doit construire les cadres d’un débat permettant la construction d’un projet démocratique, social et écologique.

Le deuxième aspect, corollaire indispensable du premier, est la mise en place d’un processus de primaires de tous les progressistes pour les présidentielles, s’appuyant sur le mouvement citoyen et participant à la reconstruction de la gauche, toute la gauche, sans hégémonie a priori d’aucune structure politique.

Tout autre chemin, quel que soit l’habileté de sa présentation, sera perçu comme un leurre et n’engendrera pas de dynamique suffisante face au « bloc réactionnaire » car il sera incapable de lever les désaccords au sein de la Gauche.

Oui le PS doit se dépasser, oui, il peut contribuer de façon majeure à la refonte d’un projet progressiste et majoritaire, mais il doit pour cela accepter de dialoguer avec d’autres et non pas de leur dire que tout ce qui lui appartient est non-négociable. Il lui faut, dès aujourd’hui, se montrer à la hauteur.

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