« Le traité transatlantique est par sa nature anti-européen ! » Intervention de Guillaume BALAS au Congrès du PS

CONGRESPS_05.05.15

Intervention de Guillaume BALAS au Congrès du PS – Poitiers 2015 (à partir de 37:50)

« Je vais donc intervenir au nom de la Motion B par rapport au texte qui nous a été présenté.

Chers camarades, nous sommes ici dans un débat entre socialistes. Nous sommes donc à un moment où nous devons discuter en profondeur de la question européenne, et notamment, dix ans après le refus par le peuple français du traité constitutionnel et de la crise que cela avait ouvert chez nous à l’époque. Quels moyens devons-nous mettre pour répondre à cela ?

L’Europe va mal. Ceux qui disent aujourd’hui le contraire et ils ne sont pas dans cette salle, se trompent. Ne pas voir la distance que nos concitoyens ont par rapport au devenir européen, les inquiétudes qu’elle fait émerger et même le doute profond sur sa pérennité serait une erreur politique profonde de notre part. Il y a certes quelques lueurs. C’est l’action de la France et du Président de la République sur l’union bancaire par exemple. C’est aussi une autre politique monétaire de la part de la BCE ainsi que d’autres éléments conjoncturels comme la baisse du coût de l’énergie. C’est aussi un petit fil qu’il faut savoir tirer qui est aussi ce plan d’investissement Juncker, très modeste certes mais qu’il faut savoir soutenir sans doute pour pouvoir l’approfondir.

Néanmoins cela sauvera-t-il l’Europe ou de survivre dans les 20 prochaines années et de surtout répondre aux promesses d’unité et de démocratie, d’harmonisation sociale ou encore au défi de la transition écologique ?

A la Motion B, nous ne le pensons pas. Nous pensons que le Parti socialiste français doit aller plus loin et être plus clair. Que veut le PS français à l’orée du Congrès du PSE qui va se tenir la semaine prochaine ?

Pour nous en premier lieu, il nous faut éviter la dissolution de l’Europe.

Cette dissolution est aujourd’hui rendue possible à cause de plusieurs éléments.

Tout d’abord, l’éclatement de l’Europe par les faits : référendum en Grande-Bretagne ou encore l’urgence de la situation grecque et là j’ai un désaccord avec Philippe Cordery. Je ne crois pas que l’accord que l’on entrevoit aujourd’hui réglerait les problèmes mais ne fait que les repousser. Car nous n’arrivons pas à trancher entre deux logiques : la zone euro est-elle une logique d’entraide financière ou sommes-nous d’abord dans une logique d’union politique ? C’est évidemment cette seconde option que nous devons garantir. En tant que sociaux-démocrates, nous ne pouvons pas soutenir qu’en Grèce, où il y a une purge sociale sans précédent en Europe depuis 1945, il y ait une réforme des retraites drastiques qui affaiblisse encore le modèle social, que l’on demande des privatisations dont on sait qu’elles affaibliront le poids de l’Etat grec au lieu de demander à la Grèce de faire tous les efforts nécessaires pour structurer un Etat, un cadastre, une fiscalité qui lui permette de renouer avec la croissance. C’est pour ces raisons que nous pensons que la France et le Parti socialiste français doivent être clairs dans leur demande au PSE concernant la Grèce et que le texte qui nous est proposé aujourd’hui est trop timoré et trop faible.

Deuxième dissolution potentielle et bien plus grave encore : c’est bien sûr le traité transatlantique. Ce qu’on nous propose aujourd’hui n’est en aucun cas un accord de coopération commerciale. Ce qui est demandé à travers ce traité, c’est bien la mise en place d’un marché unique entre les Etats-Unis et l’UE. Or, nous le savons : si un marché unique est mis en place, nous le savons par les faits et par la réflexion, alors l’union politique potentielle de l’Union Européenne sera tuée. Comment pouvons-nous imaginer qu’en élargissant à l’infini le circuit des marchandises et des hommes avec des négociations qui seront dans la plupart des cas défavorables par rapport aux standards européens, nous pourrons unir l’Union européenne ? C’est impossible.

Mes chers camarades, le traité transatlantique est par sa nature anti-européen !

C’est pour cette raison que nous devons être clair aujourd’hui en le refusant comme cela est inscrit dans notre motion.

Pour toutes ces raisons et même si nous reconnaissons tout le travail et les points d’avancées qui ont été inscrits dans le texte présenté aujourd’hui, la Motion B s’exprimera aujourd’hui contre ce texte. »

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