« Restaurer la capacité de l’Europe à agir pour l’intérêt général de tous les Européens » Interview donné à AVGI, média grec proche de Syriza

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Vous avez critiqué les positions du Commissaire Pierre Moscovici sur la Grèce et son obligation à se soumettre à l’austérité prônée par Berlin. Pouvez-vous nous expliquer ce qui a provoqué votre réaction ?
Je n’ai pas fait référence à la mise en place des politiques austéritaires, même si, sur ce point là, j’émets de vives critiques quant à leur impact social. Les mesures mises en place en Grèce ont mené à l’effondrement des services publics grecs, notamment celui de la santé.
J’ai surtout critiqué le signal envoyé par un Commissaire européen lorsque celui-ci prend position pour les élections présidentielles car je considère qu’une telle fonction requiert une absolue neutralité quand des élections locales ou nationales se tiennent dans l’un des pays membres de l’Union.
Au-delà la neutralité institutionnelle dont devraient faire preuve les membres de la Commission européenne, j’ai du mal à comprendre comment un membre du Parti Socialiste peut apporter son soutien à un candidat du camp conservateur. J’ai et je serai toujours un défenseur de l’unité de tous les partis et organisations de gauche. C’est la seule manière de garder notre crédibilité envers les peuples qui nous ont accordé leurs confiances.
Vos critiques portent-elles sur les positions prises par les socialistes français vis à vis des injonctions allemandes ?
Je refuse de réduire la situation politique européenne à un conflit entre les Etats Membres. Par conséquent je refuse de parler de positions « françaises » ou « allemandes ».  Le seul type de débat que nous devons avoir doit être politique. Depuis le début de la crise financière, le camp  libéral-conservateur a imposé la généralisation des politiques d’austérité ainsi que la mise en place de réformes structurelles qui ont progressivement démantelé le modèle social développé depuis la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, la situation de l’Europe prouve que cette politique ne marche pas : le chômage augmente – dans des proportions insupportables en Grèce et en Espagne notamment – les divergences économiques et sociales s’accroissent à l’intérieur même de la zone euro et à côté de cela, les inégalités ne cessent de se creuser (le taux de pauvreté en Allemagne n’a jamais été si élevé, aux alentours de 16%).
Je regrette qu’en juin 2012, au lendemain de l’élection de François Hollande, le Président n’ait pas tenu ses promesses de révision du TSCG afin de couper court au cercle vicieux de l’austérité à l’origine de la chute de la consommation, de la baisse des investissements publics et privés et enfin, d’une croissance atone.
Au Parlement européen, tous les partis de gauche se battent pour que leurs pays puissent bénéficier de « flexibilités » (assouplissement des contraintes budgétaires). C’est cette flexibilité qui pourra permettre aux Etats membres de prioriser dans l’avenir, celui de l’investissement public et notamment dans des domaines tels que la transition énergétique, les énergies renouvelables, l’économie sociale et solidaire… C’est ce chemin que les partis de gauche doivent suivre pour restaurer la capacité de l’Europe à agir pour l’intérêt général de tous les Européens.
On peut remarquer deux traitements différents : un traitement plus « modéré » quant il s’agit de laisser plus d’air aux « grands » pays  et un traitement bien plus contraignant envers les petits pays tels que la Grèce ou Chypre, sommées de se soumettre aux politiques austéritaires
L’importance relative d’un pays peut jouer un rôle dans l’intensité de la pression que les institutions européennes peuvent faire peser sur lui,  c’est une partie de la réalité. Cette approche « pragmatique » concernait également l’Italie et il était difficile de faire appliquer dans la situation actuelle des règles budgétaires strictes – règles qui se sont avérées inefficaces pour permettre à l’Union européenne de sortir de la crise.
Je pense également qu’il existe une plus grande hésitation aujourd’hui au sein du bloc conservateur au sujet de l’impact des politiques d’austérité et une considération nouvelle des interactions macroéconomiques existant entre Etats membres. Surtout, le camp libéral-conservateur  met désormais l’accent sur les réformes structurelles à mettre en œuvre plutôt que sur des chiffres macroéconomiques. D’une certaine manière, la charge idéologique de cette vision est encore plus forte, l’objectif étant d’atteindre une économie de marché pleinement libéralisée avec moins de prérogatives pour les organisations syndicales, la réduction des droits des travailleurs, des « incitations » à l’égard des chômeurs pour accepter n’importe quel emploi sous peine de diminution de l’allocation chômage, le démantèlement des services publics, l’extension du travail le dimanche,…

Lorsqu’on entend la position de certains dirigeants socialistes, il est parfois difficile de les distinguer des conservateurs. Quel est selon vous le futur des partis socialistes en Europe ?
L’avenir des partis socialistes me semble clair :
1) Nous devons accroître l’unité de notre mouvement à l’échelle européenne, le fait de partager des valeurs communes doit trouver une traduction concrète lorsque nous sommes aux responsabilités à travers une réelle coordination des politiques économiques et sociales. Au cours des deux dernières décennies, notre échec collectif a été de préférer les stratégies politiques non coopératives, de « passager clandestin », à savoir prendre des mesures unilatérales au niveau national dans le seul objectif de faibles bénéfices circonscrits à son pays.
2) Nous devons également tirer les conséquences des études réalisées sur le réchauffement climatique et élaborer enfin des propositions étoffées dans ce domaine. Nous ne pouvons espérer obtenir des résultats dans la réduction des émissions de CO² et lutter contre le changement climatique qu’à partir du moment où nous agissons en tant qu’Européens: Plus que n’importe quel champ de politique publique, c’est par l’échelon européen que nous serons capables de fournir des normes ambitieuses pour notre continent et pourrons peser dans la mondialisation. L’intégration d’un tel défi dans notre logiciel politique est une opportunité réelle pour régénérer la vision social-démocrate traditionnelle.  La question politique la plus importante à laquelle nous devons répondre est la suivante: comment satisfaire les besoins économiques et sociaux des couches les plus défavorisées de la société face à la raréfaction des ressources naturelles et la nécessaire application de mesures destinées à faire évoluer le modèle consumériste actuel, non viable, afin de réduire notre empreinte écologique?
3) Tenir les promesses que l’on fait durant les campagnes électorales. C’est peut-être le seul conseil que je peux donner à Alexis Tsipras !

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