Climat : qui est dupe de l’accord sino-américain ?

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Un « accord historique » ?
Qui va croire que l’accord intervenu à Pékin le 12 novembre dernier entre la Chine et les États-Unis en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre s’apparente à autre chose qu’une fausse bonne nouvelle ? Publiquement, les diplomaties respectives des deux pays évoquent un « accord historique ». Objectivement, cet accord constitue une manœuvre bilatérale visant à neutraliser la future conférence climat à Paris en 2015.

De quoi s’agit-il ? En 2015, Paris accueillera la « 21e Conférence Climat » dite COP21. Conférence sous l’égide de l’ONU dont l’objectif est la réduction au maximum des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. Or la Chine et les États-Unis sont les deux pays les plus pollueurs de la planète, dégageant à eux deux 45% des émissions de CO2.

Est-il nécessaire de rappeler l’urgence absolue dans laquelle se trouve notre planète en termes de lutte contre le réchauffement climatique entrainant une accélération d’inondations, sécheresses, famines, migrations climatiques, raréfaction des ressources, disparition des espèces ?

….ou un aveu de faiblesse ?
Concrètement, les États-Unis se sont engagés à réduire de 28% (au lieu de 26%) leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025. Prenant pour étalon l’année 2005, soit l’année ou ils ont le plus pollué.
La Chine annonce pour sa part qu’elle atteindra son « pic d’émissions de CO2 » en 2030 et s’engage à réduire ses propres émissions ensuite. En creux, il faut donc comprendre que la Chine continuera de battre son propre record de pollution, années après années, pour les 15 années qui viennent.

Personne ne peut objectivement considérer que ces pseudos engagements des deux plus grands pollueurs de la planète puissent constituer de quelconques avancées sur le sujet. Bien au contraire. L’empressement sino-américain est à l’évidence une stratégie visant à garder la main sur les futures négociations en imposant leurs propres limites dans un rapport de force parfaitement maitrisé. Cela afin de ne rien se faire imposer par tout accord plus vertueux.

Faire ce choix d’un accord bilatéral précoce caractérise un aveu de faiblesse, la crainte de voir s’engager des négociations multilatérales ambitieuses, la volonté de ne pas être tenus pour responsables d’un futur échec potentiel.

Pour une politique européenne ambitieuse
Cette neutralisation mutuelle des deux puissances ne doit pourtant en rien permettre à l’Union Européenne de négliger ses propres ambitions, comme elle l’a fait lors du dernier Conseil Européen du 24 octobre dernier. En effet, les chefs d’États européens n’ont pas pris d’engagements contraignants en ce qui concerne les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Ils ont de plus accordés d’importantes concessions aux pays dépendant encore fortement du charbon.

Pourtant sur ce sujet comme sur bien d’autres, l’Europe doit montrer un chemin ambitieux et réalisable. C’est sa vocation, au moment précis où chacun tente de s’arranger avec ses contraintes nationales. Pour cela l’Europe, première puissance mondiale, doit assumer le rapport de force, en particulier face à un Sénat américain dominé par des républicains dénonçant la « croisade écologique » d’Obama.
Paradoxalement, l’une des surprises de débat pourrait venir du mécontentement croissant de la population chinoise face à la dégradation accélérée de son environnement. On peut s’attendre de sa part à un rejet de plus en plus violent de projets industriels extrêmement polluants, acceptés par des autorités locales, sans concertation, sans contre-pouvoir.

La responsabilité de la France
Mais l’une des clés de cette future négociation tient aussi au rôle de la France, hôte de la future conférence climat. Sa diplomatie, ses parlementaires, ses associations vont avoir un rôle stratégique dans la préparation des discussions. Notre responsabilité collective est d’assurer le leadership, le débat, les propositions qui permettront la montée en puissance de la dynamique de négociation. Il nous reste une année.

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