« La baisse du chômage, c’est surtout une extension du travail de mauvaise qualité » – mon intervention en commission EMPL

Banque Centrale Européenne Crédits photos : Bobby Hidy

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Rapport annuel 2013 de la Banque centrale européenne, rapporteur pour avis EMPL David Casa (MT, PPE), rapporteur originel ECON Pablo Zalba Bidegain (ES, PPE) – Commission EMPL de l’Emploi et des Affaires sociales – 04.11.2014 – Bruxelles.

« Madame la Présidente, tout d’abord sur la question française, puisqu’elle a été évoquée, une analyse complètement différente doit être faite : nous sommes un des seuls pays européens aujourd’hui à avoir 150 000 personnes supplémentaires sur le marché du travail par an, ce qui est dû notamment à une démographie dynamique. Donc nous, nous avons besoin de croissance économique pour pouvoir fournir aujourd’hui les emplois. D’ailleurs nous remarquons qu’en France le chômage a augmenté à partir du moment où la croissance a arrêté de fonctionne, et la précarité en France existe de façon massive puisque la plupart des emplois créés aujourd’hui le sont sous des statuts qui sont des statuts précaires. Donc il n’est pas vrai de dire qu’aujourd’hui ce sont des contrats, j’allais dire ‘trop favorables’ qui favorisent le chômage.

Deuxième élément, par rapport au rapport qui nous a été fait: il y a quand même un sujet majeur sur la question de la baisse du chômage. Attention au biais statistique, aux difficultés statistiques, au masque statistique, parce que si la baisse du chômage est considérée à travers la création d’emplois qui sont des emplois précaires, à temps partiel, qui en fait sont une simple répartition du chômage, d’une certaine manière, et qu’un travailleur pauvre qui n’est plus chômeur est considéré comme un travailleurs, j’allais dire ‘à plein statut’, alors évidemment on peut dire qu’il y a baisse du chômage, mais en réalité on voit que c’est surtout une extension du travail de mauvaise qualité qui est aujourd’hui en cause.

Et enfin, une remarque un peu plus générale sur le rapport qui nous a été fait. La BCE, aujourd’hui, elle a un problème, c’est qu’elle est obligée d’utiliser une langue habituelle qui est de dire : il faut des réformes structurelles libérales sur le marché du travail, c’est ça qui crée de la croissance etc. J’allais dire que c’est dans ses gènes, elle est quasi-obligéee aujourd’hui de tenir ce langage, mais elle-même n’y croit plus beaucoup. Et quand on entend Monsieur Draghi dire: ‘Il y a quand même un problème, c’est que s’il n’y a pas des politiques budgétaires actives, notamment de la part des Etats qui le peuvent, les liquidités que je suis, moi, la BCE, en train de mettre sur le marché, l’argent que je suis en train d’imprimer, c’est ça que ça veut dire, ne trouve pas preneur parce qu’il n’y a pas de projet d’investissement, ça ne sert strictement à rien, et j’ai besoin d’une politique budgétaire active.

Et ça nous renvoie évidemment à la question macroéconomique du plan des 300 milliards, mais aussi des politiques nationales budgétaires actives qui doivent être aujourd’hui mises en place et qui ne le sont pas.

Or je ne retrouve pas ces éléments aujourd’hui dans le rapport qui nous a été fait, c’est un véritable problème.

Dernier élément enfin, il faudrait un jour qu’on se pose la question du lien entre les décisions politiques et la BCE, je sais bien que les traités aujourd’hui interdisent de réfléchir à cela, mais peut-être alors faudra-t-il un jour poser la question des traités sur ce sujet. »

Banque Centrale Européenne  Crédits photos : Bobby Hidy

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