Pas de chèque en blanc à la Commission Juncker

Crédits photo : European Council
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À l’issue du processus d’audition par le Parlement européen des Commissaires désignés pour la future Commission, dirigée par Jean-Claude Juncker, de sérieux doutes subsistent. Si certains Commissaires ont fait preuve de véritables compétences sur les dossiers qu’ils auront à traiter, d’autres ont pour le moins difficilement passé le test, sans rassurer quiconque, y compris sur les orientations stratégiques.

C’est notamment le cas du Commissaire-désigné Miguel Canete à l’action climatique et à l’énergie qui ne permet pas d’être rassuré pour l’amorce de la transition et l’enjeu de la conférence climat en 2015. Il peut s’apparenter à la désignation d’un lobbyiste des énergies fossiles du fait de son portefeuille d’actions personnelles dont il s’est dessaisi au dernier moment au profit de sa famille. De même, le rejet par le Parlement d’Alenka Bratusek pour le portefeuille de Vice-Présidente de la Commission à l’Union de l’énergie vient empêcher une défaite de nos ambitions en termes de transition, tant elle n’a jamais pu dépasser le simple constat de la souveraineté des états dans le mix énergétique. L’absence d’ambition politique criante lors de son audition présageait la banalité absolue des initiatives qu’elle aurait pu prendre, si sa candidature n’avait pas été sanctionnée.

Même si le choix des candidats est toujours politique, au-delà du profil de chacun, ces auditions ont surtout démontré que l’équilibre politique de cette potentielle Commission n’est pas satisfaisant. Car le processus lui-même des auditions focalise l’attention sur autre chose que sur l’essentiel pour les socialistes européens : la réorientation de la politique économique européenne. Les rares évocations sur ce sujet ont largement été superficielles. En tout cas bien en deçà des engagements pris par Monsieur Juncker lui-même lors de son audition en juillet dernier. Engagements qui souffraient déjà de cruelles imprécisions pour nous rassurer sur les intentions réelles de la future Commission.

À cet égard, il est problématique pour notre famille politique de laisser l’ancien Premier ministre letton Vladis Dombrovskis en charge de l’euro et du dialogue social dont la politique de coupes budgétaires massives et de démantèlement de la protection sociale a fait chuter le PIB de son pays de 25%.

Il est tout aussi problématique de laisser l’ancien Premier Ministre Jyrki Katainen, champion d’une application stricte du Pacte de stabilité durant la crise, qui a appliqué une saignée budgétaire ayant conduit la Finlande à renouer avec la récession et à dépasser pour la première les 60% de dette dans son pays.

Concernant la réglementation des marchés financiers et la mise en œuvre de l’Union bancaire, elle est confiée au britannique Jonathan Hill, conservateur et ex lobbyiste, dont l’audition a révélé sa très mauvaise connaissance des dossiers, notamment ceux liés à la zone euro (euro-obligations, taxe sur les transactions financières, garantie européenne des dépôts…).

Enfin que dire de la désignation du Hongrois Tibor Navracics, ancien ministre de la Justice du gouvernement de Viktor Orban ? Nous ne saurions considérer que le retrait de la partie « citoyenneté » de son portefeuille constitue une victoire pour notre groupe.

La désignation de la Commission a toujours été un moment politiquement stratégique. Certains ont eu la tentation d’en faire une validation institutionnelle et technique. Or le caractère politique du choix des personnes et des engagements est toujours plus éclairant.

C’est pour cette raison que je souhaite avoir au plus vite des clarifications sur le plan de relance de 300 milliards d’Euros promis par le futur Président de la Commission. Ces clarifications doivent impérativement porter, non seulement sur la provenance de ces 300 milliards, mais aussi sur leur destination. En l’état, nous ne pouvons faire de chèque en blanc à Monsieur Juncker. Car c’est ce sujet précis qui a été au cœur de la campagne européenne que nous avons menée. C’est ce plan de relance qui permettrait aux citoyens européens confrontés à la crise de reprendre confiance en l’Europe et en sa capacité de changer leur quotidien.

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