Juncker or not Juncker : mon point de vue sur la question

Vote MEP European Parliament

Les 2, 3 et 4 juillet derniers se tenait la première session du Parlement Européen. L’occasion pour moi et pour les 12 autres députés de la délégation socialiste française de prendre nos marques et la juste mesure des enjeux qui nous attendent.

Et ces enjeux sont loin d’être singuliers.

Deux mois après des élections européennes qui ont vu en France – mais également dans de nombreux pays de l’Union Européenne – une progression alarmante des partis eurosceptiques, voire europhobes, le message des électeurs doit nous interpeler : l’Europe, telle qu’elle se présente aujourd’hui, ne convainc pas. Pire, elle inquiète les concitoyens qui ne voient pas en elle la promesse de lendemains meilleurs.

Dans ce contexte, en tant que députés européens socialistes, de quoi devons-nous être garants ? Du mandat des électeurs, en premier lieu.  

Rester fidèle au mandat des électeurs, c’est d’abord tourner la page aux compromis techniques boiteux qui n’ont pas permis de trouver les remèdes à la crise. C’est ensuite refuser la régulation des politiques européennes par le plus petit dénominateur commun. C’est enfin œuvrer à la mise en place d’une Europe politique, qui protège et qui écoute les peuples.

Depuis mai dernier, le ton a changé dans l’hémicycle européen. Les électeurs ont transformé une assemblée consensuelle et bien élevée, en un lieu de confrontations, de provocations, d’affrontements politiques tranchés. Entre les tenants de l’austérité et les chantres de l’europhobie, notre responsabilité de socialistes est immense. A ces deux visions de l’Europe, nous devons nous donner les moyens d’imposer la nôtre.

Un premier défi nous attend la semaine prochaine avec l’élection du futur Président de la Commission Européenne.

A ce sujet, il peut paraître légitime que le Conseil, qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement européens, fasse la proposition du candidat du parti arrivé en tête aux élections européennes : M. Juncker. Mais en aucun cas, ce choix ne doit s’imposer au Parlement Européen de manière automatique. Si pour le Parlement européen, la nomination du chef de file de la liste arrivée en tête des élections est une victoire démocratique, pour les électeurs français, c’est loin d’être une évidence. On ne peut voter pour M. Juncker simplement parce qu’il a moins perdu que les autres.

Pour ma part, il n’y aura pas de blanc-seing. Avant de me prononcer, j’attends du candidat qu’il présente une feuille de route en adéquation avec celle des socialistes, notamment en matière de croissance, d’investissement et d’emploi.

Une Europe politique, doit s’engager à protéger tous les travailleurs indépendamment de leur pays d’origine. Cette Europe doit affirmer une identité sociale forte reposant sur une harmonisation législative vers le haut et combattre  toute forme de dumping social qui place les travailleurs dans une situation de concurrence exacerbée.  Nous attendons ainsi de la future commission qu’elle s’engage notamment à accroitre les sanctions envers les entreprises fraudant avec la législation communautaire sur le détachement. Et plus encore,  la directive détachement des travailleurs adoptée en 1996 doit enfin être révisée pour couvrir l’ensemble des secteurs économiques et industriels et ainsi placer sur un pied d’égalité les travailleurs européens en matière de protection sociale. Mettre en compétition les systèmes sociaux nationaux au profit du moins disant est un  poison toxique qui ronge la confiance des citoyens dans le projet européen. Sur ce sujet, un consensus mou lui porterait à coup sûr un coup fatal.

De même, je ne peux complètement écarter le fait que M. Juncker ait été le Premier Ministre d’un paradis fiscal, défenseur indécrottable du secret bancaire. Les députés socialistes au Parlement Européen ne peuvent donner leur confiance qu’à une Commission de combat sur l’évasion fiscale. Cette spoliation à grande échelle de deniers publics vient anéantir tous les discours sur l’austérité imposée aux peuples européens.

Là encore, les choix des socialistes français doivent être en adéquation avec les exigences que nous avons portées durant la campagne européenne. La balle est dans le camp de M. Juncker : à lui de présenter un programme à-même de convaincre les partis dont il recherche le soutien.

La balle est aussi dans notre camp : à nous de respecter le mandat pour lequel nous avons été élus. Rompre avec les politiques néolibérales, réorienter l’Europe vers le chemin du progrès et de la justice fiscale.

Print Friendly

2 Comments

  1. Et d’autant moins voter Juncker qu’il a plus perdu que les autres (le PPE perd de loin le plus de sièges en nombre en comparaison du PSE notamment, et de la legislature précédente). De là un constat logique; c’est bien la politique du PPE qui a été dénoncé par les électeurs…et pourtant on s’apprête à mettre les mêmes personnes au pouvoir (cf. notamment équipe de Juncker qui sort directement des cabinets PPE de la Commission précédente, notamment un Chef de cab adjointe…de chez Barroso). Le changement, c’est peut être pas pour maintenant…On ne changera pas de politique sans changer les gens qui en décident au premier lieu à la Commission.

  2. Merci pour cet article, il aide à répondre à tous ceux qui nous accusent de faire collusion avec la droite néolibérale (le compromis n’est pas dans la culture politique des français).

Leave a comment

Your email address will not be published.


*


Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On YoutubeCheck Our Feed