Guillaume BALAS (PS) « Pour sauver la gauche, Manuel Valls propose sa disparition » – Mon interview sur Regards.fr

Ci-dessous l’interview que j’ai donnée à Regards.fr, disponible également à cette adresse : http://www.regards.fr/web/guillaume-balas-pour-sauver-la,7822

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Guillaume Balas : « Pour sauver la gauche, Manuel Valls propose sa disparition »

Par Nathanaël Uhl18 juin 2014
Regards. Le conseil national du Parti socialiste s’est tenu le 14 et 15 juin. Il a été marqué par une dramatisation de la part de Manuel Valls sur le thème « la gauche peut mourir ». Est-ce que vous partagez ce constat ?

Guillaume Balas : Ce discours me laisse perplexe. Manuel Valls évoque la « mort possible » de la gauche et son absence, potentielle, du second tour de la présidentielle de 2017. Mais les réponses qu’il apporte, pour empêcher que cela arrive, sont étrangères à la gauche. En substance, il indique que le Parti socialiste est dépassable ; il minore l’impact des relations avec les autres forces de gauche ; il propose l’alliage entre un social-libéralisme et une réponse républicaine et laïque autoritaire. Quand je lis les propositions de Manuel Valls, je me demande où est la gauche. Ni sur le contenu stratégique, ni sur le contenu partidaire, ni sur le contenu programmatique, le Premier ministre ne se réfère à la gauche. Le problème est donc que, pour « sauver la gauche », Manuel Valls propose sa disparition. En a-t-il conscience ?

« Cambadélis devrait se battre pour une réorientation de la politique du gouvernement »

Le discours du Premier ministre n’est pas celui du premier secrétaire du Parti socialiste. Comment expliquer cette différence ?

Jean-Christophe Cambadélis connaît extrêmement bien le parti, il croit dans les possibles de cette organisation. Son discours, samedi et dimanche, vise à rassurer les cadres et les militants. Néanmoins, il se heurte à une contradiction majeure. Il affirme vouloir rassembler les gauches autour d’un Parti socialiste fort. Mais il ne souhaite pas de changement de la ligne politique du gouvernement. Ce n’est pas possible puisque cette ligne divise la gauche, comme elle divise les socialistes. Pour rassembler, Jean-Christophe Cambadélis devrait se battre pour une réorientation de la politique du gouvernement.

Samedi soir, vous avez, avec Un monde d’avance, organisé une réunion publique sur le thème « Comment rassembler la gauche ? ». Elle semble avoir dépassé vos espérances.

Nous ne nous attendions pas à ce que cette réunion, à Paris, un samedi soir, prenne cette ampleur. Il y avait à la tribune des membres de toutes les motions du Parti socialiste qui questionnent la politique gouvernementale, des représentants d’EELV et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Mais ce qui nous a le plus surpris c’est l’affluence dans la salle. Visiblement, nous avons offert un cadre à des gens qui en avaient besoin. Au-delà du fond, je reste marqué par le nombre de personnes qui m’ont dit « Merci, enfin une réunion qui fait du bien », « On a pris du plaisir »… Dans une période un peu masochiste pour la gauche, c’est bien de donner de la perspective.

« Le moment politique n’est pas à scissionner le Parti socialiste »

Lundi 23 juin, à l’Assemblée nationale, commence le débat sur le projet de loi de finances rectificatif, soit la traduction en actes du « Pacte de responsabilité ». Au niveau d’Un monde d’avance, comment analysez-vous l’enjeu de ce moment politique ?

Je veux d’abord revenir sur la présence du Premier ministre à la réunion du groupe socialiste à l’Assemblée, mardi 17 juin. Je ne comprends pas qu’il vienne à cet échange dans un temps aussi important. C’est vraiment problématique alors qu’il y a besoin que l’exécutif et le Parlement assument leurs rôles respectifs. On touche là le fond du problème de la Ve République. Il faut aussi évoquer les déclarations préliminaires du secrétaire d’État aux relations avec le Parlement parlant des députés qui se reconnaissent dans l’appel des 100 comme de « soi-disant socialistes ». Jean-Marie Le Guen n’est pas un homme brutal, c’est quelqu’un qui a un projet politique. Il veut tourner la page du socialisme pour aller vers un libéralisme républicain.

Est-ce que le temps n’est pas à la rupture au sein du Parti socialiste ?

Nous pensons que le moment politique n’est pas à scissionner le Parti socialiste, à le fracturer. Pas plus notre sensibilité, Un monde d’avance, que les parlementaires qui se reconnaissent dans la démarche de l’Appel des 100 n’entendent créer une quelconque opposition de gauche. Notre seule ambition, c’est de rassembler les socialistes pour réorienter la politique du gouvernement ; condition sine qua none du rassemblement de la gauche. Dans ce cadre, j’invite le Premier ministre ainsi que le président de la République à bien réfléchir. Il serait souhaitable qu’ils ne se coupent pas encore un peu plus du reste du parti, du reste de la gauche.

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