Un démantèlement de la Troïka s’impose

troïka

Je tiens à saluer le travail considérable de Liem Hoang Ngoc, député européen et coauteur du rapport accablant sur les activités de la Troïka. Dans ce rapport, adopté à une large majorité par le Parlement Européen, Liem Hoang Ngoc (S&D) et Othmar Karas (PPE) caractérisent très concrètement les effets désastreux des politiques d’austérité menés par la Troïka. Par son manque de transparence et de contrôle démocratique mais également par l’inefficacité de ses choix politiques, la Troïka a contribué à accentuer la tragédie sociale dans les pays qui lui sont soumis. Les conditions imposées en échange de l’aide financière ont mis en danger les objectifs sociaux, notamment compte tenu du peu de temps pour mettre en œuvre les mesures et du manque d’analyse d’impact approprié sur la population.

Les faits sont là et sans appel : échec de la consolidation économique de la Grèce, montée en flèche du chômage, en particulier chez les jeunes, cafouillage et contrôles des capitaux à Chypre, disparition  de nombreuses PME…. Le taux d’endettement des pays sous assistance a explosé et la plupart des taux de croissance sont faibles.

Aussi, les députés recommandent des règles claires, transparentes et contraignantes sur l’interaction entre les institutions de la Troïka et la répartition des tâches entre elles. Les programmes d’ajustement doivent être accompagnés d’un « plan B » si les hypothèses de départ s’avèrent fausses. Les dimensions sociales et l’emploi devront mieux être reflétés dans ces programmes et chaque pays sous assistance financière devrait bénéficier d’une « taskforce sur la croissance ». Enfin, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir la responsabilité démocratique et une adhésion au niveau national.

Une réorientation radicale de la Troïka est donc indispensable, avec une implication du FMI « optionelle », un rôle d’observateur de la BCE et une reprise des fonctions de la Commission par un « Fonds monétaire européen ».

En somme, une autre Europe est possible.

Ci-dessous, je vous invite à retrouver l’interview de Liem Hoang Ngoc parue dans l’Humanité :

Liem Hoang-Ngoc : « Mettre en évidence que des politiques alternatives existent »

Le Parlement européen doit voter ce jeudi un rapport accablant sur l’activité de la troïka (Commission, BCE et FMI) dans les pays sous assistance financière. Entretien avec l’eurodéputé socialiste Liem Hoang-Ngoc, coauteur de la résolution.

Qu’avez-vous retenu 
des visites 
dans les pays sous assistance financière ?

Liem Hoang-Ngoc. Nous avons vu que les gouvernements et Parlements nationaux avaient le pistolet sur la tempe. Soit ils entérinaient les propositions de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), soit ils n’avaient pas accès à l’aide financière. Quant aux partenaires sociaux, ils ont certes été consultés, mais leur avis n’a jamais été pris en compte. Au Portugal, patronat et syndicats s’étaient entendus sur un salaire minimum à 500 euros. La troïka a empêché l’application de cet accord qui, selon elle, menaçait la compétitivité.

Pourquoi critiquez-vous « l’absence de légitimité démocratique de la troïka » ?

Liem Hoang-Ngoc. Il n’y a pas eu de délibération démocratique au niveau européen sur les solutions préconisées par la troïka, avant que les propositions ne redescendent dans les États. Un tel débat aurait dû inclure la seule instance européenne élue au suffrage universel, le Parlement européen. S’il avait été mis dans la boucle, jamais l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro – NDLR) n’aurait proposé à Chypre de taxer les petits dépôts inférieurs à 100 000 euros, pourtant garantis par une directive. Nos travaux montrent que lorsque les membres de la troïka n’étaient pas d’accord, l’Eurogroupe tranchait les décisions, dans l’opacité la plus totale, et qu’en son sein, la Commission n’a pas été garante de l’esprit communautaire.

En Grèce, le Fonds monétaire international (FMI) souhaitait une restructuration rapide (annulation partielle – NDLR) de la dette. La Banque centrale européenne (BCE) et l’Eurogroupe s’y sont opposés. En conséquence, la Grèce a dû mener une politique d’austérité sévère. Celle-ci n’a pas porté ses fruits et a conduit à une restructuration tardive de la dette grecque. La BCE a quant à elle racheté des titres grecs à dose homéopathique et a attendu septembre 2012 pour mettre sur pied son programme de rachat illimité des titres souverains en cas de spéculation. Avec une délibération démocratique européenne, ces sujets auraient été mis sur la table plus tôt.

Quelle institution prédominait au sein de la troïka ?

Liem Hoang-Ngoc. Sur le sauvetage du système bancaire irlandais, le gouvernement irlandais et le FMI étaient favorables à la mise à contribution des grands détenteurs d’obligations bancaires. Ils voulaient faire participer le secteur bancaire, ainsi que les fonds de pension – allemands en l’occurrence –, au plan de sauvetage. La BCE a une fois de plus dit « non » et privilégié un plan de sauvetage dont le financement pèse encore sur le contribuable. Dans cette affaire, c’est encore la BCE qui l’a emporté contre le FMI. Ses solutions ont été avalisées par l’Eurogroupe.

Pourquoi cet alignement ?

Liem Hoang-Ngoc. L’Eurogroupe est le lieu informel où sont arbitrées de la façon la plus opaque les décisions de la troïka. L’influence des États les plus importants – et donc de l’Allemagne – y prévaut.

Dans ce rapport, on trouve beaucoup de choses sur les procédures institutionnelles et moins d’analyses de fond sur les politiques menées.

Liem Hoang-Ngoc. Ce n’est pas tout à fait vrai. La tactique de mon corapporteur (le conservateur autrichien Othmar Karas) a été de se concentrer sur les aspects institutionnels car il estime que les politiques menées étaient les bonnes, et qu’il y avait essentiellement un problème de légitimité démocratique. Le déficit démocratique est un aspect sur lequel on pouvait le rejoindre. Concernant l’autre aspect du rapport, l’évaluation des politiques économiques proposées par la troïka, l’essentiel du message provient de notre camp. Mais le Parti populaire européen a essayé d’adoucir ce message, en arguant que si ces politiques n’ont pas complètement porté leurs fruits, c’est que les États ne se les sont pas pleinement appropriées. Pour notre part, nous constatons que les objectifs macroéconomiques n’ont pas été atteints : la croissance reste atone et le taux d’endettement a partout explosé. Nous avons souligné les désaccords entre les membres de la troïka, attestant que d’autres politiques étaient possibles. Le message que j’ai voulu faire passer est que les politiques d’austérité ont échoué. Le débat démocratique doit par conséquent être ouvert pour mettre en évidence l’existence de politiques alternatives.

Article paru sur l’humanite.fr : http://www.humanite.fr/monde/liem-hoang-ngoc-mettre-en-evidence-que-des-politiq-560841

Le rapport sur les activités de la Troïka est téléchargeable ici : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-%2f%2fEP%2f%2fTEXT%2bREPORT%2bA7-2014-0149%2b0%2bDOC%2bXML%2bV0%2f%2fFR&language=FR#title5

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